TRIOMPHE DU PANGERMANISME
Vers ,1900, le tonnerre est prêt, le credo pangermaniste s'est complété et précisé. Fichte, Hegel ou Nietzsche, les précurseurs, avaient malgré tout Tesprit trop complexe pour ne pas inquiéter et dérouter la béate simplicité de leurs nouveaux catéchumènes; on avait eu grand'peine à réduire à un farouche nationalisme leur enseignement contaminé par le virus rationaliste et l'humanisme qu'ils avaient contractés en fréquentant chez nos écrivains. On les remplace par des penseurs de seconde cuvée, moins probes et moins intelligents, plus bornés, Paul de Lagarde, Houston Stewart Chamberlain; on va même recruter des renforts à l'étranger et on enrôle dans l'orchestre germanique un Français, le comte Gobineau. Après Thégélianisme, avec plus de cynisme seulement et de fantaisie, le gobinisme exalte les droits de l'énergie et la primauté de la race blonde à qui le destin a réservé l'Empire. La force est sainte, parce qu'elle crée l'avenir, et que l'Univers nomme juste ce qui a été fondé par la violence triomphante; la douceur est impie et la pitié, immorale, parce qu'elles entravent l'œuvre du fort qui seule est féconde ; la perfection, c'est d'exister, et l'existence ne se prouve que par le combat et la victoire; préparons-nous à la lutte qui est proche.
« Si nous avons jamais l'envie d'en découdre avec vous, écrivait encore Heine, nous ne manquerons pas de raisons excellentes. Dans tous les cas, je vous conseille de vous tenir sur vos gardes. Vous avez plus à craindre de l'Allemagne affranchie que de toute la Sainte-Alliance avec ses Croates et ses Cosaques. Vous êtes certes fort aimables et, pendant votre présence en Allemagne, vous vous êtes donné beaucoup de mal pour plaire — au moins à la plus belle moitié du peuple allemand. Et pourtant on ne vous aime pas. Qu'il se passe en Allemagne ce qui
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voudra, que le pouvoir appartienne au Kronprinz de Prusse ou aux sociatistes, ayez votre poudre sèche. En dépit de votre rcmanttsiDe actuel vous êtes daseiques et vous cossaissez rOlympe. Parmi les Dieux et les déesses nues qui se délectent de nectar et d'ambroisie, vous j voyez une déesse qui^ au milieu de cette joie et de ces fttes, porte toujours une cuirasse et, ie ca6que^en tôte^ tient la laibce à la Budn. C'est la déesse die la «agssse. »
Pendant un demi-siè^, FAHemagne avait complété son éducation et. élargi sa pensée. Maïutesiant, elle ne haïssait pkts seulement la Fmice, mais audssi la Russie et TAngieterre. Sa haine débordait même TEurope, devenait mmidiale comme sa polîtique«.EUe détestait le Japon et jalousait les États-Unis. EUe voyait une ennemie dans toute nation qui faisait oimbre à sa grandeur, et, comme la haine et Tevrie provoquent fatalement des réactions amalogues, elle se j ugeait menacée par de sourdes conspirations. A la mégalomanie se joignait le délire de la persécution.
Régulièrement, lentement, Tauto-intoxication du peuple s'était achevée. La volonté de domination et la fièvre de puissance étaient si intenses que le gou* viemement, qui les avait le premier déchaînées, était maintenant emporté par eUes. IJine sorte d'émulation d'ambition entraînait les chefe et les soldats. L'Empereur partait en giœrreet on se précipitait joyeusement à sa suite : on trouvait seulem^it qu'il man^ quait de souffle et s'arrêtait trop vite : « commencées par une fanfare, les entreprises finissaient par la chamade »c On Tencourageait à oser. « Le moment est venu, disait au Reîohstag le 15 décembre 1899 le docteur Hasse, où noua pouvons prétendre à élargir nos coudes ; nous avons trop longtemps supporté patiemment d'être enebmie; à Favenir nous ne voulons pins être enclume, mais marteau. »