LA SERVITUDE GERMANIQUE
bart, ils ne soat pas artistes. Us perfectionnent ; c'est beaucoup, et ce n'est pas assez. Ils sont a TEmpire du Milieu » de TEurope. Dans quel genre ont-ils ouvert des voies nouvdles? Ils ont des noms illustres, mais ce ne sont jamais que des cotttinuateurs, des disciples; ils marchait à la saite. Us n'ont produit ni un Bacon ni un Lavotsier oi im Claude Bernard ni un Pasteur. Leurs Wolfram d'Escbenbach et leurs Walther de Vogelweide empruntent le sujet de leurs poèmes aux lyriques français, provençaux ou bretons. VAufklaerung du xviu* siècle, sous son nom allemand, n'est que la traduction aloomlie de la pensée de Voltaire. Kant est un des grands libérateurs de la pensée humaine, mais il a été fad-Biême libéré par Descartes. Le Romanlisiiie, qui est probablement Tœuvre la plus originale du génie germanique, a ses sources dans Montesquieu, dans Diderot et dans Rousseau.
On a remarqué souvent que rAllemand est comme tisonnier de Thistoire. € J'ai entendu un jour dans une l^rasserie de Crcettingait^crivait Henri Heine en i834, un jeune pangermaniste déclarer qu'il fallait venger sur les Français Conradin de Hobenstaufen que vous avez décapité à Napks^ Vous autres Français, vous l'avez cerfaMuement oublié depuis longtemps; nous autres, nous n*oublions rien. » Leurs rancunes ne sont pas soumises à la pi^escription, et leurs goûts, loin de se modifier, s'exaltent par l'habitude . Us nous jugent légers^ mobiles, capricieux et fantasques, parce que leur esprit est lent et leur démarche, ankylosée; ils nonnnent vénérable ce que nous appelons suranné; traditionalistes et respeetueux du passé, ils font un musée du bric-à-brac qae nous relégucms au grenier. Luther, qui a été probablement le plus gntnd Allemand qu'ait produit la race, plus grand que Bismarck et même que le comte
Zeppelin, le plus représentatif en tous cas, n'a été révolutionnaire que malgré lui : tout son effort n'allait qu'à restaurer le christianisme primitif, et il lui fallut rencontrer Hus pour s'apercevoir qu'il était en rupture d'église.
De là, de cette pénurie d'imagination créatrice, de cette obstination, de cette patience à creuser le même sillon, de ce respect du passé et de cette docilité à répéter les mots d'ordre une fois reçus, cette accablante véhémence de conviction et l'obsédante continuité d'une propagande qui lentement pénètre et corrompt les âmes. Timeo hominem unius libri, — Craignez le peuple qui ne vit que pour une seule passion, qui remâche éternellement les mêmes griefs, qui, pendant de longues années, matin et soir, répète la même prière : Mon Dieu, notre vieux Dieu, toi qui as protégé la maison des Hohenzollern depuis le premier jour, toi qui as béni nos armes et fait fructifier nos capitaux, toi qui détestes nos ennemis parce qu'ils ne sont qu'une sentine de vices et un cloaque de corruption, élève-nous toujours plus haut en richesse, en gloire et en puissance, pour que ton saint nom soit honoré et que l'Univers, sous nos ordres, marche dans tes saintes voies.
« La pensée précède l'action, écrit Heine, comme l'éclair précède le tonnerre. Sans doute, le tonnerre allemand est lui aussi un Allemand; il n'est pas très souple, et il est un peu lent à se mettre à rouler. Mais il viendra, et, quand il craquera avec un tel craquement que l'histoire n'a jamais rien entendu de pareil, sachez alors que le tonnerre allemand a enfin atteint son but. A ce tumulte^ les aigles tomberont morts du haut des airs, et, dans les plus lointains déserts de l'Afrique, les lions mettront leur queue entre les jambes et se réfugieront en rampant dans leurs royales cavernes. »