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DE LA RECONNAISSANCE DES ETATS CONFERES DU SUD

Le Ministre des Araires étrangères , à M. Mercier, à Washington.

Paris, le 13 septembre 18C3.

Monsieur, M. Dayton, qui apporte dans ses relations avec moi une grande confiance et une droiture dont je me plais à rendre témoignage, s'est ému de certaines rumeurs qui paraissent avoir trouvé, ces jours derniers, quelque créance à Paris, et il est venu m'en entretenir. A s'en rapporter à ces bruits, trop légèrement acceptés, le Gouvernement de l'Empereur se serait décidé à reconnaître les Etats du Sud. Un traité aurait même déjà été signé, d'après lequel la nouvelle confédération céderait à la France, soit pour elle-même, soit pour en faire la rétrocession au Mexique, le Texas et une partie de la Louisiane.

Au moment où M. Dayton me faisait part de ces renseignements, je me trouvais précisément dans le cas de lui offrir informations pour informations, et, avant de répondre aux questions qu'il m'adressait, je lui ai demandé si, parmi les symptômes alarmants pour le maintien des bons rapports des deux pays, il n'avait pas

recueilli, comme moi, d'autres nouvelles également répandues dans le public, telles, par exemple, que la remise qu'il m'aïuait laite d'une protestation de son Gouvernement contre notre expédition du Mexique et ses conséquences, la conclusion d'une alliance oflensive et défensive entre les États-Unis et la Russie, l'apparition d'une flotte fédérale devant la Vera-Crux.

A l'égard de la protestation, après m'avoir fait remarquer que je savais mieux que personne qu'il ne m'en avait remis aucune, M. Dayton m'a dit qu'en s'inspirant de l'esprit général de la correspondance de M. Seward et de la connaissance qu'il avait lui-même des dispositions de ses concitoyens, il avait pu me parler de l'impression produite sur l'opinion de son pays par l'intervention prépondérante d'une Puissance européenne dans une République américaine, et par la création d'un établissement monarchique dans une contrée voisine des États- Unis; mais que de là à une protestation ou à une intention quelconque d'ingérence comminatoire il y avait fort loin, et que rien dans ses instructions ne l'autorisait à franchir cette distance. Il ne savait rien, d'autre part, de l'alliance prétendue de son Gouvernement avec la Russie, et il avait toutes raisons de n'y pas croire. Quant à la présence d'une flotte fédérale devant la Vera-Cruz, cette nouvelle ne lui paraissait môme pas mériter l'honneur d'un démenti.

J'ai dit à M. Dayton que je n'avais jamais attaché d'imp( rtance aux bruits que je lui signalais, et qu'en lui en parlant j'avais eu beaucoup moins pour but de provoquer de sa part des explications que de le prémunir lui-même contre les rumeurs d'autre nature, mais probablement de même provenance, dont il m'avait entretenu. Je pouvais, du reste, les démentir catégoriquement. A l'égard de la reconnaissance des États du Sud, les dispositions du Gouvernement de l'Empereur lui étaient connues, et cette question en était toujours au point où l'avaient laissée nos derniers entretiens. Nous n'avions donc pas reconnu le Sud, et, à plus forte raiaon, nous n'avions signé avec lui aucun traité de cession du Texas et

de la Louisiane. A ce propos, je pouvais lui répéter ce que je lui avais déjà dit souvent, que nous ne reclierchions, pour nous-mêmes ni pour d'autres, aucune acquisition en Amérique. J'ai ajouté que j'espérais que le bon sens du peuple des États-Unis ferait justice des exagérations et des fausses suppositions à Taide desquelles on cherchait à égarer et à aigrir l'opinion, et que je comptais sur son concours pour tâcher de faire prévaloir une plus équitable appiéciation de nos intentions et des nécessités auxquelles obéissait notre politique.

J'ai pensé, Monsieur, qu'il était bon que vous fussiez informé des détails de cette conversation, afm que vous puissiez, de votre côté, en faire part à M. Seward et en prendre texte pour rectiûer autour de vous les jugements faux et les préventions non justifiées.

Drouyn de Lhuys.

DISPOSITIONS DE LA FEAxXCE EN 1865.

Extrait de la situation de V Empire présentée au Sénat et au Corps législatif le 19 février 1863.

La guerre continue aux Etats-Unis, et l'indomptable résolution des deux belligérants ne permet pas plus qu'il y a un an d'entrevoir Je terme de cette lutte sanglante et désastreuse. Le Gouvernement de l'Empereur ne s'est pas départi des principes de stricte neutralité dont il a fait, depuis le commencement de la guerre, la règle de sa conduite. Décidés, tant que les circonstances n'y seraient pas plus favorables, à ne point renou- Teler nos tentatives pour ouvrir la voie à une transac-

tion, nous sommes demeurés spectateurs inactifs, mais non indifférents, d'un conflit où s'accumulent tant de ruines. Nous avons dû porter exclusivement notre sollicitude sur la condition si digne d'intérêt de nos nationaux. A raison de la situation particulière des Etats confédérés du Sud, avec lesquels nous n'entretenons point de relations officielles, nous n'avons pu, souvent, qu'enregistrer les réclamations des résidents français dans ces Etats, en nous réservant de les faire valoir en temps opportun. Nous n'avons, en même temps, rien négligé pour amener le Gouvernement fédéral à reconnaître qu'il était de stricte équité de distinguer, pamii les dommages subis par nos nationaux, ceux qui résultaient des opérations militaires et ceux que les autorités, par des réquisitions forcées ou irrégulières, leur avaient gratuitement infligés, et nous avons insisté pour qu'une légitime réparation fût accordée à ces derniers griefs. Nous voudrions pouvoir ajouter que nos démarches ont obtenu le résultat que nous étions en droit d'espérer.

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