‹ La guerre d'AmériqueChapitre 26 sur 29 · TENTATIVE DE NÉGOCIATIONS POUR LA PAIX · texte numérisé non relu

TENTATIVE DE NÉGOCIATIONS POUR LA PAIX

Le Ministre des Affaires étrangères à M. Mercier, Ministre de l'Empereur à Washington,

Paris, le 9 jauvier 1803.

Monsieur, si, eu formant le dessein de concourir, par l'offre de nos bons offices, à rapprocher le terme des hostilités qui désolent le contuient américain, nous n'eussions été guidés avant tout par l'amitié qui anime le Gouvernement de l'Empereur à l'égard des Etats-Unis, le peu de succès de nos ouvertures pouvait refroidir Tintérêt avec lequel nous suivons les péripéties de cette lutte. Mais le sentiment auquel nous avons obéi est trop sincère pour que l'inditTérence trouve place dans notre esprit, et que nous cessions d'être douloureusement affectés quand la guerre continue de sévir. Nous ne saurions envisager sans un profond regret cette guerre plus que civile, comparable aux déchirements les plus terribles des anciennes républiques, et dont les désastres se multiplient en proportion des ressources et du courage que déploie chacune des parties belligérantes.

Le Gouvernement de Sa Majesté a donc mûrement examiné les objections qui nous ont été faites quand nous avons suggéré Tidée d'une médiation amicale, et nous nous sommes demandé si elles sont véritablement de nature à écarter, comme prématurée, toute tentative de rapprochement.

On nous a opposé, d'une part, la répugnance des Etais*

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Unis à admettre rintervention d'influences étrangères dans le différend; de l'autre, l'espoir, que le Gouvernement fédéral n'a pas abandonné, d'obtenir une solution par les armes.

Assurément, Monsieur, le recours aux bons offices d'une ou de plusieurs Puissances neutres n'a rien d'incompatible en soi avec la fierté si légitime chez un grand peuple, et les guerres purement internationales ne sont pas les seules à fournir des exemples du rôle utile des médiateurs. Nous nous flattons, d'ailleurs, qu'en offrant de nous mettre à la disposition des parties belligérantes pour faciliter entres elles des négociations dont nous nous abstenons de préjuger les bases, nous avons témoigné au patriotisme des Etats-Unis tous les égards qui lui sont dus, aujourd'hui plus encore peut-être que jamais, après tant de preuves nouvelles de force morale et d'énergie. Nous n'en sommes pas moins prêts, dans les vœux que nous formons en faveur de la paix, à tenir compte de toutes les susceptibilités du sentiment national, et nous ne contestons nullement au Gouvernement fédéral le droit de décliner le concours des grandes Puissances maritimes de l'Europe. Mais ce concours est-il le seul moyen qui s'offre au cabinet de Washington pour hâter le terme de la guerre? et, s'il croit devoir repousser toute immixtion étrangère, ne porrait-il accepter honorablement la pensée de pourparlers directs avec l'autorité qui représente les Etats du Sud?

Le Gouvernement fédéral ne désespère pas, nous le savons, de donner une impulsion plus active aux hostilités. Les sacrifices n'ont pas épuisé tes ressources, encore moins sa persévérance et sa fermeté. La durée de la lutte, eu un mot, n'a point ébranlé sa confiance dans le succès définitif de ses efforts. Mais l'ouverture de pourparlers entre les parties belligérantes n'implique pas nécessairement la cessation immédiate des hostilités. Les négociations pour la paix ne sont pas toujours la suite d'une suspension d'armes. Elles précèdent, au contraire, le plus souvent, l'étabUssement des trêves. Combien de

fois n'a-t-on pas vu les plénipotentiaires se réunir, échanger des communications, convenir de toutes les dispositions essentielles des traités, résoudre enfin la question même de la paix ou de la guerre, pendant que les chefs d'armée continuaient la lutte, et cherchaient jusqu'au dernier moment à modifier par la voie des armes les conditions de la paix ? Pour ne rappeler qu'un souvenir puisé dans Thistoire des Etats-Unis, les négociations qui ont consacré leur iridépendance avaient commencé longtemps avant que les hostilités eussent cessé dans le nouveau monde, et l'armistice ne fut établi que par l'acte du 30 novembre 1782, qui, sous le nom d'articles provisionnels, renfermait d'avance les causes principales du traité définitif de 17S3.

Rien n'empêcherait donc que le Gouvernement des Etats-Unis, sans renoncer aux avantages qu'il croit pouvoir attendre de la continuation de la guerre, entrât en pourparlers avec les confédérés du Sud, dans le cas où ils s'y montreraient eux-mêmes disposés. Des représentants^ ou des commissaires des deux parties s'assembleraient sur tel point qu'elles jugeraient convenable de désigner, et qui pourrait être à cet effet déclaré neutre Les griefs réciproques seraient examinés dans cette réunion. Aux accusations que le Nord et le Sud se renvoient mutuellement aujourd'hui se substituerait une discussion contradictoire des intérêts qui les divisent. Ils rechercheraient, par une délibération régulière et approfondie, si ces intérêts sont définitivement inconciliables, si la séparation est une extrémité qui ne puisse plus être évitée, ou si les souvenirs d'une existence commune, si les liens de toute nature qui ont fait du Nord et du Sud un seul et même Etat fédératif et l'ont porté à un si haut degré de prospérité, ne sont pas plus puissants que les causes qui ont mis les armes à la main aux deux populations.

Une négociation dont Tobjet serait ainsi déterminé ne comporterait aucune des objections élevées contre une intervention diplomatique de l'Europe ; et, sans

faire naître les mêmes espérances que la conclusion immédiate d'un armistice, elle pourrait exercer une influence heureuse sur la marche des événements. Pourquoi donc une combinaison qui ménage toutes les convenances des Etats-Unis n'obliendrait-elle pas Tapprobation du Gouvernement fédéral? Persuadés, pour notre part, qu'elle est conforme à ses véritables intérêts, nous n'hésitons pas à la recommander à son attention, et, n'ayant cherché dans le projet d'une médiation des Puissances maritimes aucune vaine ostentation d'influen^ce, nous applaudirions, avec un complet dégagement de toute su^ceptibilité d'amour-propre, à Touveiture d'une négociation qui appellerait les deux populations à débattre, sans le concours de l'Europe, la solution de lem* différend. Je vous invite. Monsieur, à en donner l'assurance au cabinet de Washington, en recommandant à sa sagesse des conseils dictés par le plus sincère intérêt pour la prospérité des Etats-Unis. Vous êtes en outre autorisé, si M. Seward vous en exprime le désir, à lui laisser une copie de cette dépêche.

Drouyn de Lhuys.

Le Ministre des Affaires étrangères à M. Mercier, à Washington.

Paris, le 26 février 1863.

Monsieur, M. Seward a transmis à M. Dayton, ainsi qu'il vous Tannonçait au départ du courrier, la réponse du cabinet de Washington à notre dernière proposition, et M. le Ministre des Etats-Unis est venu me communiquer cette pièce. Vous saviez déjà qu'elle concluait à un refus. Je suppose que vous aurez eu depuis connaissance des termes mêmes de ce document. Voici, au surplus, quel en est le résumé. M. Seward commence par

do<'laror que le Président a examiné notre proposition avec toute la considération qui était due aux souffrances imméritées que le conflit américain fait peser sur nos populations comme sur celles de TUnion, et à l'ancienne et sincère amitié qui a inspiré nos conseils. Mais il ajoute que le Président ne saurait partager les impressions sur lesquelles on se fonde pour douter de Tissue de la lutte. Il ne faut voir, suivant lui, dans ces alteniatives de succès et de revers qui l'ont marquée depuis le commencement, que les vicissitudes inséparables de toute entreprise militaire : car les forces fédérales n\mt pas cessé d'avancer vers leur but, et tiennent aujourd'hui étroitement bloqué le territoire des insurgés. Les mesures successivement prises par les pouvoii's législatif et exécutif prouvent que la nation a pu déployer autant d'activité que n'importe quel autre État qui eût été placé dans les mêmes circonstances, et ses ressources sont encore abondantes, en même temps que son crédit est à la hauteur de tous les besoins du moment. L'idée de nommer de part et d'autre des commissaires qui se rencontreraient sur un territoire neutre, pour y discuter la question du maintien ou de la rupture de l'Union, a donc pu nous paraître réalisable par suite de notre bienveillant désir de voir la paix se rétablir. Mais, quant au gouvernement fédéral, il est convaincu qu'alors même qu'il pourrait aborder une pareille discussion, en présence d'une révolte armée, toute offre pacifique de sa part, sur la base d'une réédification de l'Union, serait infailliblement rejetée par la partie adverse ; et que s'il avait, d'un autre côté, la pensée de consentir à une séparation, il encourrait la réprobation universelle de la nation. Le Congrès peut, à son avis, plus utilement contribuer qu'une négociation engagée dans la forme indiquée, à résoudre les questions en litige, en se complétant par l'adjonction des sénateurs et des représentants de la portion mécontente de la population, et sauf à faire sanctionner ses décisions par une convention nationale qui leur donnerait la force d'une loi organique.

Cette rapide analyse suffit pour constater que le cabinet de Washington, s'il a cru devoir décliner notre proposition, a tenu à le faire, du moins, dans les termes les plus amicaux.

Drouyn de Lhuys.

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