RÉSUMÉ. —CONCLUSION
Difenité d'opinioiis sur ks UTires de eombat. — Emploi des iorpUles et de rëpcron. — Tor|Nlks nr arcs-bootaiilSi ulomotrices on remoiqnées. — IncoovéoiflBt. u point de foe dn eombet, den naviree d*an déplaoemoit oonsidérabie. — Oljectîoos au 8|8téne des rédmts on des tonreUes. — Faible part affectée dans les dilEfirantes marines an oonstmetionsnenTes.-- Rendement da capital employé à la constnidîon d'onnafire. — Condnaion.
DiTenité des opinions snr les nsTires de eombat. — « Quelle est, en raison de la puissance actuelle et des progrès incessants de Fartillerie, l'épaisseur des cuirasses qu'on peut regarder comme efficaces pendant la période qui suivra rachèvement du navire qu'on se propose de construire? -— Est-il possible, sans arriver à un déplacement exagéré, d'établir tous les canons ou môme une partie des canons dans des réduits ou dans des tours qui les protègent complètement? — Y a-t-il lieu, malgré Tintroduction des torpilles, de prévoir le combat par le choc et de donner au navire les qualités de vitesse, d'évolution et de solidité que réclame l'emploi de Féperon? — Quelle est la part à faire aux facultés de parcours et aux qualités nautiques?
— Dans quelle mesure convient-il de sacrifier le rayon d'action et les qualités nautiques aux qualités purement militaires?
— Quelles sont les dimensions maxima auxquelles on doive s'arrêter au double point de vue de la défense et de la maniabilité?»
Telles sont, dans leur résumé le plus concis, les questions si nombreuses que se posait, au début de Tétude d'un programme de navire, Tun de nos officiers généraux les plus regrettés, M. Tamiral Lefebvre; ce sont là les bases tout indiquées de l'examen d'un nouveau type ; mais s'il est possible de préciser les questions, on ne peut trouver sur les réponses le moindre accord. Tantôt (1) le navire de ligne doit pouvoir poursuivre l'ennemi jusque dans ses ports et l'y détruire ; il doit par suite réunir aux qualités du navire d'escadre celles du garde-côtes offensif. Appelé à défiler devant les forts en les combattant, il doit avoir pour son artillerie une protection égale à celle de la flottaison ; son tirant d'eau doit être aussi réduit que possible pour lui permettre de combattre de près les défenses de terre ; enfin il doit pouvoir tenir la mer par tous les temps. Tantôt, au contraire (2), l'artillerie n'est plus rien, l'éperon est tout : « un fort navire à grande vitesse, puissamment armé et bien commandé, intelligemment construit et habilement manœuvré, peut ou couler un navire ennemi ou disperser une flotte sans tirer un seul coup de canon, par le simple choc. » — Avec les cuirassés sans mâture, d'autre part, on a voulu, en abandonnant le point de vue des qualités nautiques, réaliser un instrument de combat
(1] Mémoire de M. ringénieur Macquin.
(2) Discours de M. Scott Russeli devant llnstitution des Naval Architecte.
tel que Tennemi ne puisse le couler à coups de canon^ dont Tartillerie puisse lutter jusqu'au dernier moment ; tout a été sacriûé à cette idée; on a laissé de côté Tefiet des annes nouvelles, dont la guerre de la sécession et la bataille de Lissa avaient révélé la terrible puissance. Devant Téperon, devant la torpille, le colosse des mers de 10 à 11 000 tonneaux perd ses qualités si chèrement acquises, et le cuirassé à protection modérée reprend les avantages qu'un entraînement un peu irréfléchi sans doute lui avait fait perdre dans l'opinion.
li des torpilles et de réperon. — Nous ne nous faisons pas d'ailleurs d'illusions sur le rôle possible des torpilles ; quel que soit leur mode d'emploi, il présente des difQcuItés dont on ne parait pas avoir encore trouvé la solution ; les torpilles sur arcsboutants se projetant en dehors du navire sur l'avant compro* mettent le navire lui-môme; sur le côté, elles sont lourdes, gênantes ; elles offrent au mouvement une résistance considérable qui tend à briser les espars dès que la vitesse devient un peu grande; si, au contraire, on veut les porter sur la hanche, il sufQt de se rendre compte de la manœuvre à faire pour se convaincre de la presque impossibilité de l'exécuter avec précision. Quant aux torpilles automotrices du système Whitehead, elles doivent exiger pour être lancées par l'avant avec quelque précision que la vitesse du navire soit très-notablement réduite; sans cela elles ne sortiraient pas du tube de lancement ou tout au moins seraient bientôt rejointes par le navire lui-même. Or, si Ton songe au temps nécessaire pour amortir l'erré d'un grand navire de manière que sa vitesse devienne la moitié seulement
de la vitesse primitive, on se rend compte des dangers auxquels on reste exposé pendant toute cette opération, arrêté sur place, privé de la plus grande partie de la puissance de son gouvernail alors qu'un navire ennemi cherche à vous atteindre avec son éperon {{). Et d'ailleurs n'est-ce pas une illusion de songer qu'avec un grand navire on puisse viser en direction d'une manière assez précise pour atteindre à S ou 600 mètres un but mobile luimême ? Des torpilles Whitehead lancées au milieu d'un champ de bataille, constitueraient autant de dangers errants aussi redoutables pour l'une que pour l'autre flotte (2). Restent donc les torpilles remorquées ; celles-ci sont d'une utilisation plus réelle, mais elles offrent cependant des difficultés de conduite assez sérieuses pour que l'efficacité de leur emploi présente encore bien des doutes ; il est certain que l'on éprouvera quelque appréhension en se lançant pour percer de l'éperon un adversaire qu'on saura traînant des torpilles autour de lui, mais les fougasses ont-elles jamais empêché un siège de réussir ? et les intrépides colonnes de Malakoff se sont- elles arrêtées un instant en songeant que le sol miné sous leurs pieds pouvait éclater tout à coup ? Nos marins sauront conserver le sang-froid de leurs frères de l'armée de terre ; ils ont d'ailleurs sur eux cet avantage de pouvoir, même après un désastre, se venger encore
(1) Depuis répoque où cette étude a été écrite, on a perfectionné notablement le mode d*emploi des torpilles automotrices en les lançant au-dessus de la flottaison par le c6té du navire. (Y. VEtude êur Us manœuvres des combats sur mer, par M. l'amira] Bourgois.)
(2) Cette opinion, relative aux torpilles automotrices, s'applique bien entendu aux conditions de leur emploi dans un combat entre navires; il est incontestable qu*il peut en être tout autrement quand i\ s*agit d'une attaque de vive force contre des défenses de terre armées de batteries sous-marines de torpilles facilement dirigeables.
et par un coup d'éperon donné avec les derniers battements de leurs hélices entraîner leur ennemi dans un commun tombeau.
La torpille n'est donc pas une arme aussi redoutable qu'on pouvait le supposer tout d'abord, mais ce fait ne donne que plus d'importance encore au rôle réservé à l'éperon et par suite à la nécessité de réduire autant que possible les dimensions et les déplacements des navires de combat.
Ineonvénient, aa point de Tne du combat, des navires d'un grand déplacement. — Quand on arrive, en effet, à des déplacements de 9 à 10000 tonneaux, on fait un sacrifice considérable aux exigences de la guerre moderne en abandonnant les qualités nautiques au profit des qualités militaires, et pourtant qu'obtient-on encore à ce point de vue ? C'est à peine si la cuirasse peut résister non pas aux canons de l'avenir, à ceux qui sont déjà en construction, mais aux canons existant à bord actuellement : ce sont des vitesses relativement modérées, des approvisionnements de charbon réduits que l'on donne à ces navires, dont les mieux armés ne comportent cependant qu'un nombre restreint de pièces de gros calibre.
Objections an système des tonrelles on des rédnits. — M. Barnaby, dans un examen des nouveaux navires de combat, expose ainsi la question des tourelles : « Les tourelles couvertes sont d'un poids énorme, et, lorsqu'on les emploie, on est obligé, par compensation, de diminuer le nombre des canons dans une proportion considérable ; d'une part donc , avec le système du
tir en barbette, on perd une partie de la puissance défensive ; de l'autre, on gagne beaucoup en puissance offensive. Du reste, il y a d'autres avantages dans le système en barbette : au lieu d'être gêné dans le tir des pièces, on a toutes facilités pour viser et pour tirer à son aise ; on peut, sans difQculté, atteindre tous les points de l'horizon; enfin, on n'est point incommodé par la fumée qui, dans une tourelle, forme un obstacle sérieux, parce qu'elle rend l'intérieur inhabitable et, dans tous les cas, diminue beaucoup la rapidité du tir. » Ce que l'ingénieur anglais dit des tourelles peut aussi bien s'appliquer aux batteries fermées des navires d*escadre. Qu'on se figure, en effet, l'un de ces réduits de 40 mètres de longueur sur 1 8 mètres de largeur, encombré par la cheminée, les quatre ou six pièces de canon, leurs servants (1), les circulaires de chargement, les appareils et engins de pointage, les chaînes de transmission de mouvement des machines hydrauliques, parfois les tuyaux de communication d*air des étages inférieurs, et, dans ce milieu encombré, l'obscurité due à la fumée de la poudre, à travers laquelle se tamisera avec grand'peine la lumière arrivant par les sabords ou par quelques fanaux difficilement entretenus, une atmosphère viciée, qu'une ventilation souvent défectueuse permettra à grand'peine de renouveler, même artificiellement. Et qu'au milieu de tout cela, dans l'animation, la surexcitation produites par le combat, un projectile pénètre par un des larges sabords d'angle (2), qu'un obus vienne verser un jet de flammes au
(i) Il faut remarquer que le nombre des servants diminuera notablement par la généralisation de remploi des appareils mécaniques. (2) Sur un certain nombre d'anciens cuirassés à réduit, il n'existe même pas de
milieu de cet encombremeot, qu*un accident de culasse se produise, qu'un obus choqué par quelque éclat de mitraille vienne à faire explosion, ou seulement qu'une gargousse prenne feu, on est effrayé à la pensée des conséquences d'un tel désastre , paralysant à la fois toute la puissance d'artillerie du navire. A' Coté de celajes pointages sont difQciles; on suit avec grand'peine les navires ennemis dans leurs évolutions, et la rapidité du tir se ressent de toute cette complication. Enfin, les pièces placées en réduit se prêtent mal au rôle qui, dans l'état actuel des flottes cuirassées, nous paraît le plus important pour l'artillerie, le tir 2Ï couler bas. Déjà on reconnaît en Angleterre non-seulement la possibilité mais encore la probabilité de ce tir; à un commandement spécial, les pièces sont pointées en belle à leur pointage négatif extrême ; elles sont amarrées solidement, et l'on attend ainsi le moment si court pendant lequel on pourra lancer un projectile contre le pont mal protégé de son adversaire. Mais quel pointage négatif et quel effet , par suite, peut-on espérer avec des canons dans un réduit? Ce qui est indispensable dans ce cas, c'est^ sur les gaillards, l'affût inventé par M. l'amiral Labrousse, ou même un dispositif quelconque très-simple permettant de placer une ou deux pièces de chaque bord, uniquement affectées à ce but et pouvant tirer à couler à bas. Certes, ces pièces ne feront pas souvent feu, mais chacun de leurs coups portera* et si l'on juge nécessaire d affecter une partie du cuirassement à la protection de l'artillerie, c'est à ces pièces que nous voudrions le voir spécialement consacré; on aurait ainsi
portes blindéet pour fermer les ouTertores pratiquées dans les doisons transversales extrêmes.
des canons qui se dissimuleraient derrière leurs parapets et, pointés d'avance, ne paraîtraient qu'au moment où ils pourraient être utilisés.
Pour en revenir aux réduits, il est évident que leur rôle n'est pas limité uniquement à la protection de l'artillerie, — qu'ils concourent y souvent même pour la plus large part, à la défense des parties vitales du navire, en opposant aux projectiles une résistance que l'on rencontre difficilement dans les ponts cuirassés ; mais en affectant au blindage des ponts un poids assez grand pour leur permettre de résister sous des angles correspondant à ceux pour lesquels les murailles latérales abritent les parties vitales, en protégeant les panneaux et la cheminée, on peut réaliser une économie de poids assez grande pour augmenter Tartillerie, et surtout, ce qui parait plus important, espacer les pièces sur toute la longueur du navire.
Faible part affectée dans les différentes marines aux constmctiens neuves. — En fait, et malgré l'augmentation de certains budgets maritimes, la part afférente aux constructions neuves est toujours limitée : elle atteint à peine la moitié de la dépense totale pour le matériel ; ceci s'explique facilement si l'on tient compte du coût élevé des réparations, de l'entretien et des transformations incessantes des navires de combat. En Angleterre, on a trouvé, sur une moyenne de sept à huit ans, que la dépense annuelle d'entretien des cuirassés était d'environ 0,030 du prix primitif; elle s'est même élevée à 0,045 pour le Warrior. En France, on calcule en moyenne sur un chiffre de 0,024 de la valeur totale du navire, pour ceux qui sont compris dans la
partie essentiellement disponible de la liste de la flotte. Toutes ces dépenses, jointes à ce qu'on peut appeler les frais fixes du matériel d'une marine^ outillage, etc., font que la somme restante pour les constructions neuves devient bientôt extrêmement faible, et si Ton tient compte, d*autre part, de l'élévation constante du prix du tonneau de construction, qui, évalué à 1000 francs il y a six ou sept ans, peut aujourd'hui , sans exagération, être estimé à 1200 francs, on voit que le chiffre de tonneaux qu'une marine peut mettre annuellement en chantier est toujours très-parcimonieusement mesuré. Or, il faut remplacer les navires qui peu à peu s'usent ou disparaissent ; on ne doit pas songer à composer une flotte avec quelques unités extrêmement puissantes, qui ne pourront se trouver partout où on aura besoin d*elles, et dont la perte constituerait d'ailleurs un désastre irréparable. De là découle encore, selon nous, la nécessité de réduire les déplacements do nos navires, conclusion à laquelle nous étions déjà arrivés en parlant des chances des combats de Tavenir, de la prédominance possible de l'éperon et, par suite, de l'importance de la maniabilité.
Rendement dn capital employé à la constmction des navires.
— Pour les marines surtout auxquelles leur budget restreint ne permet pas de dépenses exagérées ou improductives, il importe plus que pour toutes les autres de se rendre compte de l'utilisation des sommes dépensées, du rendement du capital employé à la construction d'un navire : c'est là une question uniquement d appréciation, de suppositions, mais sur laquelle il est possible cependant de présenter quelques remarques. Quelle que soit
La s»: dire d-rj^ns*^, il est évident que son rendement serait îr.*^": si le rLiTire p3UTaît être invincible , s'U pouvait par sa p^T^si^'^? d-rfensirç «happer aux attaques de ses adversaires, e: par sa p:iissmoe oïensive devenir maître des mers, couler ou ne::re en f:i::e ses rivaux ennemis. Mais telle n'est pas la quesù:c: u:: pareil problèriie est insoluble, et il faut alors chercher ce q;:e. pcor une s*jinme donnée, on peut obtenir dans les cond:û:cs de Li çuerre actuelle et des constructions navales. Si, p:<ir une sorr.n:e de 36 millions par exemple, on peut construire 30 iXid tonneaox de déplacement , vaut-U mieux la consacrer à trois navires de 10 000 tonneaux ou à cinq navires de 6000 tonneaux ? C'est ainsi que le problème se pose ; on ne peut évidemment songer i appliquer à un navire de guerre le calcul du rendement d'un capital placé, ni même celui du capital engagé dans des travaux d'utilité publique, routes ou chemins de fer. Le rendement, dans ce cas, n'est plus une mesure absolue, mais uniquement relative; si Ton vient à calculer, pour une certaine catégorie de navires, d*une part les chances qu'ils ont d'échapper aux pn^jectiles par leur protection, à Téperon par la maniabilité, d autre part la probabilité que leur vitesse» leur approvisionnement de chart)on et leur armement leur donnât de poursuivre, d atteindre et de percer leurs adversaires, si ensuite on convient de certaines valeurs de coefficients représentant Timportance que Ton attache à ces diverses qualités, si Ton totalise enfin les produits ainsi obtenus et qu'on divise ce total par le prix de revient, on arrive à déterminer ce que l'on pourrait appeler le rffuiemefU relatif du capital employé à la construction des navires d'une certaine classe, cuirassés d*escadre, garde-côtes ou
croiseurs. Il nous parait presque certain qu'une étude de cette nature, faite sur des navires de 6 à 10000 tonneaux, montrerait qu'il y a utilité réelle à réduire notablement les déplacements.
Conclusion. — Nous n'entreprendrons pas de rechercher quel devrait être le programme d'une flotte de combat : c'est là une question qui touche à des intérêts si considérables et si divers, qu*il ne nous appartient pas de l'aborder ; mais n'est^il pas nécessaire de rappeler combien le rôle des escadres parait maintenant diminuer d'importance?
Tandis que les croiseurs parcourront les mers en arrêtant le commerce de l'ennemi, en tarissant l'une des sources de sa fortune, tandis que des garde-côtes offensifs puissamment protégés bloqueront ses ports ou tenteront de les attaquer, de petits navires à très-grande vitesse^ armés de torpilles, pourront être aflectés à la défense des côtes et concourir avec les batteries de terre et les lignes de torpilles fixes à éloigner le cercle d'investissement d*un ennemi trop puissant en dehors des limites d'où il pourrait tenter un bombardement.
Si, laissant de côté cette question du programme d'une flotte, nous admettons en principe l'existence du navire d'escadre, nous nous trouvons de suite en présence d'une théorie maintes fois discutée, celle du décuirassement, sinon total, du • moins partiel. Dans la situation actuelle, cette idée n'a pu encore faire son chemin, et il est impossible de prévoir quels principes on adoptera pour les constructions de l'avenir. On comprend en efiTet qu'on hésite à se lancer les premiers en avant dans une voie que les autres ne suivront peut-être pas, et
où on pourrait se trouver exposé à de graves mécomptes et, dans ce cas, à de bien grandes responsabilités. Si cependant cette idée venait à prévaloir, si Ton se décidait à supprimer laprotection de Tartillerie, il serait possible d'indiquer dès à présent quelles conditions devraient être réclamées du nouveau navire de combat.
Il ne faut pas oublier qu'en construction navale comme en politique, on ne vit que de compromis^ et que c'est par un abandon raisonné de certaines exigences que Ton peut obtenir les qualités du véritable navire de guerre, comme on en obtient quelquefois la tranquillité et la prospérité d'un pays. Certes, il serait préférable d'avoir en même temps l'instrument de combat le plus protégé, le mieux armé, le plus rapide, ces qualités étant réunies cependant sous la forme d'un navire très-maniable et coûtant peu ; mais puisque ces conditions sont exclusives les unes des autres, il est permis de les classer et, sans sacrifier complètement aucune d'elles, de rechercher ce que Ton peut céder sur chacune. En première ligne, nous placerons donc ces deux qualités corollaires en partie l'une de l'autre, une grande facilité d'évolutions et un déplacement relativement faible, puis la puissance ofiensive, Tartillerie, une vitesse modérée, en dernier lieu une puissance défensive bien répartie de manière à protéger contre le plus grand nombre de chances les parties vitales du navire, commandant et roue de gouvernail, œuvres vives, M. Samuda, lors de la discussion du budget de la marine anglaise en 1873, recherchant uniquement la possibilité pour les cuirasses de résister aux obus à percussion, demandait des navires protégés par des ceintures de 130 millimètres seulement.
atteignant une vitesse de 16 nœuds, portant 8 canons et ayant 4 bateaux-torpilles en portemanteaux; mais les obus à percussion sont maintenant à peu près hors de cause, et il faut compter avec les obus perforants éclatant en traversant la muraille, perçant celle-ci de la même manière que les boulets pleins. Dans ce cas^ une cuirasse de 130 millimètres serait tout à fait illusoire, et il faut admettre au moins 200 à 250 millimètres pour résister à bout portant à tous les projectiles de 22 centimètres et à la plus grande partie des projectiles de 26 à 27 centimètres, dès que la distance du tir atteindra 1600 mètres et que ces projectiles s'écarteront un peu delà normale (1). La protection des ponts devrait être calculée de manière à assurer de ce côté une sécurité correspondant à celle que Ton pourrait trouver dans la ceinture latérale ; les panneaux indispensables, le pied de la cheminée, le poste du commandant seraient également protégés ; une artillerie très-puissante et cependant composée d'un assez grand nombre de pièces dis calibres variés pour répondre aux diverses exigences de combat, disposées de manière à profiter des chances d*un passage à contre-bord, une vitesse de 14 nœuds aux essais, une distance franchissable modérée, de belles qualités à la voile : tout cela pourrait être acquis avec un déplacement réduit à 6 ou
( I ; Pour percer one muraille cuinssée de 2i centimètres, U fimt» à iOOO mètres, un pnijectile de i4 centimètrei; à 2500, un projectile de 27 centimètres; une muraille cuirassée à 30 centimètres résiste à bout portant & tous les projectiles de 24 centimètres ; k 500 mètres, à tous les projectiles de 27 centimètres. La supériorité de la muraille forte* ment cuirassée Yis-à-tis des gros canons n existe donc que dans une sonede 2 000 mètres environ, et un na?ire doué d'uoe grande vitesse pourra toqours choisir sa distance de combat vis-à-Tis d*un adversaire moins rapide. Il ne faut pas oublier d^ailleurs que l'adoption sur quel^iêe» navires nulewèeni d'une protection réduite n'amènera pas forcément une modi6cation de Tartillerie de leurs adversaires, artillerie toujours déterminée en vue des plus fortes cuirasses.
7000 tonneaux et par suite en s'assurant une grande facilité d'évolution.
Dans une séance de cette grande association anglaise que nous pourrons un jour peut-être imiter en France, la Royai United Service Institution^ M. Lamport disait en 1870 : « Quand les « guerriers du xv* et du xvi* siècle virent que leurs armures « étaient impuissantes pour résister aux armes à feu> ils les
« mirent de côté et combattirent la poitrine découverte »
Et partant de cette analogie il indiquait les avantages du décui* rassement, que M. Tamiral Touchard a depuis rendus sensibles pour tous dans ses travaux sur cette importante question ; mais, poussant plus loin Tanalogie, M. Lamport aurait pu faire remarquer que les guerriers gagnèrent aussitôt en vitesse et en facilité de conduire leurs coursiers, qu'ils ne songèrent pas à augmenter leurs cuirasses pour résister aux canons, qu'ils comprirent de suite que la lutte était impossible. Peut-être un jour jugera-t-on qu'en marine il devient nécessaire de faire de même; sans doute on ne pourra de suite renoncer au puissant appui moral que l'équipage trouve en pensant que le flotteur qui le porte est à l'abri de la plupart des projectiles ennemis, mais on se décidera peut-être à entrer partiellement dans cette voie et à prendre alors comme type le navire léger, évoluant bien et peu coûteux.