LA GUE I! RE DE
Obéissant à un devoir patriotique, Thiers demanda, pour être certain de l’offense qui nous était faite, la communication des dépêches d’après lesquelles on avait pris la résolution de faire la guerre, M. Ollivier les refusa et répondit que point résolution n’avait été plus nécessaire, car toute satisfaction nous avait été refusée. Selon lui, le roi de Prusse n’avait jamais voulu intervenir pour amener ou faciliter la renonciation du prince Léopold et, une fois la renonciation obtenue, avait affecté de s’y montrer étranger. Il avait également refusé de donner des assurances pour l’avenir, réclamées pourtant par le Cabinet « dans les formes les plus respectueuses » . Enfin, la notification communiquée à l’Europe du refus de recevoir l’ambassadeur ne pouvait être tolérée. « Dès ce jour, dit-il, commence pour les ministres, mes collègues, et pour moi une grande responsabilité, nous l’acceptons le cœur léger. »
Que cette expression, échappée à l’orateur dans un mouvement d’émotion naturelle, ait été une expression malheureuse, cela est indiscutable. Ni littérairement, ni politiquement, elle ne peut être approuvée. Chercher un équivalent ou une excuse dans le cri de la Marmora en 1866, ou dans des citations de Pascal, de Lamartine, d'Hugo, d’Henri IV, de Dickens et d’Ouida, est chose inutile. Le mot est déplorable et restera tel. Sans doute, M. Ollivier n’a jamais voulu dire par là qu’il acceptait la guerre avec joie, mais il a affirmé qu’en employant cette expression, il avait le cœur confiant et exempt de tout remords. Il a tenu à attester la droiture de sa conscience et aussi de celle de ses collègues, puisqu’il a dit : « Nous acceptons la responsabilité. » Ses intentions pouvaient être bonnes, mais ses actes, hélas! les ont mal servies, puisque, ne voulant pas la guerre, il a été amené à la déclarer et dans quelles conditions !
Après le dépôt des crédits et des projets de lois militaires, la séance est suspendue à trois heures moins cinq minutes. Des groupes animés se forment dans les couloirs. Chacun s’accorde a reconnaître qu il faut que le Cabinet donne des explications
plus complètes au Corps législatif, avant de l’engager à fond dans la guerre projetée. A trois heures et demie, la séance reprend et M. Ollivier remonte à la tribune. 11 dit que le gouvernement n a rien a dissimuler. S’il n’a rien à communiquer a la Chambre, c est qu il n a eu que des communications verbales recueillies dans des rapports de représentants français à 1 étranger que, d apres les usages diplomatiques, on ne peut communiquer. C était le texte plus ou moins complet de la depeche d Ems qui courait tous les journaux, et le gouvernement, ne I ayant pas reçue officiellement, persistait à ne pas vouloii la faire connaître. Al. Ollivier ne dit malheureusement rieu de la dépêche de Benedetti, du 14 à trois heures quarante-cinq, ni celle de minuit trente qui auraient pu éclairer les députés et leur faire comprendre que le refus du roi de recevoir 1 ambassadeur, divulgué dans des suppléments de journaux prussiens, était une manœuvre de nos ennemis et du comte de Bismarck. Il y avait pourtant là un indice certain de l’action perfide du chancelier. Or, M. Ollivier ne dit rien non plus de la dépêche Lesourd, déjà connue par lord Lyons et envoyée à Londres, et qui reproduisait presque intégralement la dépêche d’Ems. Il ne dit rien du supplément de la Gazette de V Allemagne du Nord, que le Conseil avait eu sous les yeux le 14 au soir. Il déclarera ensuite que l’aide de camp qui a annoncé a Benedetti le refus d’audience, n’a manqué à aucune des formes de la courtoisie et que l’ambassadeur n’a pas d’abord soupçonné la signification précise qu’on attacherait à un refus. Cette observation prouve que Benedetti, dans la matinée du 15, a dit tout de même, au quai d’Orsay, autre chose que des éloges sur sa propre conduite. M. Ollivier, qui ne le ménage guère au cours de son dernier livre, ne fait pas connaître aux députés que l’ambassadeur, dont on a notifié à l’Europe le congé insultant, a été reçu à la gare d’Ems par le roi, après que la dépêche de Bismarck avait été lancée dans la presse allemande et à l’étranger. Il ne dit pas non plus que