‹ La guerre de 1870Chapitre 14 sur 27 · LES A L L I A AT G E S EN · texte numérisé non relu

LES A L L I A AT G E S EN

Klaczko était chargé d’expliquer à l’impératrice pourquoi l'Autriche ne pouvait donner un concours immédiat à la France. Il laissait entendre toutefois que le gouvernement autrichien, si les circonstances le permettaient, imprimerait à sa neutralité armée toute l’extension qu elle pourrait comporter. Il le fit en termes très chaleureux et constata que l’impératrice ne doutait pas du triomphe final de la France. Cette entrevue de Klaczko avec la régente a été contestée, mais elle a réellement eu lieu. Diverses personnes très autorisées me l’ont confirmée, comme M. Dorez, ancien élève de l'Ecole française à Rome qui en a recueilli le récit de la bouche de Klaczko lui-même et de M. de Schweizer, ancien ministre de Bade à Vienne. La dépêche du prince de la Tour d’Auvergne à Gramont le 5 août 1870 est fort significative à cet égard : « D’après ce que M. de Metternich m’a dit, l’impératrice se préoccuperait de savoir si les idées que notre ami M. Klaczko a eu l’honneur de développer devant elle, ont une attache officielle quelconque. Je tiens donc à vous faire connaître immédiatement que M. Klaczko n’a aucune mission, et qu’il n’a pu parler par conséquent qu’en son nom personnel. Le comte de Beust l’aime, il est vrai, et. l’apprécie beaucoup, comme cœur et comme esprit; mais il convient qu’il a parfois l’imagination un peu vagabonde et que ses combinaisons politiques pèchent souvent par le côté pratique. Ainsi donc, si M. Klaczko est intéressant à entendre; il faut bien se garder d’attribuer à toutes ses conceptions, quelques généreuses quelles puissent être, une portée et un caractère qu’elles n’ont pas et que le comte de Beust lui-même (je viens d’en causer avec lui) se refuse h leur donner. » On voit que, même avant nos premiers revers, le chef du Cabinet autrichien se gardait bien de nous laisser la moindre illusion sur le concours effectif de son armée.

A ce moment, de passage à Vienne, Arese essaie d’encourager le prince de la Tour d’Auvergne à hâter avec M. de Beust la conclusion d’un traité austro-italien. Il le fait sur les ins-

tauces de Gramont, mais sans grand espoir, car il sait que l’Italie a désarmé et n’est pas plus en état que l’Autriche d’envoyer, du jour au lendemain, des forces suffisantes au secours de la France. 11 insiste cependant encore pour que dans l’arrangement en question, le mot « immédiatement » comme le voulait Napoléon III, soit substitué au mot « aussitôt que faire se pourra » . Mais il apprend alors les désastres de IVœrth et de Forbach, et il redoute pour l’Italie le contre-coup des événenements de France. Il télégraphie «à Visconti-Venosta : « Crois nécessaire de fortifier sans bruit Vérone et passage Adige. Bismarck, qui a dit <à Napoléon : « Prenez Belgique « pourrait dire à l’Autriche : « Prenez Mincio, frontière naturelle d’Allemagne, d’après eux » . — Assez probable, ajoute Arese, si Beust tombait. Vérifiez si Autriche fortifie Tyrol comme on dit. » Telle était la confiance que l’Autriche inspirait à l’Italie.

De part et d’autre, on se méfiait. Nos revers sont bientôt connus de toute l’Europe. Seul, notre ambassadeur à Vienne est mal informé, car le 5 août, il écrit : « La dépêche Wolf de Berlin, qui annonce une victoire des Prussiens à Wissembourg, nous a bouleversés. J’espère qu’elle n’est point exacte, au moins dans les détails. J’ai télégraphié au duc de Gramont pour savoir ce qu’il en est. Il serait bien désirable qu’on me tînt au courant des faits et gestes de notre armée pour répandre les bonnes nouvelles et rectifier celles qui sont controuvées. « Les revers, hélas! succèdent aux revers. Tout s’éclaire alors d’une lueur sinistre, et Napoléon III télégraphie à Victor- Emmanuel : « Comme vaincu, je ne veux rien vous réclamer » , mais il ajoute : « Je puis faire appel à votre amitié et à votre dévouement. « Le duc de Gramont éperdu mande à M. de Malaret : « Il n’y a plus moyen d’attendre. Le moment est venu. Demandez aux Italiens s’ils sont disposés à participer à la guerre sans l’Autriche et à joindre un corps d’armée à l’armée française. Ils pourraient nous rejoindre par le mont Cenis, cette même route que nous avons prise, en 1859, pour

aller en Italie. » Il rappelle ce glorieux souvenir qui, cependant, ne fera pas le moindre effet sur nos anciens alliés, et il ■ose ajouter « que l’empereur de Russie adhère à l’idée de l’Italie venant nous aider » . Or, les Russes n’y adhèrent pas du tout; les Italiens n’y songent guère et, même, parmi eux, plus d’un se révolte à l’idée d’un appui donné par leur roi aux Français (1).

Ici se place un fait très grave que le comte de Bismarck nous a révélé. « On ne peut pas dire, affirme le chancelier, quelles déterminations auraient été prises à Vienne et à Florence si la victoire à Wœrth, Spickeren et Mars-la-Tour fut ■échue aux Français, ou si les succès eussent été moins brillants pour nous. Au moment où se livrèrent ces batailles (4 au 14 août), je reçus la visite de républicains italiens. Convaincus que le roi Victor-Emmanuel nourrissait le projet de venir en aide à l’empereur Napoléon, ils étaient disposés à combattre cette tentative. Ils redoutaient que l’exécution des projets qu’on prêtait au roi ne fortifiât la dépendance où la France tenait l’Italie et dont souffrait leur sentiment national. Déjà, en 1868 et en 1869, j’avais constaté pareils mouvements antifrançais de la part des Italiens, et non pas seulement dans le camp républicain. Je répondis alors à ces messieurs à Hombourg (Palatinat), comme plus tard pendant que nous pénétrions en France, que nous n’avions pas encore de preuves •que l’amitié du roi pour Napoléon irait jusqu’à attaquer la Prusse. Ma conscience politique ne me permettait pas de prendre l’initiative d’une rupture qui aurait servi à l’Italie de prétexte et de justification pour son attitude hostile. Si Victor-

(1) « Les destinées de la France étaient désormais marquées, écrit le général Govone. Le concours de l’Italie qui, eût-il même été décidé dès la première heure, n’aurait plus servi qu’à combler les premières pertes, n’aurait pu lui être fourni désormais qu’au moment où la France n’allait plus avoir d’armée... L’intervention dans la guerre était désormais devenue impossible. » t {Mémoires, p. 382.)

Emmanuel, prenait, au contraire, l’initiative de la rupture, les tendances républicaines des Italiens (jui desapprouvaient une pareille politique ne m’empêcheraient pas de conseiller au ioî mon souverain, de soutenir les mécontents d Italie pai de 1 argent et par des armes comme ils le souhaitaient (1). « A ceux qui s’étonneraient de voir le chancelier entre de pareilles intrigues, il suffira de rappeler cet aveu de Bismarck à Schleinitz, lorsqu’au temps de la Diète de Francfort il préconisait l’alliance avec le Piémont : » Je ne suis légitimiste qu’en Prusse et je m’allierais avec le diable lui-même, si je croyais que c’est l’intérêt de la patrie allemande. » En 1 866, à la suite de l’immixtion de la France amenée par la dépêche de Napoléon en date du 4 juillet, Bismarck n’avait pas hésité à appuyer l’insurrection hongroise. Tout lui était bon pour arriver à ses fins. Ainsi, c’est au moment même où Victor-Emmanuel parait revenir sur son refus absolu de poursuivre les négociations relatives à l’alliance avec la France que des Italiens inquiets menacent de combattre, avec l’appui de l’étranger, cette disposition du roi.

Mais nos premiers revers arrêtent ce mouvement. Victor-Emmanuel appelle ses ministres et se félicite avec eux d’avoir été soustrait aux périls que les retards de la diplomatie française lui ont épargnés. « Nous avons par bonheur échappé, dit-il. Que les Français n’eussent pas de généraux, cela, nous le savions depuis 1859. Mais cette débandade de Wœrth est plus qu’incompréhensible ! » Telle était la reconnaissance du roi pour l’action efficace de Canrobert et de Mac-Mahon dans la guerre d’Italie, action sans laquelle cependant l’Autriche n’aurait fait qu’une bouchée de l’armée italienne. Et le même prince osait qualifier de « débandade » la glorieuse résistance de nos troupes à Wœrth! 11 finit toutefois par dire : « Diplomatiquement, je vais voir si je puis venir encore en aide à ce malheureux Napoléon. »

(1) Pensées et souvenirs, t. II, p. 122, 123.

Nous allons voir quelle va être cette intervention diplomatique. Dans la crainte que la France ne réitère ses demandes ou que l’Autriche ne s’allie avec la Prusse contre l’Italie, Minghetti négocie avec lord Granville. Celui-ci télégraphie à lord Lyons, le 18 août, que le comte de Bernstorff est venu lui demander si un traité avait été conclu entre la France et 1 Italie, parce que l’Italie devait fournir 100 000 hommes à la France et aurait obtenu le droit d’occuper Rome après la paix. « J’ai dit que je ne croyais pas à l’existence d un pareil traité; que le gouvernement italien avait communiqué à celui delà reine qu’il avait reçu une telle demande de la I1 rance et qu'il désirait obtenir l’aide du gouvernement de Sa Majesté britannique pour résister à une telle pression. Sur la réponse que, quoique ce ne fut pas la politique de l’Angleterre de prendre des engagements positifs pour une neutralité combinée, cependant elle serait prête, — si par là elle pouvait aider 1 Italie a résister à cette pression extérieure, — à s’accorder avec l’Italie pour que ni l’une ni l’autre n abandonnassent la neutralité sans un échange d’idées et sans s’annoncer réciproquement tout changement de politique. Le gouvernement (italien) a donné chaleureusement son assentiment a cet arrangement. » Cette initiative de l’Italie fit naître la fameuse ligue des Neutres qui écarta définitivement 1 Europe des deux puissances en guerre et permit à la Prusse d’écraser la France. Voilà comment Victor-Emmanuel et ses ministres nous venaient en aide!... L’Italie n’avait plus qu’à nous dire, ainsi que le remarque M. de Chaudordy. « Je ferai ce que fera 1 Angleterre » , et comme l’Angleterre disait : « Je ne ferai rien » , 1 Italie était dégagée.

Quant à l’Autriche, lord Granville apprenait également à M. de Bernstorff qu’il avait cru devoir avertir le gouvernement de S. M. François-Joseph que beaucoup de circonstances avaient créé des soupçons sur sa neutralité dans 1 esprit des gouvernements prussien et russe; mais qu il avait icçu du

gouvernement autrichien « l’assurance qu’il était libre de tout engagement et qu’il serait prêt à se concerter avec le gouvernement de S. M. la reine d’Angleterre pour une neutralité continue » . Lord Bloomfield, qui parlait au comte de Beust de saisir la première occasion opportune pour suggérer la paix entre la France et la Prusse, en recevait cette réponse qu’il reproduisait ainsi : « Pour le moment, M. de Beust ne voyait aucun jour à entamer des négociations avec l’un ou l’autre belligérant. Il ajoutait que si la fortune favorisait les armes de la Prusse, comme elle l’a fait jusqu’ici, il craignait qu’il n’y eût aucune chance de traiter de la paix jusqu’à ce que les armées allemandes fussent arrivées sous les murs de Paris. »

Que deviennent maintenant, devant ces déclarations précises, toutes les assurances de traités ou d’intervention? L’Autriche adhérait à une neutralité continue. L’Italie provoquait elle-même la formation de la ligue des Neutres. Telle est la vérité.

Ne pouvant croire à un abandon si complet, Napoléon III envoie, le 19 août à Florence, le prince Napoléon. Il lui dit qu’une seule chance leur reste, c’est que l’Italie se prononce pour la France et tâche d’entraîner l’Autriche. Il lui remet une lettre pressante pour le roi. Le prince arrive à Florence le 21 août. Je trouve à ce propos, dans une curieuse lettre de Michel Bakounine, en rapports intimes avec les républicains d’Italie, les réflexions suivantes, datées du 25 août : « Le prince Napoléon vient à Florence avec une mission extraordinaire près du roi d’Italie, non de la part du ministère français, mais directement de la part de Napoléon, ce qui rend excessivement difficile la position des journaux démocratiques italiens qui voudraient bien prendre le parti de la France révolutionnaire envahie par les soldats du despotisme allemand, et qui ne le peuvent pas, parce qu’ils ne voient pas encore une France révolutionnaire. Ils ne voient qu’une France impériale

à] la têle de laquelle se trouve l’homme le plus abhorré en Italie, Napoléon III. » C’est ce que pensait, entre autres, la Gazelta di Milano , qui déclarait que « jusqu’à présent on n’avait rien vu en France qui montrât vivant le grand peuple qui avait démoli le moyen âge, car il s’assujettit à un gouvernement qui l’administre au nom de l’empereur, qui le trompe et le perd au nom de l’empereur. Avec la meilleure volonté du monde, nous ne pouvons éprouver aucune sympathie, aucune confiance pour ce pays « . Il résulte donc de ces témoignages que l’opinion italienne ne nous était pas favorable et que Victor-Emmanuel, l’eût-il voulu, l’cût-il sérieusement pu, n’aurait été suivi ni par ses ministres, ni par son peuple. « Quand un de nos amis, disait plus tard Aisconti-Venosta à Rothan, sç jette par la fenêtre sans nous prévenir et se casse le cou, ce serait folie de sauter après lui et de se briser les membres sans pouvoir le sauver. » Gambetta, à qui Rothan répéta ce propos, répliqua : « On saute tout de même, sauf à mettre de la paille! » La vérité est que tous les prétextes furent invoqués par l’Italie au lendemain de nos revers, et cela avec les plus chaleureuses protestations de sympathie et de dévouement. « L’assistance de Garibaldi, mandait Rothan à Chaudordy, le 26 novembre 1870, serait son seul titre à notre reconnaissance, si elle n’y trouvait pas l’inappréciable avantage de se débarrasser des éléments révolutionnaires au moment où elle s’installe à Rome. »

Mais revenons à la mission du prince Napoléon. Il demanda soixante-dix mille hommes pour faire une diversion sur Lyon. Le ministre Lanza lui répondit : « Il nous faudrait un mois. Dans un mois le sort de la France aura été réglé. » Quel que soit le sens de cette triste réponse, ce ne fut pas dans un mois que le sort de la France, malgré tant de désastres, fut réglé. Cinq mois d’une glorieuse résistance qui stupéfia nos ennemis et pendant lesquels les Neutres auraient pu sortir de leur inaction égoïste et arrêter les succès de la Prusse, cinq mois de résis-

tance opiniâtre ont laissé à l’Europe et au monde un souvenir que rien n’a effacé. Tandis que l’Italie faisait preuve d’une monstrueuse ingratitude, la France a montré que, même privée de ceux qui s étaient dit ses amis, elle ne désespérait pas de son sort. Tout ce que l’histoire doit retenir de l’action italienne, c’est ce cri de soulagement de Victor-Emmanuel au lendemain

de Sedan : « F . ! je l’ai échappé belle! » ; c’est l’ordre

donné par lui de profiter de notre défaite et de venir demander immédiatement au gouvernement de la Défense nationale de dénoncer la convention de Septembre et de le laisser entrer à Rome.

Le jour même de Sedan, le ministre Lanza tâchait de faire comprendre au prince Napoléon que sa présence était gênante à Florence : « Ab! vous me congédiez! dit amèrement le prince. — Monseigneur, je ne dis pas cela! — C’est bien. Faites-moi remettre mes passeports ! — Votre Altesse les aura dans une heure. » Et c’est après ce court dialogue que le défenseur attitré des aspirations nationales italiennes et de Rome capitale, était mis prestement à la porte de Florence par le Cabinet italien. Celui-ci avisait audacieusement l Europe que la convention du 15 Septembre, qui devait amener la conciliation possible entre le Saint-Siège et 1 Italie n’avait pu arriver a son but a cause de la Cour de Rome qui enrôlait des torces étrangères pour une prétendue croisade, froissait le sentiment national et rendait précaire l’ordre dans la Péninsule. La nécessité de résoudre la question romaine s’imposait donc au gouvernement italien. Le général Govone reconnaissait, lui aussi, que l’occupation de Rome était désormais un fait inévitable, mais il considérait comme chose inconvenante une marche immédiate et il disait que ce serait ajouter au fait, Pénible par lui-même, la cruauté d’un inutile affront. « Quel grand courage, disait-il, il aurait fallu pour oser défier et offenser la France au lendemain de Sedan! En d’autres temps. Je général Govone aurait reçu avec joie l’ordre du roi de

marcher sur Rome défendue par une armée étrangère; maintenant, il n avait plus qu’un désir: celui d’une solution pacifique qui affectât le moins possible la France défaite, vaincue et malheureuse (1). » La santé ébranlée du général le força à présenter sa démission le 7 septembre, et ce fut un autre que lui qui accepta la mission d’envahir, sans aucuns risques, les provinces romaines. Voilà comment dès le début des hostilités, la France, en proie aux plus terribles difficultés, fut laissée seule, sans appui (2).

En résumé, l’Angleterre, qui ne pardonnait pas à l’Empire ses visées sur la Belgique dévoilées par Bismarck dans le Times du 25 juillet, empêcha les autres Etats de nous secourir sous prétexte de localiser le conflit. La Russie ne pensa qu’à faire reviser à son profit le traité de 1856 et défendit au Danemark de se montrer favorable à notre cause. L’Autriche, qui aurait bien voulu faire quelque chose pour nous, mais instruite par un passé récent, ne put que manifester des intentions sympathiques, car elle redoutait les menaces de la Russie et le courroux de la Prusse. L’Italie, n’ayant pas les forces suffisantes et n’étant pas dans sa grande majorité favorable à la France, réserva sa pleine liberté d’action pour la défense de ses droits et de ses intérêts et n’eut les yeux fixés que sur Rome. On peut donc affirmer hautement que le 15 juillet, au moment où le duc de Gramont laissait croire à la commission des Crédits qu’il avait partie liée avec l’Autriche et l’Italie, nous n’avions que des promesses vagues et encore était-ce bien des promesses? Des paroles obligeantes, tout au plus. Des écrits eussent eu peut-être quelque valeur, mais des paroles ! Le 7 août, au lendemain de Wœrtli et de Forbach, on saura ce qu’elles pèsent et ce qu’elles valent. Trois jours encore et la

(1) Mémoires, p. 388, 389.

(2) Pour plus de détails sur ces faits, il faut relire les chapitres vi et vu de Y Histoire diplomatique de la guerre franco-allemande d’Albert Sorel et la triste brochure du prince Napoléon, la Vérité à mes calomniateurs .

ligue des Neutres va nous condamner à un isolement étroit. Le comte de Beust ne verra pour ainsi dire plus d’Europe, et ce qui restera de cette Europe, égoïste et indifférente, travaillera pour le roi de Prusse contre ses propres intérêts. Qu’était devenue la déclaration de Napoléon III à Prévost- Paradol : « Nous ne pouvons affronter la guerre que les mains pleines d’alliances? » Qu’était devenue la parole du maréchal Niel au général Lebrun en 1869 : « Je vous réponds que tant que je serai ministre, je tiendrai à ce que la France ne s’engage pas dans une guerre où elle n’aurait pas d’alliés pour la soutenir « ? Mais Le Bœuf crut aux assertions du duc de Gramont et celui-ci prit de vaines paroles pour de solides engagements (1). Napoléon III, l’impératrice et la Cour, le Corps législatif et le Sénat, tous s’y laissèrent tromper.

(1) Voir, dans les Pièces justificatives du Rapport de M. Saint-Marc- Girardin (Pièces n° 14), Président de la Commission d’enquête sur les actes de la Défense nationale, les lettres du duc de Gramont à un ami, le 9 décembre 1872, et au Président de la Commission d’enquête, le 28 décembre 1892, la lettre du comte de Beust au duc de Gramont du 4 janvier 1873 et la réponse de Gramont du 8 janvier. 11 en appert, malgré les arguties de Gramont, que l’Autriche n'avait point promis de concours militaire, mais s’était plu seulement à offrir le concours de son action diplomatique.

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