II PRÉFACE
vrent un territoire quatorze fois grand comme la France, et sur ce territoire il y a quarante millions d'habitants. Vers la fin du siècle, plus de cent millions d'hommes feront des États-Unis le plus grand empire du monde après la Chine. Si Franklin pouvait sortir de sa tombe, que dirait-il en face de cette prospérité qui dépasse de bien loin ses rêves les plus hardis?
Cette prospérité n'est pas l'effet du hasard; le hasard n'a pas tant d'esprit. Des causes diverses ont contribué à cette fortune prodigieuse : le sol, le climat, la race, etc.; mais au premier rang, il faut placer les institutions. Jamais n'a été mieux vérifiée la parole de Montesquieu, que les pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté. Que l'on compare la stérilité naturelle du Massachussetts à la fertilité du sol brésilien, et la richesse des États-Unis à celle des républiques de l'Amérique espagnole, on sentira bientôt que la nature ne fait pas tout pour la grandeur des empires. Le bonheur des nations est clans leurs mains, à la condition d'user de la liberté, c'est-à-dire de vivre sous le règne de la justice et de la raison, en se gardant avec le même soin et du despotisme et de l'anarchie.
Ce grand spectacle auquel le monde assistera