L'AVENEMENT U UN GRAND PEUPLE
Les articles de Confédération. — Ils sont ratifiés de 1778 à 1781. — Pas de gouvernement central. — Danger de la situation. — On offre la couronne à Washington. — La Constitution de 1787. — Washington, président de la république. Le soleil levant.
Un peuple, frémissant de courroux, a renversé la tyrannie. Le fruit, d'ailleurs, était mûr. 11 devait tomber de l'arbre. De même, s'affranchira l'Australie.
Les Américains, au lendemain de la paix, sont soucieux. On se venge, par la victoire, des injures et de la calomnie. Gomment, après le succès, garderies droits glorieusement conquis ?
Le Congrès, d'abord, n'était qu'un rouage sans force. Il ne possédait aucun moyen coercitif. En 1778, les membres de l'Assemblée fédérale soumirent, à l'acceptation des treize Etats, les articles de confédération.
Avant cette époque, les colonies revendiquent les prérogatives de la métropole, et s'administrent à leur guise, sans relever d'une autorité supérieure. On redoute une centralisation qui viendrait étouffer la vie politique, et l'on adopte, sans y prendre garde, une fédération qui dissémine les éléments de la défense et compromet l'avenir.
En 1778, on propose de s'associer pour la lutte. Chaque État conservera sa juridiction et les privilèges qu'il n'aura pas déférés au Congrès. Les législateurs ne pourront déclarer la guerre, signer des traités, battre monnaie, lever une armée ou une flotte, nommer le commandant en chef de l'une ou de l'autre, qu'avec l'assentiment de neuf Etats au moins.
Trois ans après, le New-IIampshire, le Massachussets, le Connecticut, le Rhode-Island, le New-York, la Pensylvanie, le Delaware, le New-Jersey, le Maryland, la Virginie, les Carolines et la Géorgie ratifient le projet.
Hélas ! on n'a pas éloigné le péril. On vote par État, et lorsque, par hasard, neuf États s'entendent pour faire exécuter une mesure, on ne sait comment contraindre les cinq autres provinces. Confusion affreuse. Le peuple ne demande que des conseils à ses représentants. Le Congrès n'a aucune initiative. Absence de gouvernement central.
Le doute s'enracina dans beaucoup d'esprits. Que réservait la République? L'anarchie. Seule, la royauté semblait capable de garantir l'ordre. Le monarque acclamé était Washington.
L'idée, au sein des groupes attachés à la Révolution, triomphe des scrupules. Elle exalte les anciens officiers de l'armée. Le colonel Lewis Nicola, en citoyen perspicace, offre la couronne au général en chef. D'après lui, « de tous les gouvernements, le gouvernement républicain est le moins stable, le moins capable de garantir les droits, l'indépendance et la propriété des citoyens.» Il prophétise : « Avec la République, l'Amérique ne
deviendra jamais une nation. » Pas d'épreuves à subir si l'on place sur un trône le « génie » qui a vaincu l'Angleterre. Des gens, toutefois, prétendent que la monarchie conduit fatalement au despotisme. On donnera, s'il le faut, « un titre plus modeste » au maître absolu. Mais, « si tout le reste était une fois réglé, on pourrait invoquer de bien fortes raisons pour admettre le titre de roi. »
Washington exhala cette protestation d'une honnête conscience blessée : « J'ai lu attentivement, avec un mélange de surprise et de douleur, les pensées que vous m'avez soumises. Soyez-en bien sûr, monsieur, aucun événement, dans le cours de cette guerre, ne m'a autant affligé que d'apprendre par vous que de telles idées circulent dans l'armée. Je dois les regarder avec horreur, et les condamner sévèrement. Quant à présent, elles resteront renfermées dans mon sein, à moins que de nouvelles manifestations n'en rendent la révélation nécessaire. Je cherche en vain ce qui, dans ma conduite, a pu encourager une proposition qui, à moi, me semble grosse des plus grands malheurs qui puissent fondre sur mon pays. Si je ne me fais pas illusion sur moi-même, vous ne pouviez trouver personne à qui vos plans fussent plus désagréables. »
Conquérants d'Europe, vous tenez en maigre estime le général qui parle ainsi. Mais, combien l'homme dont l'honnêteté, en pareille circonstance, s'indigne, vous dépasse et vous éclipse !
Il fallait, pour conjurer la catastrophe, un éclair de bon sens. On l'eut en 1787. Une Convention de tous
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les délégués des Etats compléta les articles insuffisants.
Le nouveau pacte, consenti par le peuple, est devenu la Constitution qui régit encore aujourd'hui les États-Unis. Elle débute ainsi : «Nous, peuple des États- Unis, dans le but de former une union plus parfaite, d'établir la justice, de conserver la tranquillité à l'intérieur, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général, et de nous garantir à nousmêmes et à nos descendants les bienfaits de la liberté, ordonnons et établissons la présente Constitution pour les États-Unis d'Amérique. »
On substituait, à la « ligue d'amitié », un gouvernement effectif.
La Constitution émane, non des États, mais du peuple. Elle enlève aux États, pour en investir le Congrès, le Président et la Cour suprême, tous les attributs de la souveraineté. Les deux chambres, sans consulter les États, lèvent des impôts, organisent des flottes et des armées, déclarent la guerre, font la paix, empruntent, battent monnaie.
Le Congrès « a qualité pour requérir les milices dans le but de faire exécuter les lois de l'Union, d'étouffer les insurrections et de repousser les invasions. »
Chaque État, par sa législature, établit les lois qui n'ont rien de contraire aux principes reconnus et proclamés.
A la tête de ce gouvernement rationnel, on réclamait un grand citoyen. On choisit Washington, « first in war, first inpcace, and first in the Iiearts of lus country-
men, premier dans la guerre, premier dans la paix, et premier dans les cœurs de ses compatriotes. »
Il jura, le 30 avril 1789, de remplir « avec fidélité le mandat de président des États-Unis » , et sut respecter son serment. Réélu, il refusa, après une nouvelle période de quatre ans, de s'éterniser au pouvoir, et s'éteignit, le 14 décembre 1799, dans sa douce retraite de Mount-Vernon.
Lorsque la Constitution de 1787 fut adoptée, le vieux Franklin regarda un tableau où l'on distinguait un effet de soleil. Pendant la session, et au milieu de ses « alternatives de crainte et d'espoir » ,1'ex-ambassadeur avait bien souvent examiné la peinture. Jamais il n'avait pu « découvrir » si le soleil, sur la toile, se levait ou se couchait. Il vit « enfin, grâce à Dieu, un soleil levant. » L'astre, aujourd'hui, est très-haut à l'horizon. Parti d'un point d'où émergent des rayons, où brille cette date : 4 Juillet 1776, il a parcouru, dans un ciel sans nuages, une carrière déjà longue. Il poursuivra sa course.
En France, le 14 juillet 1789 n'est qu'une aurore fugitive. Après l'éclaircie, la nuit. Elle commence à l'Empire, augmente sous la Restauration, devient plus noire sous la monarchie de Juillet, et s'épaissit sous le régime effondré à Sedan.
Les Américains, échappant aux réactions, évitent les haltes où sommeille, s'affaiblit et se perd la virilité : ils grandissent toujours.