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LA BATAILLE DES FLANDRES — l'ySER* i
Bien décidés à venir à bout de notre résistance daiMM le Nord, les Allemands massèrent successivement, daa|« les Flandres, 16 corps d'armée : La Garde prussieni
1. Voir pour les détails et les cartes concernant les formidablj journées de l'Yser et d'Ypres, l'ouvrage de M. Pierre Dauzet Bataille des Flandres. — Voir aussi : la Mêlée des Flandres, de M. LoQÎtJ Madelin, qui donne avec une grande hauteur de vues des rensei < gnements pleins d'intérêt sur le grand rôle du général Foch e^ l'esprit offensif qu'il a su maintenir dans ses vaillantes troupes.
en fut, ainsi que quatre corps de cavalerie. Les armées étaient commandées, celle d'Arras et de la Lys par le prince royal de Bavière, celle du Nord en face deÎTser par le duc de Wurtemberg; entre les deux armées princières, s'intercala au nord de la Lys le détachement d'armée du général von Fabec.
Les troupes reçurent communication du but de leurs efforts par des ordres généraux : « Il importait de porter un coup décisif à la gauche française, de percer sur Ypres ou Dunkerque ». Toute l'Allemagne fut mise au courant des grands événements qui se préparaient et de leur importance. Il ne s'agissait plus de la France et de Paris. On voulait mieux que cela, Londres et l'Angleterre; et à cet effet, il fallait menacer, dominer i^a Manche, en atteignant Calais coûte que coûte.
L'empereur Guillaume attendit le succès sur les lieux, pendant plusieurs journées de la lutte. Il fit annoncer son arrivée et se montra à ses troupes pour élever leur moral et pour leur faire sentir toute la gravité, la nécessité de leurs efforts. Il leur fit dire qu'il assisterait à leurs combats, qu'il comptait sur l'invincible bravoure allemande pour être bientôt à Ypres et y proclamer, grâce à leur valeur, l'annexion définitive de la Belgique à la grande Allemagne. , Contre cette formidable préparation, contre la concentration de ces armées puissantes, surexcitées, bien commandées, munies d'une artillerie lourde nombreuse, redoutable et régulièrement amenées à pied d'œuvre, notre haut commandement fut obligé d'improviser, de pousser à la hâte vers le Nord des troupes retirées d'autres parties de notre énorme front et de les jeter dans la lutte, à peine débarquées, en les enchevêtrant souvent, soit avec l'armée belge, soit avec l'armée anglaise.
Mais sous l'impulsion de notre état-major, nos chemins de fer, nos automobiles continuèrent leurs merveilles. Et malgré les énormes difficultés de la situation, le général Foch parvint à orgjiniser magis-
traleraent et à temps, là où se produisit le redoutable ^ effort de nos ennemis, un front solide s'étendant de \ La Bassée à la mer. Comme il l'avait fait dans les 'J journées de la Marne, il réussit à soutenir, à surexciter \ le moral de ses troupes, en leur recommandant, en i leur prescrivant Toûensive, toutes les fois que les j circonstances s'y prêtaient; de sorte que nos « poilus » ;.i se sont défendus non seulement pour tenir, mais pour :J attaquer à leur tour et « pour les avoir ». Cet esprit 'i offensif constamment avivé par le général Foch leur a i fait faire de prodiges de ténacité et de valeur. '•
La bataille débute sur l'Yser, le 17 octobre 1914, par j l'attaque de grosses colonnes allemandes, qui après J une effroyable préparation par l'artillerie — beaucoup j de leurs canons venaient du siège d'Anvers — se jettent ■ sur les positions occupées par les Belges et nos fusiliers i marins, de Nieuport à Dixmude. C'est la grosse armée ^ allemande du duc de Wurtemberg, qui veut à tout prix fj nous déloger de l'Yser. L'attaque ne réussit pas le ^ premier jour. Elle est reprise les jours suivants par de» ^^ effectifs de plus en plus considérables et à l'aide de masses compactes, dans lesquelles nos fusils, no8^ mitrailleuses, les canons belges et surtout nos merveil-fi leux 75 font des ravages épouvantables. j^
Il y a des hauts et des bas dans la terrible lutte. DeS;^ villages, des têtes de ponts sont pris et repris. L'Yser ; est franchie par l'ennemi en certains points.... Mais ^ alors interviennent notre fameuse 42*= division — général i Grossetti — et d'autres troupes du détachement d'armée;:^ du général d'Urbal, qui rétablissent énergiquement la ^ situation; et enfin l'inondation maritime, tendue en 1 levant les écluses de Nieuport, envahissant bientôt la : grande plaine, refoulant les Allemands et embourbant une grande quantité de leurs canons, de leurs cadavres, \ de leurs blessés. Avant que l'inondation fût complète, nos ennemis se jettent furieusement sur le village de j Ramscapelle et l'enlèvent aux Belges. Mais la 42'' divi- i sion ne tarde pas à reprendre le village de haute lutte.... ]
REPRISE DE l'offensive ALLEMANDE. 139
Un officier d'état-major belge, qui a participé à l'horrible bataille et qui était bien placé pour la voir, en a donné dans son livre : Guerre en Belgique^, un récit saisissant, véridique, des plus intéressants. Installé auprès d'un chef de bataillon français, dans un abri tout à fait en première ligne, il assiste au déclenchement de la lutte. Il voit « le mouvement de l'ennemi s'accentuer et se déplacer ». « On dirait que des plis entiers de la plaine se soulèvent, puis se posent, se soulèvent de nouveau et s'approchent vers nous, comme d'énormes vagues que nos shrapnells cravachent sans les arrêter. C'est l'attaque en masses serrées, chère à nos ennemis, avec ses milliers de poitrines, qu'il est impossible de broyer toutes »....
Dans la ligne française, on se défend avec entrain, nuit et jour. « On ne s'aperçoit du matin — ajoute-t-il — que parce qu'on peut viser et qu'on voit les morts. 11 y a des corps gris- culbutas à dix mètres des tranchées. La plaine en est couverte, comme les champs, chez nous, quand on arrache les pommes de terre.... Les jours et les nuits se ressemblent. Pas de répit. Les Allemands se font des escaliers de cadavres pour arriver jusqu'à nous. Nous les culbutons par rangées....»
Et après avoir décrit ces hécatombes, l'officier belge nous fait assister à la reprise du village de Ramscapelle par notre héroïque division Grossetti. De loin, à la sonnerie « en avant! » il voit « les larges culottes des zouaves partir, comme une longue flamme rouge, léchant la plaine », et courant vers le village d où sort une fusillade eiîrénée. Rien n'arrête nos soldats; « ils s'engouffrent dans les maisons; le feu cesse. C'est l'heure de la baïonnette. Le village hurle de joie et de douleur; il râle et retentit. Et au-dessus de tout cela, le clairon endiablé, debout comme un coq, jette ses