LES ATTAQUES DE JANVIER A MAI
Il début de 1915, les attaques ont été nombreuses, lu' ressantcs sur tout le front de France, depuis l'Alsace
jusqu'à la Belgique et à la mer du Nord. Elles avaierj un triple but : soulager nos alliés les Russes, empêcha les Allemands de disposer de leurs réserves de cecôt^i tenir nos troupes en haleine; enfin donner de forll coups de sonde dans les lignes de nos ennemi: i pour en découvrir le fort et le faible et pour déterm4 ner la meilleure méthode d'attaque à employer conti | leur formidable organisation défensive.
C'est ainsi que nos troupes furent amenées à livni de violents combats un peu partout, et notamment si \ l'Yser, dans l'Artois, en Champagne près de Perthef i les-Hurlus, en Argonne vers les bofs de la Grurie, - ^ arrosés par le sang des héroïques Garibaldiens, — e j Alsace vers Thann et Steinbach. ...
L'affaire la plus impressionnante se déroula, du ; au 15 janvier 1915, près de Soissons, sur la rive noi i de l'Aisne. Les Allemands en ont fait grand tapage « i sont allés jusqu'à comparer cette sanglante, ma ! modeste attaque d'une de nos divisions, à la journ^ i de Saint-Privat. C est une exagération ridicule. L i seule ressemblance avec Saint-Privat, c'est qu'en effe ! dans les deux affaires, nos ennemis avaient sur noi ) une supériorité d'effectifs écrasante.
En réalité, nous avions été victorieux les quati | premiers jours de la lutte. Le 12 janvier, l'ennemi noi i contre-attaqua avec une grande violence, à l'aie I d'énormes renforts, sous les yeux de Tempereur Gui ! laume. En même temps, l'Aisne avait subi une cri i dangereuse, nos ponts, nos radeaux.avaient été enlevé I Notre haut commandement donna le signal de l \ retraite, qui se fit, dans la nuit du 13 au 14, dans '. 1 plus grand ordre, sous la protection des zouaves et c ^ l'artillerie.
C'est pendant cette retraite qu'est tombé en héros i capitaine d'artillerie de réserve Pierre Leroy-Beauliei \ ancieh élève de l'École Polytechnique, exerçant aval i la guerre les fonctions de professeur de sciences pol tiques et de membre du conseil général de l'Héraul
i 3n corps était resté entre les mains des Allemands; et
i est par eux, par le médecin-chef de leur ambulance,
I le sa famille a eu des renseignements précis :
■■ Il commandait une batterie de 90 du 9" d'artillerie, au
Drd de l'Aisne, et fut employé à couvrir la retraite de
3S troupes. Il fit feu sans relâche jusqu'à ce que tous
, ;s servants fussent tombés sous les balles de l'ennemi,
i 3jà très près de ses canons. Alors, il servit lui-même
me de ses pièces, tira tant qu'il put et, quand les
llemands furent sur lui, se battit à coups de revolver,
tomba mortellement atteint d'une balle dans la
mpe.... Émerveillés de son courage, les Allemands
Dnt fait porter en terre, avec les honneurs militaires.
« Je m'incline profondément et plein d'admiration,
j outait le médecin-chef, devant ce camarade combat-
nt héroïquement, jusqu'à la dernière extrémité, pour
► . patrie. »
I Inclinons-nous, nous aussi, profondément ! C'est un Dble exemple de la haute valeur morale, du souffle héroïsme qui ont animé nos officiers de toutes proveinces, comme nos soldats, comme la nation tout itière.
I Plus tard, en février et mars, nous avons fait en hampagne, entre Souain et Beauséjour, une attaque une certaine envergure, qui a pleinement réussi, otre artillerie lourde s'y est bien montrée.
I Parmi les nombreuses actions d'éclat de notre infanirie, au cours de cette attaque, comment oublier celle e ce vaillant fantassin colonial, Simon, qui après avoir
l 'aîné son officier blessé, pendant 900 mètres, sous une
j litraille infernale, revint au combat, et dans un corps '"orps furieux tua de sa main sept soldats et un officier
inandsî liientôt après, eurent lieu dans l'Argonne la brillante ttaque de Vauquois, et, dans les Flandres, la dure, lorieuse bataille des Anglais à Neuve-Chapelle.
Le 23 mars, rHartmannswillerkopf , le sommet vii gien qui domine si bien la s^rande plaine alsacienij non loin de Mulhouse, fut arraché violemment m Allemands. Cette rude opération fut remarquablemt* dirigée par notre dernier attaché militaire de BerH le général Serret. La concordance des efforts de l'arli erie et de Finfanterie, dans cette attaque, fut signall comme un modèle. Notre infanterie fut admirable. \ 152° régiment, qui s'était déjà distingué à Steinba<^ fut cité une nouvelle fois à Tordre des armées. PI! tard, il a eu l'honneur de figurer le premier sur la li: i des régiments d'élite, appelés à porter la fourragé i et même la fourragère « couleur rouge de la Légi j d'honneur » *.
En avril, eurent lieu les luttes héroïques qui noi permirent d'enlever le fameux éperon des Eparg j surplombant la plaine de la Woëvre. Vers la mÔJ i époque, de nombreux, sanglants combats, où se-mon J la vaillance de nos troupes, se déroulèrent, en Als€ l dans la vallée de la Fecht; dans la Woëvre, à Mortma i aux bois le Prêtre, d'Ailly; dans la région de Sai < Mihiel; dans le Nord, du côté d'Arras..., lorsque éch \ un nouvel acte de barbarie des Allemands, l'emp I des gaz asphyxiants.
Ce fut le 22 avril, en Belgique, vers Langemark, q j nos troupes du général Putz virent fondre sur elles c i vapeurs empoisonnées, semant la mort. La surprise complète. Les hommes, qui purent se traîner, se repl j rent, abandonnant des canons, découvrant les Angla j les forçant à se replier eux aussi. L'infamie deleura* \ permit aux Allemands de passer le canal de TYser, m pour peu de temps... Après de furieux combats, ( leur coûtèrent beaucoup de monde, ils ne tardèrent j à être énergiquemeut repoussés. On s'empressa, ds
1. Les corps cités deux fois à l'ordre des armées portent la four gère, couleur du ruban de la Croix de guerre; cités quatre fois fourragère couleur du ruban de la Médaille militaire; six fois, c leur du ruban de la Légiou diiunueur.
5 armées alliées, de munir les soldats de masques ntre les gaz asphyxiants.
Les brigandages, les atrocités des Allemands redouèrent vers cette époque. Plusieurs villes ouvertes, en ; -ance et surtout en Angleterre, furent bombardées la lit par des zeppelins. Un grand nombre de femmes, enfants furent assassinés par cet odieux procédé. Sur mer, les sous-marins allemands commirent crimes ir crimes. L'épouvantable, l'horrible forfait de la mtania, qui engloutit 1 145 victimes, eut- lieu le mai 1915, dans la mer d'Irlande.... Et ces actes aussi roces que stupides ont été accueillis en Allemagne ir des applaudissements, des acclamations enthouastes! Le « Deutschland ûber ailes » n'est que trop •ai. Les Allemands sont au-dessus de tous les peuples Il monde, et de l'histoire, pour la barbarie, la cruauté urde, stupide!
LA BATAILLE DE L'aRTOIS — MAI-JUIN 1915
Les grandes attaques de 1915, qui ont eu lieu sur- )ut dans l'Artois et dans la Champagne, furent, plus ncore que nos autres combats, destinées à soulager os alliés les Russes, à attirer de notre côté les -'serves allemandes, et aussi à arracher à nos ennemis 'rtains saillants, certaines parties gênantes de leurs gnes. ^
Ont-elles eu un autre objectif? Ont-elles été réellelent organisées, comme l'a cru souvent le public, pour lire la « percée », pour trouer le front allemand et )rcer nos adversaires à revenir à la vraie guerre, à la uerre de mouvements? On ne le saura qu'après la nblication des rapports officiels. Pour le moment, ous ne pouvons que constater, que nous avons été utièrement prêts, pour les canons et les munitions, eulement au printemps de 1916, et que par suite nous e devions pas l'être en 1915.
Les grandes attaques de 1915 ont été, par contre, de ormidables et utiles coups de sonde qui nous ont •egnis d'apprécier la valeur des défenses ennemies,
de déterminer le mode d'attaque le moins meurtrie î et en même temps le plus énergique, le plus efficac! pour venir à bout de nos adversaires, quand devM sonner l'heure de roffensive générale sur tous l^ fronts des Alliés, à l'Orient comme à l'Occident, cornD^ au Sud.
La première grande attaque, la glorieuse batailj qui se déroula dans l'Artois, du 9 mai au 16 juin, av{^ pour but immédiat d'enlever aux Allemands le saillâ. dangereux, enchevêtré de tranchées, de boyaux soutei rains, de villages puissamment fortifiés, que formel leur front, au nord d'Arras.
Remarquablement organisée, puissamment préparil par l'artillerie, elle fut aéclenchée le 9 mai et se poili suivit violemment, avec des alternatives de succ< éclatants, de combats acharnés, de retours offensifs u l'adversaire. Les positions du redoutable sailla* furent enlevées tantôt brillamment d'un seul boiii^ tantôt lentement en chassant l'adversaire de tranchéî en tranchées, de barricades en barricades, de villagî? en villages. Notre-Dame-de-Lorette, Ablain, la Tm gette, Garency, Neuville-Saint-Vaast et son fameii labyrinthe, Aix-Noulette, Souchez... furent les témoin de l'entrain, de l'héroïsme de nos soldats, de nos ofi ciers, de la maîtrise de nos généraux." ,^
L'opération la plus brillante a été celle du 9 mii Menée sur le front Neuville-Garency, elle était destina à enlever d'un côté la Targette et la moitié de Néuvillii de l'autre côté de forts ouvrages et les pentes retrap chées de la falaise de Vimy. Bien orientées par 1^ chef, nos vaillantes troupes firent des prodiges h vaillance et de rapidité; chargeant en courant, débii dant les tranchées, sautant par-dessus, elles arrivèrell à couronner d'un seul élan la crête de Vimy, ayant faii en combattant, plus de quatre kilomètres en une heuJN et demie. j
Le haut commandement eut peine à croire à IH pareil succès. Il mit à l'ordre des armées cette aidï0
rable troupe et son glorieux chef. C'était un de nos meilleurs corps d'armée de l'Est. Son chef était le amènerai Pétain, dont le nom est maintenant célèbre ians toute la France, dans le monde entier, car il n'en 3stpas resté là.
Rien ne peut dépeindre l'ardeur de nos soldats pendant ces combats, qui ont fait battre d'espérance le :œur de la nation. Les grands blessés, évacués sur les hôpitaux de Paris, sont restés pendant plusieurs jours, malgré leurs souifrances, sous l'impression de l'animaion, de l'entraînement de la lutte. Ils croyaient à la victoire; ils répétaient : « Nous les avons eus ». Et ils avaient raison. C'était bien une victoire, démontrée par le nombre des prisonniers, par le matériel conquis. C'était la confirmation de la supériorité morale de nos soldats; et depuis, ils ne l'ont plus abandonnée.