‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 61 sur 69 · Librairie Plon-Nourrit · texte numérisé non relu

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ZURLINDEN. — I. 13

bientôt sous-lieutenant d'infanterie. Il raconte ses im^ pressions, pendant la rude attaque de Loos, du 9 mai]

« L'attaque est déclenchée à dix heures. Pas dH signal. Toutes les montres ont été réglées. A Fheuret fixée, je crie « En avant! » et cours droit à la premièrH ligne allemande.

« J'arrive, dit-il, aux premiers fils de fer et mt^ retourne : tout le monde a suivi. Les hommes sont IH sur mes talons. Une seconde après, nous sautons par-dessus le parapet de la première ligne ennemie. Lan capotes bleues font un bond en avant; on voit luire len baïonnettes, et nous entrons, tête baissée, dans h^ zone de Tenfer.

« Il n'y a pas de mot, pas de couleur, pas de son qu sj puisse en donner une idée. Les Allemands font un tiil de barrage. Il faut entrer dans une sorte de vapeujj suffocante; on pénètre dans des gerbes de feu, ci j éclatent percutants, fusants, bombes, et à des inter i valles si rapprochés que le sol s'entr'ouvre à chaquH instant sous les pas. Gomme dans un rêve, je vois lesi petites silhouettes enivrées par le combat, qui chargen | au milieu des panaches de fumée.

« Les obus ont fait des ravages dans les rangs. J'a l vu des groupes de cinq ou six, fauchés, broyés. Ui i instant, j'aperçois P..., le caporal, à la tète d'un groupt i d'hommes, et j'oublie tout pour lui crier : « Hardi , bravo, P...! » Son fusil fait des moulinets. Son tors( i d'hercule, moulé dans un maillot de laine, apparaît suj un tertre. Insouciant des obus et des balles, il sembl< \ l'incarnation même de la guerre ; sa terrible baïonnette j ruisselle de sang. Toute ma vie, je le verrai se déta- 1 chant contre le ciel bleu, tète nue, couvert de sueuj \ et de sang, entraînant les autres au carnage.... »

Et l'assaut continue; ils ne sont plus qu'à quelques mètres des dernières lignes allemandes; on voit le uniformes gris de l'ennemi; on perçoit des plaintes des cris, des coups de revolver, au milieu du brui épouvantable de la lutte.

Quand notre jeune officier mit le pied sur le dernier parapet, il se retourna vers sa section, qui le suivait aveuglément, et lui cria : « En avant, les gas! nous y sommes ». A ce moment, il fut grièvement blessé dans le dos. Il n'en resta pas moins à son poste, organisa, défendit la tranchée qu'il avait si vaillamment conquise, jusqu'à ce qu'arriva l'épuisement, 1' « hébétement » provoqués par la violence des détonations, par la tension excessive des nerfs et de la volonté, par la flèvre occasionnée par la blessure....

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