NOS OFFICIERS — NOS SOLDATS — NOS AVIATEURS
Comment ne pas être émus en lisant de pareils récits! Et nous ne tarderons pas à en entendre mille autres aussi impressionnants. Admirons sans réserve ces officiers jeunes et vieux, qui avec tant d'abnégation, tant d'enthousiasme, ont si bien rempli leur noble rôle de diriger, d'animer, d'entraîner leurs hommes, de leur donner les plus glorieux exemples. Leur esprit offensif, leur bravoure, leur héroïsme ont contribué, dans la plus large mesure, aux victoires qui ont sauvé notre pays.
Admirons par-dessus tout le simple soldat, l'homme du rang, qui n'a rien à espérer, rien à gagner, qui n'est soutenu que par l'amour de la patrie, qui oubliant intérêts, famille, enfants, fait le sacrifice de sa vie simplement, sans forfanterie, marche le cœur haut à travers le bombardement et la mitraille, et n'a le plus souvent d'autre récompense que le corps à corps final, l'attaque à la baïonnette, le plaisir « d'avoir » enfin l'ennemi détesté.
Nos aviateurs méritent une place à part dans notre admiration, dans notre reconnaissance. Au début des opérations, nous étions dans l'inconnu à leur égard. C'était la première fois que l'arme de l'air allait figurer
dans les batailles. Qu'allaient faire nos aviateurs?' Quelles seraient leurs impressions, sous les premiers^ bombardements de l'adversaire? •
L'un d'eux, et des plus estimés, Brindejonc des Moulinais — tué à l'ennemi en 1916 — avait fait à cet égard! des confidences pleines d'intérêt : « Tout au début, eri faisant une reconnaissance au-dessus des arméeji allemandes qui envahissaient la Belgique, il a éUi fusillé, canonné, a entendu siffler, claquer les balles ; mugir les obus autour de son appareil. Son premieiî? mouvement a été de s'en aller au plus vite.... Mais aussi • tôt est intervenue l'idée du devoir; il n'a plus song( i qu'à remplir sa mission quand même, à déterminer lei^ limites des bivouacs, la force des troupes ennemies qu'i I survolait. Il oublia les balles et les shrapnells: el lorsque, son vol terminé, il put atterrir, il eut la joii i de constater qu'après tout ce tapage son avion n'avai I eu que cinq atteintes sans gravité. Depuis ce jour-là i toute impression de peur a disparu. » i
Les services que l'arme de l'air a rendus à l'armé i par ses reconnaissances, ses photographies, ses bom \ bardements de rassemblements ou de dépôts ennemis j son intervention dans les combats à coups de mitrail « leuses, sont incalculables. Il en est de même pour ceu { qu'elle rend dans leg tirs de l'artillerie. Sans elle, le i tirs lointains de nos canons seraient impossibles; o ne saurait plus où vont leurs projectiles. L'observatio du tir par les aviateurs est indispensable. Elle est loi d'être sans danger, et comme les autres services d l'aviation donne lieu très souvent à des duels aériem
Dans ces duels de nos avions de toutes espèces, € surtout de nos avions de combat, avec les « fokkers allemands, nos aviateurs n'ont pas tardé à prendre 1 dessus, à se sentir très supérieurs aux aviateurs enn» mis. Le même sentiment existe chez les Anglais, et il en ont donné les raisons à leur façon : « L'Anglai.^ comme le Français, est un homme libre, doué d'initii tive, habitué à se suffire à lui-môme. Tandis que rAlh
mand est avant tout l'homme des grandes masses, de la discipline. Son type aérien était le Zeppelin; il s'y plaisait dans la grande nacelle, où il pouvait trouver le coude à coude et obéir.... »
Les impressions ressenties par les aviateurs dans ces duels sont connues maintenant. Elles font ressortir l'héroïsme, les difficultés de leur mission. Les éléments qui y jouent le rôle principal sont la vitesse de l'appareil et l'habileté manœuvrière du pilote. L'oreille ne sert pas; elle est assourdie par le bruit du moteur. Par contre, il faut une très bonne vue, une vue d'aigle, du sang-froid, de la décision, de l'audace; car il ne s'agit pas d'envoyer au loin, vers l'oiseau ennemi, quelques gerbes de balles inutiles; il faut l'approcher à 20 ou 25 mètres et chercher à l'abattre par une rafale de balles de mitrailleuses.
Les exploits, de nos aviateurs sont innombrables. Ceux de Guynemer, de Funck, de Nungesser et de tant d'autres témoignent d'une audace, d'une virtuosité, d'un mépris de la mort surhumains I