SUR MER
En Europe, les Anglais venaient d'éteindre une forte rébellion fomentée en Irlande par TAUemagne, à la fin d'avril, lorsque se produisit, sur mer, un autre événement considérable. Le long des côtes du Jutland, une grande bataille avait lieu, le 31 mai 1916, entre la flotte allemande et une partie de la « grande flotte » anglaise.
Croyant la mer libre, la flotte allemande avait quitté ses bases et s'était avancée, au nord d'Héligoland, le long des côtes du Jutland.
L'escadre anglaise des croiseurs dreadnoughts se tenait en observation, dans ces parages, plus au Sud, vers Scarborough. Son chef, l'amiral sir David Beatty, fut avisé de la sortie de la flotte allemande. Aussitôt il fit avertir son chef, l'amiral Jellicoë, commandant en chef « la grande flotte » ; et sans hésiter se porta, à toute vitesse, vers le Nord pour dépasser la flotte ennemie, la contourner, se placer entre elle et la côte, et l'attaquer à Teffet de la maintenir loin de ses Jpases.
Dès qu'il fut à portée, il entama vivement, vaillamment le combat avec le premier groupe allemand. Mais bientôt, un autre groupe arriva sur son flanc gauche, et l'amiral Beatty vit son escadre, serrée comme dans une tenaille par toute la flotte allemande s'acharnant sur ses vaisseaux. Il n'en continua pas moins la lutte, de toute son énergie, avec cette force d'âme admirable, qui est la caractéristique des actions anglaises, sur mer comme sur terre.
Plusieurs croiseurs de bataille, plus légers, le rejoignirent et prirent une part glorieuse à cette mêlée héroïque. Les vaillants amiraux qui commandaient ces navires furent engloutis tous deux, avec les vaisseaux qui les portaient.
La situation devenait épouvantable; mais persuadé que la « grande flotte » accourait, l'amiral Beatty per-
sista dans cette lutte, d'une inégalité terrible, et subit ^ froidement, résolument, des pertes énormes. \
La « grande flotte » faisait en effet toute vapeur 1 pour accourir. Elle était précédée par quatre « super- ^ dreadnoughts », de très grande vitesse, qui arrivèrent.^ dans la bataille, s'engagèrent à fond et changèrent lat. face des choses. Aussi, dès qu'apparut au loin laa^ « grande flotte » elle-même, les escadres allemandes] se dérobèrent vers la côte, en profltant de l'obscurité;^ et vivement poursuivies par les navires anglais, prirent^ la fuite pour regagner, tant bien que mal, leurs \ refuges. i
Les pertes ont été considérables dans les deux flottes. : Mais elles ont été relativement beaucoup plus sensibles^ pour la flotte allemande, qui depuis cette grande jour- ; née n'a plus essayé de sortir.
La maîtrise de la mer a appartenu plus que jamais à ; nos puissants, énergiques alliés des Iles Britanniques. ; Et cette suprématie incontestée n'en fait que mieux \ ressortir Thorreur des crimes sous-marins renouvelés; par les Allemands et leur lâche assassinat du capi- 1 taine au long cours Fryatt, qui avait osé se défendre. \ Le monde civilisé ne leur pardonnera jamais ces atro- ^ cités. j
La belle victoire navale des Anglais n'a précédé \ que de quelques heures la mise en train, par les Russes, i du plan d'olfensive générale des Alliés. Elle n'en fai- i sait pas partie. Ce fut une surprise, une très bonne \ surprise, et aussi un signe des plus heureux. Elle fai- i sait commencer les opérations, dues enfin à l'initiative ^ des Alliés, sous les meilleurs auspices. .