‹ La guerre de libération, 1914-1918Chapitre 12 sur 50 · SUR LA SOMME — JUILLET ET AOUT · texte numérisé non relu

SUR LA SOMME — JUILLET ET AOUT

La première attaque eut lieu le i" juillet, après une formidable préparation d'artillerie. Elle embrassa un front de 40 kilomètres, s'étendant au Nord et au Sud de la Somme, depuis Gomécourt au Nord-Ouest de Bapaume, jusqu'aux abords de Chaulnes. Le front ennemi, hérissé de défenses sur une grande profondeur, avait pour points d'appui Bapaume, Combles, Péronne, situés à une douzaine de kilomètres en arrière des premières lignes à enlever.

L'armée britannique, sous le commandement du général Douglas Haig tenait la partie Nord du front jusqu'à Marécourt. La partie Sud était tenue par nos troupes, sous le haut commandement du général Foch, dont le groupe d'armées comprenait 3 armées : Fayolle, Micheler et Humbert. I^'aririée Fayolle intervint seule au début. Ce ne fut qu'en septembre qu'elle fut aidée par l'armée Micheler.

Et bien entendu, le généralissime Joffre, tout en veillant à la défense énergique de Verdun, assurait la haute direction des opérations de la Somme et la

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l'offensive anglo-française de la somme. 27

concordance des efforts anglo-français, aidé à ce dernier point de vue par le général Foch, qui avait déjà rendu de si utiles et glorieux services à cet gard dans la bataille des Flandres.

Du premier élan, nos vaillants alliés les Anglais et nos soldats ejilèvent les premières lignes allemandes, sur tout le front, et poursuivent l'action de toutes parts.

Du côté français, Becquincourt, Dompierre, Bussus sont vivement enlevés; la deuxième ligne allemande est fortement entamée. Dans la nuit du 1" juillet, violentes contre-attaques^ inutilement poussées par l'ennemi.

Les jours suivants, nos troupes continuent leurs progrès au sud de la Somme et s'emparent de Feuillères, Buscourt, Herbecourt, Assevilliers, puis de Belloy et d'une partie d'Estrées; pendant que, sur la rive Nord, d'autres de nos corps prennent Gurlu, Hem, Hardecourt. Le 5 juillet au soir, notre armée avait enlevé de haute lutte à l'ennemi quatre ou cinq lignes de tranchées et capturé 9 500 prisonniers, 76 canons, avec plusieurs centaines de mitrailleuses.

Le général Fayolle s'empressa de féliciter ses troupes dans un ordre du jour qui attribue le succès « à la valeur des officiers généraux, au travail minutieux des états-majors, à la hardiesse des aviateurs, à la précision des tirs de l'artillerie, au courage réfléchi de l'infanterie ».

De leur côté, nos alliés les Anglais ont montré la valeur, la .force d'âme extraordinaires de leurs troupes, tout improvisées qu'elles pouvaient être. Les difficultés qu'ils avaient à vaincre étaient plus

grandes encore que partout ailleurs. C'est devant la ligne britannique que les Alleniands avaient accumulé leurs divisions; il y en avait plus de trente.

Aussi, la bataille fut-elle rude de ce côté; et néanmoins, du premier élan, nos alliés enlevèrent la ligne ennemie de Gomécourt à Montauban. Des luttes acharnées se poursuivirent autour de ce dernier village et de Mametz, Fricourt, la Boisselle. Partout l'armée britannique prit vaillamment le dessus et infligea de très grosses pertes aux ennemis au cours de leurs contre-attaques violentes et répétées.

Après une accalmie, résultant de la pluie et du brouillard, l'action reprit, très vive, du côté de Gontalmaison, puis du bois des Trônes, qui furent pris et repris, plusieurs fois, et restèrent aux mains des Anglais, malgré l'acharnement des Allemands et de la Garde prussienne.

Le 14 juillet, pendant qu'à Paris on faisait, pour la première fois, défiler des détachements alliés, les Britanniques tinrent à fêter de leur coté, en combattant, le « France's day » — le jour de la France. — Ils attaquèrent avec un entrain merveilleux, en chantant non pas, comme d'habitude, leur poétique refrain de Tipperary^ mais notre hymne national, la Marseillaise; et ils enlevèrent trois villages, les deux Bazentin et Longueval, sur la deuxième ligne allemande.

Les trophées anglais de cette première glorieuse quinzaine comprenaient 7 villages conquis, 35 canons de campagne, plusieurs gros canons, une quantité énorme de mitrailleuses, d'engins de tranchées, et 12 000 prisonniers.

Les jours suivants, les combats se poursuivirent violemment, du côté de nos alliés, vers la ferme de Waterlot, le bois Delviller, Pozières qui donna lieu à des luttes terribles, acharnées, et qui fut pris définitivement le 26 juillet.

Pendant ce temps, du 7 au 11 juillet, les troupes françaises avaient enlevé Biaches et la Maisonnette. La prise du « fortin de Biaches » avait été des plus émouvantes. Elle est à raconter, car elle montre ce gui furent nos officiers, nos soldats. C'était un terrible nid de mitrailleuses qui n'avait pu être réduit ni par le bombardement, ni par plusieurs attaques. On voulait le faire sauter; mais le génie demandait plusieurs journées pour atteindre ce résultat. Alors, le capitaine d'infanterie Vincendon^ s'offrit pour prendre le fortin avec son sous-lieutenant et sept hommes.... Il commença par pénétrer seul dans l'ouvrage, postant ses hommes aux abords. Tous les Allemands étaient terrés. Ne voyant personne, il cria : « Heraus I » — Dehors ! — et quand les Allemands se montrèrent, il abattit le premier d'un coup de revolver, en lançant énergiquement le commandement : « En avant! » ; le sous-lieutenant et les sept hommes se précipitèrent vers lui.... Les Allemands se rendirent; ils étaient 112, et deux officiers.

L'ennemi ne tarda pas à contre-attaquer violemment nos conquêtes de Biaches et de la Maisonnette, qui furent prises et reprises; finalement, il fut repoussé. Les jours suivants, notre avance s'accentua au Nord d'Hardecourt et du côté de la ferme de Monacu et du village d'Estrées.

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