CHAPITRE IV
DIFFICULTÉS DE l'OPÉRATION
Sur le théâtre de France, rotlensive des Alliés n'a pas été retardée par les événements de Verdun. Le général Joffre en avait maintenu, avec fermeté, la date de mise en train convenue entre les Alliés dès décembre 1915. Elle commença au début de juillet, sur un front restreint de AO kilomètres, s'étendant au Nord et au Sud de la Somme, et occupé au Nord par les Anglais, au Sud par une seule armée française. Les événements de Verdun nous forçaient encore à être économes en hommes.
Il était à prévoir que les difficultés de cette opération seraient très grandes, car les Allemands ont toujours soigné leurs effectifs de France. Ils y avaient les trois quarts de leurs fprces totales, leurs meilleures troupes, la fleur de leur armée. Et de plus, grâce à leur situation à Tintérieur du grand
coude, formé par notre front, ils s'y trouvaient dans d'excellentes conditions pour amener rapidement leurs réserves sur les points menacés.
D'un autre côté, les obstacles matériels à surmonter par les troupes alliées, sur le champ de bataille de la Somme, étaient considérables. Le terrain à enlever aux Allemands était hérissé de défenses longuement, savamment organisées, couvert de villages, de boqueteaux, de fermes, de carrières... transformés en forteresses; et le sol se prêtait aux installations souterraines, difficiles à démolir par Tartillerie et facilitant à l'ennemi, jusqu'aux dernières limites, l'emploi de mitrailleuses meurtrières pour l'assaillant.
Rien ne pouvait être négligé pour organiser une action, annonçant tant de difficultés, tant de périls. Aussi fut-elle préparée avec un soin minutieux, par notre haut commandement et le haut commandement britannique, à TelTet surtout de limiter les pertes au strict nécessaire. Il fut arrêté que notre ofl'ensive devait procéder par étapes successives, sagement, complètement étudiées, préparées. Il no s'agissait plus de « percer », de crever d'un coup toutes les lignes de l'ennemi, d'arriver au delà de ses défenses, de ses fils de fer, pour reprendre la guerre de mouvements. L'expérience de 1915 avait profité. Les dernières périodes des attaques seraient aussi minutieusement prévues que les premières.
On ne ferait enlever aux troupes d'assaut que des positions définies, limitées, qui auraient été repérées, photographiées à L'avance par nos aviateurs, puis bombardées, démolies à fond par notre artillerie.
Dès que rinfanierie aurait conquis ces positions,
l'offensive anglo-française de la somme. 25
sans essayer de les dépasser, elle s'y installerait, s'y l'ortifierait rapidement, solidement, pour répondre aux contre-attaques de l'adversaire.... Alors, notre artillerie se rapprocherait, bombarderait, sur les indications de l'aviation, do nouvelles positions, qui seraient enlevées, fortifiées à leur tour....
Ces opérations successives devaient se faire, tantôt sur de grands fronts, tantôt sur des étendues plus restreintes. Chacune d'elles devait être l'objet, de la part du commandement, d'un plan d'attaque bien étudié, bien approprié au terrain.
L'aviation était appelée à y jouer un rôle considérable. C'est elle qui renseignait le commandement sur la position exacte des défenses, de l'artillerie, des nids de mitrailleuses ennemis, et lui permettait d'établir ses plans de bombardement et d'assaut, en toute connaissance de cause. Pendant le bombardement, l'aviation était indispensable aux artilleurs pour régler, rectifier leur tir, elle était l'œil de nos canons; et en outre ses avions de combat sillonnaient l'air pour attaquer, chasser les avions de l'adversaire, et par suite pour aveugler l'artillerie ennemie. Pendant l'assaut, elle allait au loin jeter des bombes sur les derrières de l'ennemi, sur ses nœuds de routes, de chemins de fer, sur ses réserves, ses troupes en marche, sur ses lieux de rassemblement, ses dépôts de munitions et de matériel....
Mais, pour que notre vaillante arme de l'air fût en état de remplir ce grand rôle, si utile, si indispensable, il fallait une condition essentielle, c'est qu'elle puisse voir clair. La brume, le brouillard, la pluie devaient nécessairement entraver les recon-
naissances aériennes, faire attendre les autres armes qui avaient absolument besoin de ses yeux, et introduire des temps d'arrêt dans les opérations. Dans l'armée anglaise, comme dans la nôtre, l'aviation avait été remarquablement préparée; tout était prêt aussi dans Finfanterie, dans l'artillerie, dans les états-majors... pour assurer énergiquement notre offensive.