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SUR LA SOMME — SEPTEMBRE, OCTOBRE, NOVEMBRE

En septembre, Toffensive se poursuit méthodiquement, énergiquement; tantôt avec une certaine lenteur, parce qu'il s'agit d'enlever des points d'appui, des nids de mitrailleuses, dangereux et solidement organisés, dont la conquête demande beaucoup de précautions pour éviter de trop grosses

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perles; tantôt, plus brillamment, sur des fronts plus

rges, pour réaliser les grands progrès.

Gênée par le mauvais temps à la fin d'août, la ataille s'accentue dès les premiers jours de septembre. Au Nord de la Somme, les Anglais s'emparent de Guinchy et de Guillemont, nos troupes le Forest et de Cléry-sur-Somme.

Les 4, 5, 6, au Sud de la Somme, grande attaque sur un front de 20 kilomètres, de Barleux à Chilly, par l'armée Micheler, heureuse d'être enfin appelée au combats Elle enlève brillamment Soyécourt, Chilly, puis Omniécourt, Berny-en-Santerre... de nombreuses tranchées, 7 000 prisonniers, 36 canons, un matériel considérable.

Les 12 et 13, au Nord de la Somme, l'armée Fayolle fait de très bons progrès vers la route de Bétliune à Péronne. Elle enlève vaillamment, énergiquement Bouchavesnes, le bois Labbé, 10 canons, 2000 prisonniers.

Le 15 et le 16, avec l'appui de leurs nouvelles automobiles blindées — « Tanks » — les Anglais prennent Courcelettes, Martinpuiçh, Fiers et progressent vers Thiepval. Ils débordent Combles, le gros point d'appui allemand, vers le Nord, pendant que nous en faisons autant vers le Sud. Nos alliés font 5000 prisonniers.

Le 25, attaque anglo-française vers Combles. Les Anglais prennent Morval,Lesbœufs; nous, Rancourt, t progressons vers Frégicourt. Le lendemain, prise tle Combles par les Alliés. Les Anglais enlèvent en outre Gueudecourt et l'autre gros point d'appui allemand de Thiepval. Ils font 4 000 prisonniers; c'est une utile et bien glorieuse journée pour les

Alliés. Les Allemands n'en annoncent les résultats qu'avec de grandes précautions oratoires, en appelant l'attention sur « l'héroïsme de leurs troupes, en présence des masses anglo-françaises et de leur matériel fabriqué par le monde entier ». Ils sont loin maintenant du temps où ils parlaient « de la méprisable petite armée anglaise ».

Pendant cette période si bien remplie par nos alliés et nos soldats, il se produit très souvent des contre-attaques allemandes, parfois très violentes et avec de gros effectifs. Elles ont toutes le même sort et font perdre beaucoup de monde à nos ennemis. La bataille de la Somme remplit bien son but de l'usure formidable, persistante, des masses de l'adversaire.

Au commencement d'octobre, les Anglais prennent Eaucourt-l'Abbé, autour duquel se livrent ensuite de rudes combats. Ils font aussi des coups de main heureux entre Ypres et la Chapelle.

Le 7 octobre, au Nord de la Somme, grande attaque anglo-française, depuis la route Albert- Bapaume jusqu'à Bouchavesnes. Les Anglais prennent Sars. L'ensemble de ce front est porté en avant de 800 à 1 200 mètres. Nombreux prisonniers.

Le 10, au Sud de la Somme, progrès de nos troupes entre Ghaulnes et Berny-en-Santerre. Puis violentes contre-attaques allemandes repoussées et nouveaux progrès vers Belloy et Génermont.

Le mauvais temps gène les opérations. Néanmoins les Anglais inquiètent l'ennemi entre Arras et Ypres, et consolident leurs positions dans leur secteur de la Somme. De notre côté, au Nord de la Somme, nous attaquons du coté de Sailly-Saillisel et

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prenons le village de Sailly et les positions dominantes qui Tavoisinent. Au Sud de la Somme, nous progressons, vers Ablaincourt et Chaulnes; et après de violentes contre-attaques des Allemands sur Biaches et la Maisonnette, nous perdons ce dernier point, 30 octobre.

En novembre, au Sud de la Somme, nous enlevons Ablaincourt, Pressoire et faisons 600 prisonniers. Au Nord de la Somme, nous entreprenons des opérations de détail, dures, meurtrières, du côté de Sailly-Saillisel et du bois Saint-Pierre-Vaast, pour enlever des tranchées, des nids de mitrailleuses, dont il importe de se débarrasser.

Du 13 au 18, les Anglais attaquent violemment, brillamment, sur les deux rives de FAncre, et enlèvent Saint-Pierre-Divion et Beaumont-Hamel, puis Beaucourt-sur-Ancre. Près de 7000 prisonniers.

Le 15, violentes attaques des Allemands, au Nord et au Sud de la Somme. Leurs énormes pertes ne sont pas compensées par de maigres avances dans Pressoire et Saillisel, qui du reste leur sont bientôt enlevées. Ils réussissent à reprendre pied dans le bois Saint-Pierre-Vaast.

Le temps devient de plus en plus mauvais. La boue force à suspendre les opérations de ces côtés*

ARRÊT DE l'offensive DES ALLIÉS VICTOIRE DE VERDUN

'offensive, si vaillamment menée sur la Somme nos alliés les Anglais et par nos soldats, s'est

ZURLINDEN. — II. 3

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éteinte en novembre, comme Tont fait précédemment les autres offensives sur le front russe, sur le front de Salonique, sur le front italien : l'action générale des Alliés a fini trop tôt, puisque les Allemands ont pu, à leur aise, masser des troupes et se jeter s,ur nos nouveaux aides de Roumanie.

Nos ennemis n'auraient pas pu mettre à exécution leurs opérations roumaines si notre action avait persisté énergiquement, comme le demandait le général Joiïre avec fermeté, sur tous les théâtres et si elle avait continué à attirer, à user les réserves de notre adversaire et à l'empêcher de ressaisir l'initiative.

Le mauvais temps a été en grande partie la cause de cet arrêt prématuré et, sans doute aussi, l'insuffisance des mesures prises pour assurer la concordance des efforts et une impulsion énergique sur tous les théâtres d'opérations. Le haut commandement des Alliés ne s'est pas trouvé encore suffisamment organisé, à l'effet de "s'engager à fond, et coûte que coûte, comme il faut le faire pour venir complètement à bout d'un adversaire tenace et redoutable.

Et néanmoins, l'oflensive générale de 1916 a donné de grands résultats. D'abord, l'offensive russe de Broussilof a dégagé le front italien et forcé les Autrichiens à mettre lin à leurs attaques du Trentin. De même, l'offensive anglo-française de la Somme a contribué à arrêter définitivement les efforts allemands sur Verdun....

D'un autre côté, au point de. vue de la question, si grave pour l'issue de la guerre, de l'usure des effectifs ennemis, les résultats de 1916 sont loin

d'être à dédaigner, car on a pu estimer à un million d'Austro-Allemands, dont 400 000 prisonniers les pertes infligées par Broussilof; à 40000 les pertes ennemies devant Salonique; à 250 000 devant les Italiens; à 500000 sur la Somme. Si l'on ajoute les 4 ou 500000 hommes perdus par les Allemands devant Verdun, on voit que le total est satisfaisant.

Au point de vue de Tarmement, l'attention a été lorlement attirée sur les chars d'assaut, les « tanks » anglais, qui ont fait leur apparition dans les dernières batailles de la Somme.

L'aspect massif, étrange de ces lourdes automobiles blindées \ leur carapace d'où sortaient des gueules de mitrailleuses, de canons, avaient étonné. Mais leur roulement « à chenilles » leur permettant de broyer les fils de fer, de passer ou de renverser tous les obstacles, en firent un aide admirable pour ^^s troupes d'assaut.

Les Anglais, qui les avaient inventés, s'empressèrent de les perfectionner. La France n'a pas tardé à les suivre dans cette voie et s'en est très bien trouvée.

Quoi qu'il en soit, dans les offensives de la Somme, les troupes alliées, infanterie et artillerie, se sont remarquablement montrées et ont fait preuve, en bien des combats, non seulement d'une bravoure, d'une intrépidité superbes, mais encore d'une supériorité manifeste sur les Austro-Allemands. De leur côté, notre arme de l'air et celle des Anglais

1. Les premiers « tanks » anglais pesaient 35 tonnes. Leur système de roulement « à chenilles » avait été imité de certains tracteurs agricoles américains, qui l'utilisaient depuis plusieurs années.

ont SU presque toujours prendre la maîtrise et malmener les avions allemands. Notre premier « as », le lieutenant Guynemer, en était, déjà en novembre, à sa 24* victoire, et depuis il a continué et dépassé la cinquantaine. Le capitaine de Beauchamp, après avoir bombardé Fusine Krupp d'Essen, dans un vol de nuit, a été plus tard, en plein jour, jeter des projectiles sur la gare de Munich et s'est retiré pardessus les Alpes pour atterrir en Italie. Hélas! un mois après, le valeureux officier était tué dans une bataille aérienne. Quelques mois plus tard, c'était le tour du héros de Tair, Guynemer, pleuré par la France et tous ses alliés.

Les Allemands ont perdu eux aussi leur meilleur aviateur^ Boelke. Ils ont voulu s'en venger, en Angleterre, par des raids de zeppelins; mais ils y ont laissé plusieurs de leurs monstrueux appareils; et depuis, dans ce genre d'expéditions, ils ont remplacé par de forts avions de bombardement les zeppelins qu'ils ont sans doute estimés trop vulnérables devant les avions et les canons de l'Angleterre, comme devant ceux de Paris. ..

Du côtédeVerdun,répilogue de notre merveilleuse épopée a été digne du début. Dès le mois de septembre, sous le commandement des géùéraux Nivelle et Mangin, nos troupes ont pris une altitude nettement olîensive, attaquant, progressant du côté de Fleury-Thiauraont, faisant plus de 1 500 prisonniers, dans une série d'attaques bien et vigoureusement menées. .

Ce n'était qu'un prélude à une attaque générale beaucoup plus étendue, dans la direction de Douaumont. Dans la deuxième quinzaine d'octobre, le général Nivelle, commandant l'armée de Verdun, fit commencer, sur les lignes allemandes de la région de Douaumont, une préparation d'artillerie des plus intenses, des miçux conduites : la grosse artillerie « à longue portée » canonna énergiquement les batteries et les communications de l'adversaire, tandis que l'artillerie lourde « courte » pilonnait, accablait les tranchées, les abris, les boyaux allemands, et que l'artillerie de campagne se tenait prête à écraser les défenseurs ennemis, pendant les dernières minutes précédant l'assaut, puis à appuyer vaillamment la progression de notrejnfanterie.

L'attaque de l'infanterie fut déclenchée, dans la matinée du 24 octobre 1916, par un temps brumeux, pluvieux. Trois divisions héroïques, Guyot de Salins, Passaga, de Lardemelle, s'élancèrent valeureusement à l'assaut, sous les ordres du général Mangin, sur un front de sept kilomètres, crevèrent la ligne ennemie sur une profondeur de trois kilomètres, s'emparèrent du fort et du village de Douaumont, et encerclèrent presque complètement le fort de Vaux.

C'était un succès éclatant, qui eut un retentissement énorme. Nos pertes ont été minimes; celles des Allemands très fortes; plus de 6 000 prisonniers, des canons, des mitrailleuses, du matériel en quantité; et surtout l'enlèvement du fort de Douaumont, « le pilier angulaire de .nos fortifications » dont l'empereur Guillaume avait annoncé la prise, avec tant de fracas, plusieurs mois auparavant.

Quelques jours après, écrasés par notre artillerie, et notamment par nos puissantes batteries de 400, les Allemands évacuèrent le fort de Vaux, dont la conquête leur avait coûté trois longs mois d'efforts et des pertes effroyables s'élevant à plusieurs centaines de mille hommes.

Bientôt, le 15 décembre, juste au moment où il allait être appelé à de plus hautes fonctions, le général Nivelle fît exécuter à ses merveilleuses divisions du groupement Mangin une nouvelle attaque, pour dégager plus complètement les abords du fort de Douaumont, sur un front de dix kilomètres. La préparation d'artillerie a été remarquable. Les vagues d'assaut de l'infanterie se sont avancées précédées par un tir de barrage d'artillerie, marchant à leur allure, « le barrage roulant ».

Les lignes allemandes Ont été enfoncées, enlevées sur une profondeur de trois kilomètres. Les trophées de cette superbe victoire d'Hardaumont ont été considérables : 11400 prisonniers, dont 284 officiers, et de nombreux canons, lance-bombes, mitrailleuses....

Comme dans la brillante affaire de Douaumont, nos pertes ont été très faibles. Cet heureux résultat a été dû incontestablement à l'habileté, au talent, avec lesquels le général Nivelle avait su préparer, organiser, limiter ses attaques. Il avait évité soigneusement le danger de laisser les troupes d'assaut s'attarder dans des terrains trop exposés aux contreattaques, aux surprises, aux enveloppements de l'ennemi. Il s'était borné à faire occuper solidement les lignes adverses, que l'on était sûr de pouvoir garder et défendre énergiquementsnns pertes exagé-

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rées. Et si parfois, en avant des positions ainsi conquises, il y avait des repaires ennemis à nettoyer, la chose était faite par des détachements qui rentraient dans les lignes une fois leur besogne terminée.

Les généraux, les colonels, les officiers qui ont pris part à ces brillantes victoires, étaient enthousiasmés de la manière dont ils avaient été commandés : « C'était, disaient-ils, du Pétain perfectionné! »

De grands progrès avaient été réalisés dans la tactique d'assaut, depuis 1915. Quant à l'attitude de nos régiments, de nos officiers, de nos soldats, elle avait été plus que jamais merveilleuse d'entrain, d'élan, de valeur, dans ces combats ^

On ne peut pas en dire autant de l'attitude des troupes allemandes, tout en reconnaissant qu'elles avaient été surprises par notre attaque. Elles témoignèrent d'un véritable ahurissement. On a vu un colonel en culotte, brandissant ses molletières, qu'il n'avait pas eu le temps de mettre, et criant : « Chef de corps ! chef de corps ! » ; un vaguemestre tenant d'une main sa boîte aux lettres, de l'autre des enveloppes, et suppliant : « Pardon ! pardon, monsieur ! » ; un officier supérieur disant au capitaine qui le faisait prisonnier : « Vos zouaves sont les plus beaux soldats que j'aie vus de ma vie — « mein lebenlang — » ; un de nos sergents du 4^ zouaves s'emparant à lui seul de six officiers, deux cents soldats et six mitrailleuses....

C'était là ce que nos chefs, nos officiers, nos « poilus » avaient fait, à l'automne 1916, de Tinvin-

1. Voir le beau livre du capitaine Henry Bordeaux : la Chanson de Vaux-Douaumont. Les Captifs délivrés.

cible soldat allemand, qui deux ans auparavant était entré en France triomphant, exultant, hurlant « Deutschland ûber ailes », qui descendait vers la Marne en s'enivrant, incendiant, volant, violant, tuant, se faisant la main pour mettre Paris à feu et à sang !

MODIFICATIONS DANS LE GOUVERNEMENT ET LE HAUT COMMANDEMENT, EN FRANCE ET EN ANGLETERRE. — LE GÉNÉRAL NIVELLE. — LE GÉNÉRAL JOFFRE MARÉCHAL DE FRANCE.

Dans le courant de décembre, de gros remaniements gouvernementaux ont eu lieu, en France et en Angleterre, dans le but de mieux concentrer l'action ministérielle et d'intensifier la guerre.

En Angleterre, ce fut Ténergique ministre de la Guerre, M. Lloyd George, qui prit la tête du gouvernement : Le maréchal Douglas Haig resta le chef suprême des armées britanniques du front de France. L'amiral sir David Beatty, l'héroïque vainqueur du Jutland, prit le commandement de la « grande flotte » anglaise, en remplacement de l'amiral JeUicoë, nommé premier lord de l'Amirauté.

En France, à la suite de très longues discussions du parlement en comité secret, dans lesquelles, a-t-on dit, la question des elTectifs de nos armées et la critique de notre haut commandement ont tenu une grande place, le président du Conseil, M. Briand, a été amené à former un nouveau cabinet, en réduisant, comme on venait de le faire en Angleterre, le

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nombre des portefeuilles pour agir plus rapidement, plus énergiquement.

Le ministère de la Guerre fut confié au général Lyautey, qui arriva au pouvoir, avec sa belle réputation, acquise au Maroc, de talents, d'habileté, de génie, d'organisation, et aussi, ce qui n'était pas à dédaigner, de bonheur. Le premier acte du gouvernement fut de décréter de profonds changements dans notre haut commandement. Le général Joffre fut relevé de ses fonctions de généralissime.

Pendant près de deux ans et demi, et surtout dans les premiers mois de la guerre, — où il a été bien réellement, bien heureusement le dictateur militaire, — le général Joffre avait eu pleins pouvoirs sur toutes nos armées. Et il en avait profité pQur sauver la France et la cause des Alliés des périls effroyables du commenfiement des hostilités; pour maintenir merveilleusement, au milieu d'énormesj difficultés, l'entraînement physique et moral de nos troupes; pour choisir, avec une rare connaissance des hommes, des chefs d'armées remarquables, entièrement dignes de nos vaillants, héroïques soldats; pour battre « l'inimitable grand état-major » et mettre fin sur la Marne, dans les Flandres, à Verdun, à la légende déprimante de « l'invincibilité allemande ».... L'histoire le placera aux premiers rangs des grands hommes de guerre qui, à travers les âges, se sont distingués dans la lutte séculaire de la Germanie contre la Gaule, de la barbarie contre la civilisation.

42 LA GUERRE DE LIBÉRATION liH 4-1^18.

Son successeur dans le commandement en chef de nos armées du Nord-Est, le général Nivelle, avait cinquante-huit ans quand la grande guerre a éclaté. Sorti de l'École Polytechnique, puis de TÉcole Supérieure de Guerre, il avait eu une carrière normale dans l'artillerie et les états-majors, et en août 1914 était colojiel du 5' régiment d'artillerie à Besançon.

Au début des opérations, il rendit de brillants services à la tête de son régiment, puis comme commandant d'une brigade et ensuite d'une division d'infanterie, faisant preuve d'une bravoure, d'un coup d'œil, d'une vigueur exceptionnels. Devant Verdun, il commanda le troisième corps ; puis il succéda à l'éminent, à l'héroïque général Pétain, mis à la tête d'un groupe d'armées, dans le commandement de la merveilleuse armée de Verdun; et il achevait de se mettre en relief par ses talents et son initiative, lorsqu'il fut appelé au commandement suprême de nos armées de France.

Du reste, la situation du général Nivelle, vis-à-vis du Gouvernement, ne ressemblait plus à celle qu'avait eue le général Joffre. Tandis que celui-ci avait eu, au début, tous les pouvoirs d'un dictateur militaire et avait exercé ensuite le commandement suprême sur toutes nos armées d'Europe, le général Nivelle était désigné, dans les décrets de décembre 1916, comme Commandant en chef de nos armées du Nord et du Nord-Est. L'étal-major général et le grand-quartier général des armées subirent de profonds rem"anicments.

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Ces mesures, sont loin d'avoir donné de mauvais résultats. Et cependant, il aurait mieux valu ne pas bouleverser en pleine guerre le haut commandement et le grand état-major, si laborieusement organisés pendant la paix, et dont l'excellente préparation avait sauvé la France dans les mois périlleux du début de la guerre.

Néanmoins, il faut reconnaître que ces décrets faisaient rentrer, dans la voie normale, régulière, les relations du gouvernement et du haut commandement : Aux généraux en chef la pleine initiative pour la conception, la préparation, la direction des opérations; au gouvernement, la direction politique de la guerre, l'indication des buts, la coordination des eflbrts sur les différents théâtres, la haute surveillance, la haute impulsion au nom du Parlement et de la Nation.

La part la plus lourde des devoirs du gouvernement allait incomber au ministre de la Guerre, il nous fallait un homme pour remplir ce rôle si important, d'autant plus que les périodes décisives de la guerre approchaient. Cet homme, nous avons cru l'avoir avec le général Lyautey. Il est arrivé du Maroc à Paris le 23 décembre ; et aussitôt le général Joffre fut promu maréchal de France, aux applaudissements de toute la nation , et les meilleures mesures furent prises pour, assurer la concordance des efforts des nombreux ministères et sous-secrétariats d'Etat, qui contribuaient à assurer le ravitaillement et l'entretien de l'armée.

En somme, malgré les à-coups donnés à notre haut commandement et les regrets causés par le départ du chef illustre qui avait sauvé notre pays,

Tannée 1916 se terminait dans de bonnes conditions pour la France et ses alliés. En Allemagne, on en était aux mesures sentant le désespoir, pour réparer^ les énormes vides créés dans les effectifs par la campagne de 1916.

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