‹ La guerre de libération, 1914-1918Chapitre 16 sur 50 · HINDENBURG CHEF D ETAT-MAJOR · texte numérisé non relu

HINDENBURG CHEF D ETAT-MAJOR

qu'aux plus horribles, plus sanglantes hécatombes. L'Allemagne plia sous cet insuccès retentissant. Elle sentit s'en aller sa foi dans son invincibilité; elle se mit à douter de son « grand état-major » qui déjà n'avait pas su empêcher la guerre de traîner si lourdement et qui maintenant venait de courir à une défaite.

Elle constata tristement que l'héritier du trône impérial n'avait jamais été heureux dans ses opérations et que l'empereur Guillaume lui-même était loin d'avoir, comme son glorieux grand-père, le don de savoir choisir ses hommes de confiance. Déjà, on avait vu tomber le chef d'état-major Moltke et les généraux les plus fameux, les plus vantés, von Kluck, Bulow, et tant d'autres. Et maintenant c'était au tour de Falkenh^yn et d'un autre favori de l'empereur, le vieux von Haeseler qu'il avait donné comme mentor à son fils.

Et ne sachant plus à qui se lier dans l'entourage de l'empereur, le peuple allemand se tourna vers son sauveur du début de la guerre, vers le maréchal von Hindenburg, dont la réputation grandissante était affirmée par le nombre de clous que Berlin enfonçait chaque jour dans sa statue « Kolossale », et dont l'opinion — toute l'Allemagne le savait — avait été nettement opposée à la malencontreuse opération de Verdun.

Alors, dans les hautes sphères de la Cour et de l'Empire, on comprit qu'il était urgent de sauvegarder le prestige de l'empereur et de la dynastie et qu'il importait de les dégager au plus vite et complètement des convulsions terribles de la fin de la guerre. La direction suprême des opérations fut

confiée à riiomme, que le peuple avait désigné luimême comme son sauveur, au maréchal von Hindenburg, qui devint, non seulement le généralissime, mais même le dictateur de TAUemagne.

Ce « sauveur », Tidole de l'Allemagne, s'était révélé pendant la guerre même. Jusque-là sa carrière, très honorable, n'avait pas eu grand éclat. Il venait de sortir de TÉcole des Cadets en 1866, quand surgit la guerre contre TAutriche. Il y prit part, ainsi qu'à celle de 1870; et depuis, il eut un avancement normal, qui le fit arriver commandant de corps d'armée. Au début de la grande guerre en 1914, il était retraité à Hanovre, où il allait faire, silencieusement, tous les jours, sa partie d'échecs danè un des cafés élégants de la ville.

C'est là qu'on le trouva, lorsqu'en août 1914 "Berlin s'affola à la suite de l'invasion des Russes dans la Prusse orientale et la région des lacs de Mazurie. Ludendorfi", du « grand état-major », rappela à l'empereur Guillaume que le vieux Hindenburg connaissait à fond cette région, qu'on l'avait même surnommé « l'homme des lacs », et qu'il passait pour très énergique. L'empereur lui confia le commandement des troupes chargées de repousser les Russes, avec Ludendorfi" comme chef d'étatmajor.

Hindenburg s'acquitta de cette mission très rapidement, très brillamment, et dégagea la Prusse orientale par la victoire de Tannenberg, que les Allemands s'empressèrent de comparer à la victoire d'Annibal à Cannes. Depuis, il a été battu par les Russes à Augustowo, à Pracnicz.... Mais les Allemands n'en ont rien su et ils ont continué à admi-

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