AUTRES ÉVÉNEMENTS. — LES PROPOSI TIONS DE PAIX ALLEMANDES
D'autres événements, ayant eu de l'influence sur l'issue de la guerre, ont eu lieu dans le camp de nos ennemis, pendant les derniers mois de 1916 :
La réorganisation du royaume de Pologne, annoncée à grand fracas par les deux Empires centraux et n'ayant d'autre but que la création immédiate d'une armée polonaise, ou le recrutement de soldats polonais, pouvant renforcer les Austro- Allemands.
La mort de l'empereur François-Joseph d'Autriche, décédé à l'âge de quatre-vingt-six ans, après un règne de soixante-huit ans, rarement heureux. Son successeur, l'empereur Charles P"*, est marié à une princesse de Bourbon-Parme. Il a pris le titre de commandant en chef des armées de terre et de mer de l'Empire. 11 avait déjà commandé en chef les armées du front d'Italie, pendant l'otrensive autrichienne du Trentin.
Les mesures d'ensemble, prises très énergique-
ment en Allemagne, pour remédier aux trois grandes difficultés qui pesaient de plus en plus lourdement sur le pays : l'appauvrissement des effectifs des armées; la nécessité d'intensifier la fabrication des armes et des munitions; la rareté des vivres.
En ou tre, la levée en masse civile fut décrétée, ainsi que d'autres mesures très dures, qui firent murmurer le peuple allemand. Mais Hindenburg intervint, montra la nécessité, l'importance de ces sacrifices. La nation allemande accepta tout, avec Tespoirque les victoires de son « sauveur » en Roumanie hâteraient la réalisation de son désir le plus ardent, la conclusion de la paix, de la paix basée sur « la carte de guerre » et ses conquêtes territoriales.
Les victoires décisives n'eurent pas lieu. La campagne de Roumanie se termina, comme nous l'avons vu, sans éclat, sans grands résultats militaires. La démoralisation allait gagner le peuple allemand. Mais alors l'empereur Guillaume rentra en scène, avec une habileté, une opportunité effrontées. Il se fit le champion de la paix et, aux applaudissements de son peuple, osa protester contre les horreurs de la guerre, affirmer une nouvelle fois « qu'il n'avait jamais voulu la guerre » !
Ses premières tentatives pour la paix furent lancées dès le commencement de décembre. Les États- Unis, la Suisse, la Suède consentirent à suggérer aux partis belligérants d'ouvrir des conversations en vue de terminer les hostilités.
Dans le camp des Alliés, cette agitation servit surtout à démontrer que l'Allemagne était lasse, qu'elle se sentait à bout de forces et que, par cela même, il importait, d'activer les opérations plus
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. aergiquement que jamais et d'arriver par la victoire complète à garantir la France, FEurope, le monde civilisé du péril germanique.
De toutes parts éclatèrent des manifestations contre les ouvertures hypocrites des Allemands; et bientôt la réponse officielle de tous les gouvernements alliés fit comprendre à nos ennemis l'inanimé de leurs démarches et la résolution unanime, énergique des Alliés d'aller jusqu'au bout.
Devant cet échec, l'Allemagne se raidit sous l'impulsion de son dictateur Hindenburg. Elle activa la levée en masse civile, le recensement des jeunes gens de dix-huit ans, la création de nouvelles divisions, l'exécution de toutes les mesures destinées à remettre ses effectifs sur pied. En même temps, elle fit les plus grands efforts pour intensifier la fabrication de ses munitions, de ses canons, de ses avions, de ses sous-marins.
Et néanmoins, à ce moment, on pouvait espérer que, malgré ces efforts, l'Allemagne ne serait plus en état de faire une offensive assez puissante, de se lancer dans une opération assez vaste pour changer la face des choses.
Elle était cernée de toutes parts. Elle apparaissait comme une énorme place forte assiégée, gardant encore sa façade d'imprenabilité, capable de faire des sorties, et même de grosses sorties impressionnantes, mais destinée à tomber quand l'usure de ses ressources serait suffisamment avancée.
Po.ur les finances, les vivres, elle était sans doute très bas ; mais l'esprit de discipline de son peuple l'aiderait à tenir encore longtemps. Pour l'artillerie ^t le matériel de guerre, les énormes ressources en
fer et en charbon de son territoire lui permettraient d'aller jusqu'au bout.
Il en était autrement pour les effectifs de ses troupes. Elle avait eu beaucoup de difficultés à les remettre sur pied après les campagnes de 1914 et 1915. Et 1916, avec Verdun, Broussilof, l'Italie, la Somme et même la Roumanie, venait d'y faire d'énormes brèches qu'elle aurait de la peine à combler, en employant ses dernières ressources.
C'était là son point faible. C'est de ce côté-là que les Alliés allaient avoir à agir. L'usure méthodique, persévérante, implacable des armées allemandes s'imposait à leurs efforts, devait être leur œuvre de 1917.
Il ne s'agissait plus de grosses opérations, de « percées », de batailles sensationnelles, de conquêtes de vastes territoires. Leur objectif essentiel, terre à terre, était de tuer, de blesser, de prendre aux Allemands le plus d'hommes possible. Le gain des positions était à rechercher surtout pour faciliter l'usure des effectifs ennemis. Une fois cette usure réalisée, les conquêtes de territoires deviendraient des jeux.
Telle était la très dure besogne qui s'imposait aux Alliés à la fin de 1916. Elle exigeait des efforts énergiques, incessants, concordants sur tous les théâtres d'opérations, à l'Orient comme à l'Occident.
Nous allons voir dans quelle mesure elle a pu être accomplie en 1917 et par quels lamentables événements elle a été entravée en Orient.