‹ La guerre de libération, 1914-1918Chapitre 4 sur 50 · L'OFFENSIVE RUSSE · texte numérisé non relu

L'OFFENSIVE RUSSE

Dans le courant de mai 1916, les nécessités de TolTensive de nos ennemis sur Verdun et dans le Trentin avaient amené les Allemands et les Autrichiens à dégarnir en partie leurs lignes du front russe. L'occasion était bonne pour nos grands alliés. Ils s'empressèrent d'en profiter, dès qu'après le dégel Tétat du sol le leur permit; d'autant plus que le Tsar avait été supplié par le gouvernement italien d'attaquer, pour forcer les Autrichiens à renvoyer en Russie une partie de leurs troupes du Trentin.

Le front russe d'Europe s'étendait à ce moment de la Baltique à la frontière roumaine, du Nord au Sud, sur une longueur totale d'environ douze cents kilomètres. Le tsar était à la tète de ses armées. Il était assisté du chef d'état-major général Alexeief et avait réparti ses forces en trois groupes d'armées.

Au Nord, les armées ayant à leur tête Kouropatkine, l'ancien commandant en chef de Mandchourie, tenaient le terrain de Riga à Dvinsk; le groupe du centre — général Evert — s'étendait de

Dvinsk au Pripet. Le groupe de gauche était aux ordres du général Broussilof, qui s'était tant signalé dans les luttes précédentes; il comprenait quatre armées : Loesch, Kaledine, Sakharof, Tcherbatchef, échelonnées depuis le Pripet jusqu'au Dniester.

Dans la région du Dniester se tenait, prête à envahir la Bukovine, une armée indépendante Letchitzky.

En face de ces armées, se développaient les forces ennemies, comprenant au Nord le groupe allemand — Hindenburg; — au centre, le groupe allemand — prince Léopold de Bavière; — puis les groupes austro-allemands commandés par l'archiduc Joseph- Ferdinand.

Les armées russes entrèrent en action sur tout le front, dès le 3 juin. L'offensive fut poussée énergiquement, vaillamment, surtout par le groupe d'armées de gauche, commandé par le général Broussilof. Précédés par des bombardements formidables, qui firent ressortir l'excellence de leur nouvelle artillerie, nos alliés livrèrent des combats, des batailles de plus en plus violents, et ne tardèrent pas à montrer aussi toute la supériorité de leur infanterie sur celle des Autrichiens.

En trois jours, la droite des armées Broussilof perça les lignes de défenses successives, accumulées par nos ennemis, franchit le Styr et s'empara de Loutsk. L'action fut plus modérée au centre, vers Tarnapol. A gauche, les Autrichiens furent vivement repoussés,>à 35 kilomètres de leurs premières positions, sur le Pruth.

Les jours suivants, l'oircnsive russe continua énergiquement surtout à l'ouest de Loutsk. Le

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24 juin, le front de nos alliés s'était avancé de 60 kilomètres, en décrivant une large courbe autour de Loutsk, et menaçait de couper en deux les armées ennemies et de séparer les Austro- Allemands de Galicie de ceux du Nord.

Mais alors, intervint une contre-offensive de nos adversaires, commandée par le général allemand von Linsingen, dont les troupes avaient été renforcées par huit divisions allemandes et deux autrichiennes. Sous la pression ennemie, nos alliés se replièrent vers Loutsk, d'une vingtaine de kilomètres. Ils reprirent bientôt l'avantage. Leur droite repoussa la gauche allemande sur le Stokhod où se livrèrent de rudes combats favorables aux Russes; pendant que leur gauche — Sakharof — malmenait l'ennemi sur le Styr et M Lipa, et entrait victorieusement à Brody, le 25 juillet.

En même temps que se déroulaient ces glorieux événements, l'armée indépendante russe Letchitzky marchait sur Gzernovitz, traversait le Dniester, coupait les Autrichiens opérant en Bukovine de leurs autres armées et les rejetait dans les Carpathes.

Dans toutes ces affaires, l'infanterie, l'artillerie, la cavalerie de nos alliés se sont comportées avec une vaillance, un élan remarquables. Sur bien des points la retraite de nos adversaires, des Autrichiens surtout, a été changée en déroute, grâce à l'intervention de la cavalerie russe. Le front de nos alliés, dans certaines régions, s'est avancé de cent kilomètres. L'ennemi a laissé entre leurs mains des canons, du matériel en quantité et de très nombreux prisonniers qui, à la fin d'août, dépassaient le chiffre de 350000.

Les événements devenaient inquiétants pour nos adversaires, surtout pour les Autrichiens. Le haut commandement allemand sentit la nécessité de les renforcer. Mais où trouver les réserves ? Les siennes avaient fort à faire à Verdun et sur la Somme. Il leur expédia deux divisions turques, et le maréchal de Hindenburg, qui prit le commandement en chef de toutes les troupes austro-allemandes, depuis Riga jusqu'à Tarnopol; les troupes du groupe du Sud restant aux ordres de Farchiduc Frédéric.

Aussitôt, Letchitzky redoubla d'activité au sud du Dniester, enfonça les lignes autrichiennes, s'empara de Clamatz et poussa jusqu'à cinq kilomètres de Stanislau; pendant qu'au nord du Dniester, l'aile gauche de Broussilof forçait les Austro-Allemands à se replier sur la Zlota-Li|*i. Stanislau fut occupé par les Russes le 11 août. Plus au Nord, l'armée Sakharof, continuant ses progrès, avait franchi le Sereth et forcé l'ennemi à se replier derrière la Stripa.

A la fin d'août, la situation de nos grands alliés était devenue excellente, sur leur front d'Europe, comme sur celui d'Asie. Ils avaient rompu vaillamment les lignes ennemies de Volhynie, de Galicie et de Bukovine, malgré la solidité des défenses que les Austro-Allemands y avaient accumulées. Et l'occupation de la Galicie méridionale, et de la Bukovine, établissait une étroite jonction entre l'aile gauche russe et la Roumanie, dont la neutralité n'allait pas tarder à être rompue.

Sur ces entrefaites, le général Kouropalkine abandonna le commandement du groupe des;armées| du Nord à leur ancien chef, qui s'était tant dis-

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