‹ La guerre de libération, 1914-1918Chapitre 50 sur 50 · VIII. — Gare a l'Allemagne · texte numérisé non relu

VIII. — Gare a l'Allemagne

Ce que la France doit retenir par-dessus tout de , cette guerre épouvantable, c'est qu'elle n'est qu'un épisode, l'épisode le plus sanglant, le plus impressionnant, de la lutte séculaire, acharnée, pour le Rhin entre les Germains et les Gaulois, entre la barbarie et la civilisation.

Grisés par la facilité extraordinaire de leurs succès de 1870, persuadés que leurs victoires étaient dues à la supériorité de leur valeur, de leur force, à la perfection inimitable de leur « grand étatmajor », les Allemands ont voulu nous achever en 1914, se débarrasser à tout jamais de l'ennemi héréditaire et en profiter pour dominer le monde entier.

Leurs prévisions ne se sont pas réalisées. Nos troupes leur ont montré combien elles les valent, les dépassent, quand elles sont bien commandées. Ils ont été battus. Mais ils recommenceront, soyons-en

certains, à la première occasion, tout en nous faisant au besoin les protestations d'oubli et d'amitié les plus chaleureuses.

Il importe de parer à ce danger séculaire, pendant que nous le pouvons, et non seulement de diminuer l'Allemagne, en délivrant les nombreux peuples qu'elle opprime; de reprendre l'Alsace-Lorraine, de consolider largement notre frontière, en y englobant les territoires et les mines de fer et de charbon, utiles à notre défense; mais encore de neutraliser les provinces allemandes de la rive gauche du Rhin, pour supprimer la redoutable tenaille dans laquelle ils ont réussi, à travers les siècles, à nous enserrer, qui s'appuie sur leurs grandes forteresses offensives du Rhin, et qui constitue une menace incessante, terrible, pour la sécurité de notre pays, comme pour la paix de l'Europe et du monde.

Garons-nous, pour le présent et pour l'avenir, de la haine, de la voracité des Germains ! Dans le courant de la guerre, ils ont parfois alfecté de détester surtout les Anglais. C'était une fourberie, une « bocherie », l'exécution d'un mot d'ordre donné pour essayer de nous brouiller avec nos vaillants, énergiques, loyaux alliés, les Anglais.

La vraie haine des Allemands — ne l'oublions plus — sera toujours celle de la Gaule, de la France qu'ils comptaient bien « saigner à blanc », et qui est l'obstacle perpétuel de leurs ambitions inassouvies.

Nos générations de la guerre le savent. Nos soldats, des classes héroïques de 1887 à 1919, qui ont sauvé la France et l'humanité d'un péril effroyable, qui ont si valeureusement, si noblement, elïacé les

tristesses, les humiliations de 1870, connaissent à fond PAllemand, la fourberie, la rapacité, la brutalité, la cruauté du « Boche ». Mais elles savent aussi que TAllemagne a le génie de la préparation, qu'elle se prête à une discipline de fer, et que, par cela même, elle sera toujours un danger des plus graves pour la France et pour le monde entier.

Que ce danger ne soit plus jamais oublié par les générations futures! Qu'elles y veillent! Qu'elles se tiennent prêtes à préserver la France de la revanche, de la haine, de la voracité de l'Allemagne !

C'est la conclusion essentielle à tirer du coup d'oeil d'ensemble que nous venons de jeter sur les péripéties de la « guerre de libération ».

Gare à l'Allemagne !

Et gloire à nos soldats, à nos chefs, à nos Alliés, à la France immortelle!

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