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arriva dans la nuit, ses troupes étaient en sûreté ; il avait perdu de 500 à 600 hommes, dont trois généraux ; les pertes se compensaient des deux parts.
Grant, Ord et Rosecrans, revenus bredouilles de cette chasse au partisan, réoccupèrent Jacinto et Corinth (22 septembre 1862) ; retardé par des incidents de route, Van-Dorn n'avait pu atteindre ce dernier point pendant qu'il était dégarni; quelques jours plus tard, il essaya de ressaisir l'occasion dans des conditions moins belles mais encore favorables. Le commandant en chef Halleck venait d'envoyer Grant à Jackson, Ord à Bolivar, laissant Rosecrans à Corinth, où il réunit quatre divisions et demie d'infanterie et une brigade de cavalerie. Van Dorn, Lowell et Price avaient effectué leur jonction, formant, à eux trois, une agglomération de 40,000 hommes . Sous le commandement de Van Dorn , le plus ancien, ils résolurent de marcher sur Corinth.
Les anciens retranchements élevés par Beauregard, six mois auparavant, nécessitaient, par leur développement, des forces d'occupation considérables. Halleck, après la retraite des confédérés, construisit une ligne intérieure plus rapprochée de la ville. La jugeant trop étendue, Grant l'abandonna pour en établir une troisième, encore plus resserrée. Quoique désirant rece» voir le choc dans ses positions, Rosecrans n'entendait pas se confiner immobile dans sa ligne de redoutes. En prévision d'une attaque prochaine, il envoya, audevant des confédérés, une partie de ses troupes aveo mission d'attirer l'ennemi sous le feu des canons» défendant la place au Nord et à l'Est.
Le 2 octobre 1862, les trois généraux Sudistes paraissent à l'ouest de la ville, venant de Ripley. Le lendemain, à 8 heures du matin, s'engage un combat acharné, qui dure jusqu'à la nuit. Lowell à droite,
Maury, Herbert au centre et à gauche, chassent devant eux les fédéraux, qui perdent beaucoup de monde, deux généraux et de Tartillerie. L'armée unioniste s'appuie sur les vingt redoutes établies par Rosecrans. Van Dorn prescrit de nouvelles dispositions pour reprendre la lutte au point du jour ; par un motif resté inexpliqué, Herbert, qui commande à gauche, n'exécute pas les ordres de son chet ; au matin, ses troupes n'ont pas bougé. Van Dorn le destitue sur le champ de bataille ; mais Tassant, qui devait avoir lieu à raube,est retardé jusqu'à neuf heures et demie. Les fédéraux n'ont pas perdu de temps ; devinant les projets de Tennemi, ils élèvent une nouvelle et puissante batterie enâlant la route par laquelle il devait déboucher.
« Un peu après neuf heures, » écrit un témoin oculaire, « on aperçut de profondes et menaçantes masses « confédérées à Test du chemin de fer, sur la route de « Bolivar ; elles affectaient la forme générale d'un <( coin et s'avançaient impétueusement. Il devenait (( évident qu'elles allaient attaquer sur un point battu « de tous côtés par l'artillerie fédérale.
« Nos batteries tracent d'horribles sillons dans ces « troupes s' avançant en ordre compact ; elles serrent (( les rangs et poursuivent inflexiblement leur marche. « Tout à coup, elles se déploient, à droite et à gauche, « s* approchant rapidement ; devant elles s'étend un « large glacis gazonné conduisant à une crête bordée (( d'hommes déterminés et de puissantes batteries. Les ^( abatis d'arbres ne produisent aucun désordre dans <( la colonne ; la ligne fédérale se couvre de feux ; in- « sensibles à la crainte, les confédérés progressent <( régulièrement ; ils couronnent le talus en face et à « droite du fort Richardson ; la division Davis, quoi- <i que non en danger immédiat, recule en désordre.
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<c Rosecrans, indigné, charge la tourbe des fuyards à « coups de plat de sabre ; son état-major, son escorte « imitent son exemple. La panique cesse, la ligne fé- (c dérale est rétablie ; beaucoup de terrain a, néani( moins, été perdu ; la prise du fort Richardson semble « certaine ; les confédérés gagnent la crête de la hau- (' teur, se répandent autour de la redoute et sont re- « poussés. Us reviennent à la charge, comme des tigres « en furie ; avec des hurlements, ils tentent un dernier « assaut qui enlève la batterie ; avant qu^ils aient pu « retourner les canons contre nous, le 56« Illinois dé- « bouche d'un ravin, ouvre sur eux un feu meurtrier « et les aborde à la baïonnette. Les confédérés recu- « lent à leur tour. » Cet incident rétablit le combat ; La ligne fédérale reprend l'offensive et Price, qui commande les colonnes esclavagistes, met à couvert, dans les bois, ses régiments décimés.
 gauche, Van Dom devait attaquer en même temps ; grâce à Tinsubordination d'Herbert, il entra en ligne quand Price était déjà repoussé. Les mêmes péripéties se reproduisirent ; ses troupes, aussi braves que désordonnées, enlevèrent quelques batteries et pénétrèrent même dans la ville ; quand il s'agit d'aller plus avant, elles furent écharpées par un feu terrible ; il fallut se retirer avec des pertes énormes *. Les tirailleurs entretinrent le feu jusqu'au soir ; les fédéraux, craignant un retour offensif, n'osèrent bouger de leurs positions ;
* Avant de donner le signal de la retraite^ Van Dom voulut tenter un dernier effort ; il demanda des hommes de bonne volonté pour enlever la batterie Robinett, qui avait fait le plus de mal à ses troupes : â,000 hommes sortirent des rangs ; le colonel Rogers s'offrit pour les conduire, les harangua, les forma, sur huit defront^ et les mena à Tassant ; la moitié furent
si Buckner eût été aussi prudent, Grant ne fût pas entré à Donelson, le 16 février 1862.
Van Dorn, le coup manqué, n'avait qu'à battre en retraite; car Rosecrans allait être renforcé parles divisions de Grant, déjà en mouvement; il masquas! adroitement son opération, que Ton s'en aperçut assez tard, dans la sdlrée du 4; les dispositions pour le départ prirent du temps, et la poursuite commença seulement le 5, à trois heures du matin ; trois régiments, amenés de Jackson par Mac-Pherson, formaient l'avant-garde.
En même temps qu'il envoyait une brigade à Gorinth, Grant dirigeait deux divisions sur les derrières des confédérés. La route suivie par ces derniers les forçait à franchir d'abord le Hatchie, à 2 milles de Pocahonlas, ensuite la rivière Tuscumbia dans le voisinage de cette ville. Le 4 octobre 1862, Ord culbute le détachement Sudiste gardant le pont Davis, sur le Hatchie ; les fédéraux capturent douze canons, les disposent de manière à balayer le chemin, s'établissent dans une gorge, que traverse la route au delà du ruisseau, et attendent l'avant-garde ennemie. Le piège est admirablement tendu ; si l'on ne se démasque pas trop tôt, les confédérés sont pris jusqu'au dernier.
Leurs régiments de tête s'engagent sans défiance ; ils sont accueillis par une grêle de balles ; Price devine l'embuscade. Abandonnant son avant-garde rompue, il met hardiment en batterie, aux abords du pont, toute son artillerie ; pendant qu'elle couvre d'obus la position fédérale, il dérobe tout son corps d'armée vers
fauchés avant d*arriver sur la batterie, le reste fut ramené. Rogers resta parmi les morts. Dans son ordre du jour après la bataille, Rosecrans rend horomage à l'héroïque valeur de ce '"evaleresque officier.
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le Sud, en remontant le cours du Hatchie. Ord, qui n'a pas laissé arriver l'ennemi sur la rive méridionale, cherche à prendre Toffensive ; tenu en respect par une violente canonnade, il ne peut franchir le pont. Lorsqu'il réussit à déboucher au delà, au prix de pertes sensibles, et en recevant lui-même une grave blessure, le gros des séparatistes a passé la rivière, six mille plus haut, au gué de Grum's Mill.
La cavalerie fédérale ramassa un millier de prisonniers et des voitures ; le combat du Hatchie coûtait à Ord environ 600 hommes ; avec un peu moins de précipitation, il enlevait le corps de Price ou, tout au moins, le coupait en deux. Rosecrans continua la poursuite jusqu'à Ripley; Van Dorn et Price restèrent à Cold-Water et Holly-Springs(Mississipi), à peu près sur leurs anciennes positions. Leur armée avait souffert, mais n'était pas désorganisée. Tout le monde avait manqué son but.
En résumé, Gorinth, avec les actions secondaires qui s'y rattachent, était un choc des plus sérieux ; le Nord y perdait à peu près 2,000 tués, blessés ou prisonniers; le Sud beaucoup plus; succès d'autant plus flatteur pour les troupes fédérales que, par exception, les séparatistes avaient, cette fois, l'avantage du nombre (40,000 contre 30,000). Buell pouvait agir, dans le Tennessee, sans craindre d'être inquiété par les confédérés, qui venaient d'augmenter le nombre de leurs tentatives avortées dans l'Ouest; ils furent, d'ailleurs, rarement heureux sur cette partie du théâtre des hostilités.
Grant et Rosecrans recueillirent les fruits de la victoire ; le premier vit son commandement agrandi (16 octobre 1862) ; le second remplaça Buell à l'armée du Tennessee.
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Uarmée du Potomac comptait, le jour de la révocation de Mac-Glellan, bien près de 130,000 hommes. Elle formait la plus grande agglomération que le gouvernement de WasHington eût encore réunie sur un seul point. Le premier acte de Burnside fut d'arrêter le mouvement en cours d'exécution. Cela ne se discute pas ; on voit toujours autrement que son prédécesseur. Il proposa d'attaquer par le bas Rappahannock, tandis que Mac-Glellan opérait plus près des sources. Résultat immédiat : un assez grand désordre dans les colonnes en marche et un long retard apporté aux opérations. Les confédérés ne pouvaient demander mieux; leurs troupes, fortement éprouvées en Maryland, se refaisaient, à vue d'œil^ sur le sol natal ; inférieures en nombre, elles gagnaient, de jour en jour, en qualité.
Mais le plus curieux de cette affaire est de voir le Président et le général Halleck blâmer le plan de Burnside, lui préférer celui de Mac-Glellan, et en autoriser tout de môme Texécution, « pourvu que l'on fît promptement ». Est-il possible de montrer plus clairement qu'on prisait les talents du <c Petit Napoléon » et que l'on avait frappé en lui le candidat politique, au risque de lui donner un successeur moins capable ?
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C'est habile, à coup sûr, mais ni grand, ni patriotique.
Les propositions de Bumsîde impliquaient le passage du Râppahannock, dans les environs de Fredericksburg, c'est-à-dire Tenvoi de matériel pour équipages de pont. L'opération pouvait s'effectuer sans grande résistance, au cas où elle serait conduite avec célérité; car Lee, obligé de surveiller presque tout le cours de la rivière, était forcé d'éparpiller ses troupes, quitte à les réunir, au plus vite, sur le point menacé. Il était donc possible de le gagner de vitesse et de franchir le fleuve par surprise.
Le 17 novembre 1862, Sumner, qui marchait en tête de l'armée fédérale, parut à Falmouth, dans une position dominant la rive méridionale de la rivière aux environs de Fredericksburg ; quelques pièces, bientôt réduites au silence, défendaient le rivage confédéré. Les eaux étaient basses, quelques gués praticables; pas assez, cependant, pour faire passer l'armée. Où donc se trouvaient les équipages du pont? Au camp fédéral, tout le monde l'ignorait; Burnside les réclamait à Halleck qui, après de longs retards, affirma les avoir expédiés depuis longtemps. On finit par découvrir que Tofficier, chargé du convoi, les avait remisés à Aquia- Creek, depuis le 18, sans en aviser, ni le ministre, ni le général en chef. Ce dernier, arrivé le lendemain devant Fredericksburg, attendait, l'arme au pied, faute de moyens de passage.
Le mouvement des fédéraux dessiné, Lee envoie Longstreet vers Fredericksburg et ramène Jackson sur Orange Court House, à portée, soit de secourir le gros de l'armée, en cas d'attaque à fond par le bas Rappahannock, soit de couvrir le Rapidan si le mouvement au Sud n'était qu'une feinte.
Les inlentions deBumside paraissant de plus en plus évidentes, Jackson rallia Predericksburg ; Lee établit son armée, à trois kilomètres en arrière de la ville, sur une suite de hauteurs, dont il perfectionna savamment les formidables obstacles naturels ; pendant ce temps, son adversaire attendait toujours ses pontons, rendus, depuis longtemps, à quinze kilomètres de là, sans qull eût ridée de rechercher ce matériel insaisissable, dont l'administration centrale ne semble pas s'être occupée davantage. Les confédérés eurent donc tout le temps de compléter à loisir leurs lignes défensives. Tout ce que Tart de l'ingénieur peut ajouter à la nature fut exécuté par Robert Lee ; ces immenses travaux se firent avec assez d'adresse pour ne pas enlever à Bumside Tespoir de les emporter par une attaque de front. La seule frayeur du général Sudiste, qui avait établi ses 90,000 hommes dans un immense camp retranché, sur une longueur de plusieurs kilomètres, était de voir l'ennemi, passant la rivière plus près de son embouchure, essayer de tourner ces positions inexpugnables.
Toutes ses manœuvres tendirent donc à augmenter la confiance de son adversaire ; le succès répondit à son attente. Le 11 décembre 1862, au lever du jour, il vit, avec une indescriptible satisfaction, les fédéraux travaillant à jefer cinq ponts, sur le Rappahannock, en amont et en aval de Predericksburg.
Dominée de toutes parts, la ville n'était guère possible à défendre ; on pouvait, tout au plus, gêner les travailleurs ; mais il ne fallait pas songer à s'y maintenir contre une attaque sérieuse. Les Mississipiens de Barksdale, embusqués dans les maisons riveraines, ouvrent, sur les pontonniers, un feu très vif dès que la brume, en se dissipant, permet de les apercevoir. A la
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fusillade, Burnside répond par le bombardement; 150 pièces de canon mettent Fredericksburg en flammes ; les tirailleurs confédérés continuent leur feu dans les habitations en ruines, et ne cèdenLque devant une démonstration en force de Suraner qm, à quatre heures du soir, les ponts achevés, s'empare de la ville.
Très heureux de voir l'ennemi s'engager de la sorte, Lee replie ses troupes sur les hauteurs, ne laissant en avant qu'un cordon de piquets pour se garder. La journée du lendemain s'écoule en préparatifs ; d'importants mouvements ont lieu des deux côtés; Lee abrite ses divisions derrière des retranchements armés de 200 bouches à feu ; à sa droite, sur le point offrant le plus de prise, il place Jackson et l'artillerie mobile de Stuart ; son centre et sa gauche sont inattaquables, abrités derrière des ouvrages offrant la solidité de fortifications permanentes.
Burnside qui, depuis le commencement des opérations, avait partagé ses troupes en trois grandes divisions sous Franklin, Sumner et Hooker, ne semble pas avoir profité de cette journée du 12 pour arrêter définitivement ses dispositions et les faire comprendre à ceux qui devaient les exécuter. Ses ordres n'arrivèrent aux états-majors de ses trois lieutenants que le 13, à huit heures et, depuis le jour, Franklin, qui commandait une cinquantaine de mille hommes, était aux mains avec les Confédérés. Les Fédéraux, qui devaient au moins mettre de l'ensemble dans une lutte inégale, et compenser le désavantage du terrain par la précision des manœuvres, iip se voyaient pas marcher les uns les autres, une birlme épaisse ayant enveloppé les deux armées jusqu'à dix heures.
Les premiers efforts des assaillants manquèrent
donc de cohésion, et il est bien difficile de se rendre compte des projets de Burnside. On a dit, après coup, qu'il voulâit'percerparle centre les lignes confédérées, pour se rabattre ensuite sur la droite ennemie aux prises avec les forces très supérieures de Franklin. Le général vaincu ne s*est pas défendu, 'l'opinion publique .a rejeté sur Franklin la responsabilité de cette désastreuse campagne; mais, en réalité, Tévénement a donné tort à Burnside; car, à deux heures de Taprèsmidi, le général unioniste, qui se proposait de couper l'armée ennemie, avait lui-même ses troupes partagées en deux tronçons, complètement séparés Tun de l'autre, et, pour atteindre ce résultat, Lee n'eut pas même besoin de sortir de ses lignes.
La bataille de Fredericksburg, qui s'étendit sur un front de près de dix kilomètres, est sans intérêt au point de vue stratégique : une succession d'attaques partielles, plus ou moins infructueuses, conduites avec beaucoup d'intrépidité, mais n'ayant aucune chance d'aboutir; l'hésitation des commandants des divers corps, livrés à leur propre initiative, Phéroïsme de quelques chefs plus énergiques ou mieux inspirés, l'admirable courage de plusieurs régiments, et leurs pertes énormes sans résultats appréciables, tels sont les seuls faits qui se dégagent de cette mêlée confuse.
A la gauche, Franklin se bat depuis le point du jour, sans plan, sans direclion; on ne savait évijdemmeot pas très bien ce que Ton voulait. Georges Meade, un simple divisionnaire, déjà remarqué sur d autres champs de bataille, attaque avec impétuosité les troupes de Stonewall Jackson, pénètre ôomme un coin dans les positions confédérées et forme le sommet d'un angle obtus suivant lequel les Fédéraux pressent leurs adversaires; un mille de terrain est ainsi gagné ; mais,
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vers une heure et demie, les 5,000 hommes de Meade, que l'on ne remplaça pas au poste le plus périlleux, ' sont ramenés avec de grandes pertes. Jackson n'avait engagé que la moitié de son monde et une partie de rartiUerie montée; les Confédérés, certains de trouver en seconde ligne des positions encore plu« fortes, n^avaient pas résisté à outrance. L'avance de Franklin ne fut qu'un semhlant d'avantage.
La droite unioniste échoua complètement ; ce ne fut point faute de bravoure. Généraux, colonels, marchèrent à pied, en tête des troupes, à travers une trombe de fer; le premier élan les conduisit à cent mètres des retranchements; des compagnies entières restèrent couchées, en rangs bien alignés, fauchées par les décharges des Confédérés tirant, comme à la cible, derrière leurs épaulements. Sous un ouragan de feu, la ligne fédérale flotte un moment et revient en arrière ; l'énergie des chefs la ramène au combat; cette fois elle arrive à vingt-cinq mètres des obstacles et s'y maintient; derrière leurs abris, les brigades confédérées sont ébranlées par cette furieuse bravoure ; elles perdent deux généraux; mais des renforts arrivent promptement et rendent à la ligne toute sa solidité. On resta près d'une heure à se fusiller ainsi à courte distance, sans avancer ni reculer de part et d'autre.
Vers deux heures, les Fédéraux, renonçant à une lutte impossible, replient leurs régiments décimés; leurs pertes sont énormes ; sur 6,000 hommes, la division Hancock abandonne sur le terrain le tiers de son effectif et 150 officiers.
Quatre brigades suffirent à Longstreet pour mainte-' nir ses positions; si le général en chef ne trouvait pas, dans le feu de l'action, un de ces éclairs de génie qui changent le sort des batailles^ l'armée de l'Union,
malgré son héroïsme, était destinée à se briser contre une résistance insurmontable.
D'un plateau surplombant la rivière, le malheureux Bumside voyait avec désespoir la journée s'avancer et ses divisions s'épuiser, Tune après l'autre, en stériles efforts. Au lieu de tâter sur d'autres points les positions qui le tiennent en échec, il s'obstine, de plus en plus, dans ses idées si imparfaitement formulées la veille. «Jl faut que ces crêtes soient enlevées ce soir», répète-t-il sans cesse. Franklin et Hooker reçoivent l'ordre de reprendre le combat. Le premier obéit, mais, cette fois, s'engage à peine ; Hooker, moins discipliné, envoie un aide de camp représenter au commandant en chef la force de l'ennemi et solliciter un contreordrç. Burnside refuse; son lieutenant prend ses dispositions pour, la marche, mais, avant d'ébranler ses colonnes d'attaque, il se rend aq quartier général pour renouveler,' de vive voix, les observations faites par son envoyé. L'ordre est maintenu; Hooker revient prendre la tête de ses troupes, les enlève par son exemple, arrive sans arrêt au pied du mur de Maryes- Heights; puis, quand « il a perdu autant de monde « qu'il a reçu l'ordre d'en perdre », il se retire, laissant derrière lui beaucoup de morts, mais ni un traînard ni un prisonnier.
La tombée de la nuit sépare les combattants; l'armée fédérale était réduite de 13,000 hommes, dont 9,000 blessés et 2,000 prisonniers ; les pertes confédérées ne montaient pas à 5,000 hommes. Burnside entendait recommencer la bataille le lendemain ; il était brave et surtout fort obstiné ; il se proposait de mettre en première ligne le 9® corps, celui qu'il commandait à l'Antietam, et de le conduire lui-même; pendant ce temps, une attaque générale forcerait l'ennemi à se
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défendre sur tous les points. Au conseil de guerre tenu le soir du combat, il fut seul de son avis ; pas un général ne fit à son chef Taumône d'une approbation courtoise. L'affaire ne fut donc pas reprise dans la journée du 14.
Pourquoi Lee ne poursuivit-il pas ses avantages contre un adversaire ébranlé par un premier échec et combattant avec un fleuve à dos ? Plusieurs raisons en ont été données : son infériorité numérique, le désir de ne pas compromettre d'importants résultats acquis sans grandes pertes, l'espérance de recevoir le lendemain un second assaut dont Tinsuccès pouvait être un désastre ; enfin — et c'est probablement la cause déterminante de son immobilité — le manque de munitions ; par suite, la nécessité de les réserver en cas d'agression nouvelle. Jackson lui-même, laissé libre par son chef de se jeter sur Franklin, n'osa déboucher de ses retranchements.
Le 14, les deux armées restèrent en observation ; le 15, il y eut une suspension d'armes pour relever les blessés ; dans la nuit, les colonnes fédérales repassèrent le Rappahannock sans avoir perdu un canon.
Si l'armée du Potomac était complètement découragée, l'énergie du général en chef n'avait subi aucune atteinte ; il désirait reprendre les opérations immédiatement; l'ordre lui vint, de Washington, de surseoir à tout mouvement avant réorganisation complète. Cette décision était motivée par un fait presque unique dans les armées modernes; plusieurs des officiers généraux avaient directement adressé au Président et au ministre de la guerre leurs doléances à l'endroit de leur chef; Hooker, entre autres, menait ouvertement la croisade ; dans cette circonstance comme toujours, il
donnait des preuves multiples de suffisance, de mauvaise éducation; d'indiscipline.
Ecœuré, Burnside offrit sa démission : on la refusa ; dix mille familles en deuil attestaient la défaite trop éloquemment pour que le gouvernement voulût lui donner une sanction ofBcielle par le remplacement du général vaincu. Le parti démocrate fît remarquer, avec aigreur, que ce n'était pas la peine de révoquer Mac- Clellan pour obtenir de pareils résultats; visant le Président par-dessus la tête des secrétaires d'Etat, le Sénat émit un vote de blâme contre le ministère; on parla de révolution, de dictature nécessaire. Le moment ne semblait pas favorable pour des mutations ; la démission de Burnside fut donc refusée ; la droiture de Lincoln désapprouvait, d'ailleurs, la conduite inqualifiable des meneurs de la conspiration militaire.
Maintenir Burnside, c'était lui permettre d'agir; il faisait, du reste, la partie belle au pouvoir, se déclarant prêt à prendre toute la responsabilité de ses plans, au cas d'un revers.
Dans la seconde quinzaine de janvier^ il remit ses divisions en mouvement pour tourner les positions vainement attaquées de front. L'armée fédérale obéit sans entrain ; elle n'avait plus confiance ; les généraux recommencèrent leurs plaintes, Hooker plus que les autres. Malgré tout, on se mit en marche.
Le 20 janvier 1863, il ne restait, devant Fredericksburg, que les troupes nécessaires pour tenir en respect Vennemi, qui paraissait trompé sur les mouvements de Tarmée fédérale, portée presque entière à l'extrême droite; mais Burnside, décidément brouillé avec la chance, ne peut plus mener à bien la moindre entreprise. A peine ses troupes sont-elles en position de tenter le passage du fleuve que le temps change.
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l'orage éclate, la pluie tombe sans relâche, la rivière grossit à vue d'œil, le sol de la Virginie se détrempe., le soldat transi, mouillé jusqu'aux moelles, patauge dans un océan de fange liquide où caissons et voitures s'embourbent jusqu'au moyeu ; il faut atteler des hommes aux canons; le Nord est battu d'avance; car, grâce au temps perdu, les Confédérés paraissent en forces sur Taulre rive.
Désespéré, Burnside se met en retraite et reprend ses cantonnements (23 janvier 1863). La « campagne de la boue » lui coûtait le reste de sa réputation militaire ; il se sentit impossible à l'armée du Potomac si des mesures énergiques ne venaient raffermir son autorité, en réduisant Findiscipline des principaux chefs de corps, n mit au Président le marché à la main, réclamant la destitution de quatre généraux et le déplc^cement de six autres ; véritable coup d'Etat devant lequel Lincoln recula. Pour ménager les susceptibilités légitimes de Burnside, il le releva de son commandement, sur sa demande, sans accepter sa démission.
Cette retraite détermina d'importants changements à l'armée du Potomac. Sumner, le plus ancien des chefs de corps, renonça définitivement au service actif, dont les fatigues étaient trop grandes pour son état de santé ; il mourut quelques mois après ; Franklin, plutôt imprudent qu'indiscipliné, fut destitué; son amitié pour Mac-Clellan le rendait impossible comme générai en chef.
Hooker fut mis à la tète de l'armée du Potomac ; il était dans les idées politiques préconisées à la Maison- Blanche, si tant est que ce batailleur ait jamais eu des opinions personnelles en dehors des questions militaires. En tout cas, il plaisait au soldat et au ministre de la guerre. Halleck ne voulut pas voir que cette
nomination constituait une prime à l'insubordination ; mais en fin politique, il s'en aperçut quatre mois plus tard, après Chance] lorsville et, du jour de cette découverte, rendit au général la vie si dure qu'aussitôt il donna sa démission.
Burnside accepta noblement sa disgrâce; la lettre par laquelle il demande à être relevé de ses fonctions mérite d'être citée.
« Je dois tout aux braves officiers et soldats qui ont a accompli la tâche difficile de franchir une seconde « fois la rivière sous le feu de Fennemi. Quant à Tinu succès de Tattaque je suis seul responsable ; car la a bravoure, le courage, la persévérance des soldats « n'ont jamais été surpassés, et certainement ils (( auraient emporté la position si cela eût été posi-
(( ble Ma responsabilité est d'autant plus grande
(( que j'ai pris cette ligne d'opérations contrairement à « votre opinion et que vous avez laissé entre mes « mains toute la conduite de l'armée, sans me donner « d'ordres spéciaux. »
Cette dignité contraste avec les rodomontades de Pope demandant un conseil de guerre pour Porter et, bien plus encore, avec les hâbleries de Hooker se prétendant victorieux après Chancellorsville.
Le désastre de Fredericksburg rejeta dans l'ombre un des événements les plus considérables qui se soient produits dans l'Ouest, la sanglante bataille de Murfreesboro. Ce choc indécis, où les deux partis s'attribuèrent la victoire, eut pour le Sud les conséquences les plus graves, et assura l'occupation définitive des Border-States.
Encouragé par les succès de Lee, Jefferson Davis avait voulu « tenter la série » ; le moment semblait opportun pour reprendre l'offensive dans le Tennessee.
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Buelly destitué, venait de céder la place à Rosecrans, etrarmée du Cumberland se réorganisait suivant les idées de son nouveau commandant. Par contre, les séparatistes étaient pleins d'ardeur ; le Président Confédéré leur avait donné, en Joë Johnston, un chef qui possédait toute la confiance du soldat ; succédant au décousu des opérations précédentes, l'unité de direction devait amener des résultats satisfaisants ; mais le vainqueur de Fair-Oaks, imparfaitement remis de sa blessure^ ne pouvait supporter les fatigues d'une campagne d'hiver et Braxton Bragg garda la direction effective des troupes.
Le 24 novembre 1862, Johnston prit possession de son commandement à Murfreesboro où il prépara, sur le champ, une vigoureuse offensive. Jefferson Davis vint y passer quelques jours pour chauffer à blanc l'enthousiasme de l'armée.
Rosecrans, de son côté, se disposait à reprendre la marche au Sud pour se rapprocher de la position longtemps convoitée de Chattanooga. Il fallait d'abord chasser les Confédérés de Murfreesboro, où ils occupaient des positions sur lesquelles on n'avait aucune donnée précise, Tétat-major de Buell n'ayant pensé, Tété précédent, ni à lever le plan de la ville, ni à dresser la carte des environs pendant les quatre mois qu'ils restèrent au pouvoir des troupes abolitionnistes. Cette négligence aurait suffi pour motiver la disgrâce du général ; mais cette faute, comme tant d'autres, fut ignorée des bureaux de la guerre à Washington et sa révocation fut due, vraisemblablement, à son amitié pour Mac-Clellan.
Rosecrans ne fut pas arrêté un instant par Tabsence de données géographiques. L'initiative et l'obstination formaient, avec une tenue très brillante au feu, le plus
clair de sa valeur militaire. D'ailleurs, on partait volontiers à la découverte, dans les armées de l'Union ; cela tenait, sans doute, un peu au caractère des belligérants et beaucoup à la configuration du terrain dans les Etats de TOuest, très vastes, très boisés, babités par une population peu dense.
Il se mit en mouvement dans les derniers jours de décembre, avec Murfreesboro pour objectif. A la même époque^ les Confédérés étaient prêts. Connaissant parfaitement le pays, bien renseignés sur les mouvements de leurs adversaires, ils sortirent de leurs lignes, espérant compenser l'infériorité de nombre par la décision et la direction de l'attaque. Leur plan était simple et bien conçu : se concentrer sur la droite ennemie, la refouler en débordant ses positions, attaquer successivement les différents corps fédéraux en se portant sur leurs lignes de communication et, au cas d'un succès complet, les acculer au Stone-River.
Dans cette conception, bien supérieure à la stratégie ordinaire de Braxton Bragg, on sent l'influence de J, Johnston, malheuseraent hors d'état de l'exécuter sur le terrain. En manœuvrant de la sorte, le général Sudiste espérait écraser successivement les divisions de son adversaire par des forces supérieures à chacune d'elles; l'inconvénient de cette combinaison était la nécessité de la pousser jusqu'au bout, sous peine de n'en retirer aucun avantage définitif si une seule attaque restait infructueuse.
Comme au printemps, à Shiloh, les Fédéraux furent surpris. Au point du jour, Rosecrans, qui, la veille, avait tâté les positions ennemies par deux fortes reconnaissances, était à son extrême gauche, où il avait ^éuni dés forces considérables pour enlever la division
"eckinridge, isolée au delà du Stone-River, et prendre
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à revers les positions confédérées. Le mouvement allait commencer quand on entendit, à Textrême droite fédérale, le bruit d'un violent combat. Les Confédérés y avaient massé presque toute leur armée. Mal gardés, surpris sous leurs tentes, les Fédéraux sont vivement ramenés, à mesure qu'ils se forment '; en trois quarts d'heure, toute leur droite en déroute a perdu six milles de terrain et deux à trois mille prisonniers ; une seule division résiste et brise l'effort de Tennemi. Sheridan, le plus jeune des généraux unionistes, comprend que, s'il lâche pied, l'armée, coupée de ses communications, peut être culbutée dans le Stone-River ; il n'a pas d'ordres de son général en chef, poursuivi de l'idée fixe d'attaquer Breckinridge pour dégager son aile droite et de livrer bataille suivant ses prévisions sans se préoccuper des mouvements de l'ennemi ; mais son intuition des choses de la guerre le pousse à résister à outrance, dût-il être enlevé, pour donner à Rosecrans le temps de ramener des troupes de sa gauche et de former une nouvelle ligne; dans ce but, il faut tenir, au moins une heure, contre le corps de Hardee, à l'élan duquel tout cède depuis le matin ; profitant avec habileté de la configuration du terrain, il arrête momentanément les Confédérés ; mais quand, à bout d'efforts, manquant de munitions, il abandonne, sur ces positions, quelques canons démontés, il y laisse 1800 tués ou blessés. Les chefs de ses trois brigades sont morts et sa division qui, au matin, comptait 6,000 hommes présents au drapeau, restera, pour la journée, dans un état de désorganisation lamentable. Pendant ce combat, livré dans une clairière et presque à bout portant, les Confédérés éprouvèrent aussi des pertes cruelles ; sur 400 hommes, le 13® Mississipi avait eu 62 tués et 132 blessés.
Malgré cette héroïque résistance, les assaillants poursuivent leurs succès ; ils prennent à revers le centre et commencent à déborder la gauche, comme ils ont débordé la droite le matin; s'ils enlèvent Round- Forest, dernière position des Fédéraux à gauche, ils leur infligent un désastre irréparable. Il faut, pour sauver Rosecrans, un second miracle d'énergie. Cette fois^ c'est un sous-ordre obscur, le général Hazen, qui soutient le choc et, quoique débordé sur ses flancs, arrête les Confédérés jusqu'à midi. Ceux-ci, épuisés, suspendent le combat pendant trois heures; après avoir rallié leurs régiments et reçu de Breckinridge 6,000 hommes de troupes fraîches, ils reviennent furieusement à la charge pour en finir à Round-Forest, où Rosecrans n'a pu encore envoyer que trois régiments de renfort. Arrivé lui-même sur le lieu du combat, il s'expose, avec la plus éclatante bravoure, pour encourager ses troupes; son chef d'état-major est tué à ses côtés; la mêlée devient horrible. En dépit de leur acharnement, les Confédérés ne réussissent pas dans leur dernière tentative, rendue plus difficile, à mesure que le jour s'avance, par l'arrivée sur le champ de bataille des troupes que Rosecrans a fini par y ramener. Après dix heures de combat, ils cessent le feu, au crépuscule, et les deux armées couchent sur leurs positions.
Les Fédéraux passèrent une triste nuit. « La cava- « lerie de Wheeler, qui s'était détachée, le 29, de « l'aile droite des Confédérés, avait atteint, par un « grand mouvement tournant, la ligne de communi- (c cation de l'armée unioniste et jeté le trouble parmi « ses convois. En même temps, Wharton dispersait '( également des convois fédéraux sur le chemin de
Wilkinson pendant que Pegram, avec une brigade,
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« traversait le Stone-River, au-dessous des gués gardés « par l'aile gauche fédérale, et enlevait de nombreux « prisonniers, sur la route de Nash ville.
« Ces incursions avaient complètement interrompu « le service des approvisionnements et les soldats du i< Nord qui, dans cette soirée, se pressaient autour des « feux de bivouac, comptaient leurs camarades morts « ou blessés, se demandaient avec inquiétude com- « ment se passerait la journée du lendemain ; aucune « distribution ne leur était faite et^ ce qui les alarmait « le plus dans la privation des vivres et des munitions, « c'est qu'ils en concluaient que Tarmée était enve- « loppée et séparée de sa base d'opérations. » (Cours de l'Ecole supérieure de guerre. — 1882.)
28 canons, 3,000 prisonniers valides étaient aux mains de Braxton Bragg ; près de 5,000 blessés gisaient, dans les bois, tout le long de la ligne de bataille.
Les motifs les plus puissants paraissaient devoir déterminer le général unioniste à la retraite. Dans le conseil de guerre qu'il présida, le soir du 31 décembre 1862, Rosecrans déclara qu'il était résolu à reprendre la lutte aussitôt que l'état des troupes le permettrait. Vaincre ou mourir où nous sommes, leur dit-il, je n'ai pas d'autre plan. Cette détermination était un miracle d'énergie ou d'aveuglement; il fut plus merveilleux encore de la faire partager à l'armée.
Le lendemain, la cavalerie confédérée, en opérations depuis soixante douze heures, était incapable de se mouvoir; les trains de vivres et de munitions arrivèrent à l'armée fédérale, dont l'entrain reparut avec la possibilité de faire la soupe. Braxton Bragg, qui avait engagé toutes ses troupes, né pouvait leur demander un nouvel effort; la journée se passa donc à s'observer des deux parts. Le 2, l'obstiné Rosecrans, loin de son-
ger à la retraite, semblait disposé à reprendre l'offensive. Bragg le fit attaquer sur les bords du Stone-River, par Breckinridge qui, heureux au début, fut ramené, laissant 1500- hommes, dont deux généraux, sur le terrain.
Victorieux pendant toute la journée du 31 décembre 1862, les Confédérés ne parvenaient pas à leur but, après avoir donné jusqu'au dernier homme. Us se trouvaient hors d'état de recommencer la partie. Le 3, au matin, ils se mirent en retraite, se dirigeant sur le Duck-River, après avoir évacué Murfreesboro.
Le choc avait été si rude que les deux partis s'observèrent pendant plusieurs mois sans en venir aux mains. Les Border-States demeuraient définitivement à l'Union; mais il ne sembla pas que la pacification eût fait un pas en avant ; car, à dix jours de là, Wheeler et Fol'est étaient en pleine opération sur les derrières des Fédéraux et, peu après, Morgan exécutait, au cœur des territoires occupés par Rosecrans, une de ses excursions les plus audacieuses.
La bataille de Murfreesboro ou du Stone-River, ainsi que la nomment quelques historiens, fut plus sanglante encore que celle de Shiloh ; Tarmée fédérale, réduite des deux septièmes, s'était admirablement battue; son général, dont les prévisions furent lourdement déçues par l'événement, racheta ses mauvaises dispositions par* une .ténacité remarquable. Servi par les circonstances, qui l'empêchèrent d'exécuter le plan, fort dangereux, conçu par lui, il recueillit les fruits d'une victoire après avoir été vaincu presque sur tous les points. C'était la répétition des événements de Corinth : débandade au début, résistance tumultueuse ensuite, enfin obstination étroite, énergique, qui, grâce à la supériorité du nombre, use l'ennemi par son succès même.
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Les Confédérés n'avaient encouru aucune critique ; cette fois encore, les vaincus seuls firent preuve de talent; mais Bragg n'était pas un général heureux ; s'il eût attaqué le 30, il ne trouvait devant lui que 22,000 hommes, Tarmée ennemie étant séparée en deux tronçons trop éloignés pour se porter secours ; il l'eût donc battue en détail; même le 31, 10,000 de plus lui assuraient une victoire complète; mais son ami Jefferson Davis, lors de sa visite à Tarmée, en avait détaché une forte division pour l'envoyer à Pemberton^ contre l'avis énergiquement exprimé du général en chef et de son lieutenant. Ces 9,000 soldats, qui arrivèrent à Vicksburg quand il n'y avait plus rien à faire, eussent été un appoint décisif sur le champ de bataille de Murfreesboro.
Bragg se retira sur TuUahoma, où il pouvait défier les attaques provisoirement. Rosecrans était trop désor* ganisé pour l'inquiéter. Il n'y eut plus que des tirailleries jusqu'au printemps.
GHARLESTON
L'idée fixe du Président Lincoln fut toujours de relever le drapeau de rUnion sur le berceau même de la révolte ; périodiquement l'orgueil national exigeait une démonstration contre ]e port des Garolines, que les Fédéraux fermèrent, où ils finirent par entrer, mais qu'ils ne purent enlever de vive force. Pendant toute la guerre, par une série d'opérations tendant à resserrer le blocus des côtes insurgées, ils se rapprochèrent peu à peu de leur objectif sans pouvoir l'atteindre. Le premier soin de l'amiral Dupont fut de s*assurer des ports de ravitaillement et un solide point d'appui sur la côte ennemie. Parti, le 29 octobre 1861, de Hampton-Roads, avec cinquante navires de combat ou transports et 15,000 hommes de troupes, Dupont fut assailli par un ouragan qui dispersa tous ses bâtiments (1-2 novembre). Il en rallia 25 et jeta l'ancre, en dehors de la barre, à l'entrée du Pamlico-Sound. Cinq jours après, sa flotte réduisit au silence les forts Walker et Beauregard, débarqua le corps expéditionnaire de W. Sherman et prit part à l'attaque de Hilton- Head, de Beaufort, de Tile Tybee, du fort Pulaski. En même temps, une division, opérant sur les côtes de la Floride, s'emparait des ports les plus importants. Le
mois suivant, les canonnières, se rapprochant de Charlésion^ remontèrent le Stone-River jusqu'au Wappoo- Creek. Quelques batteries confédérées furent évacuées et l'accès du bras de mer au sud de l'île Morris devînt possible pour les navires de l'Union qui mouillèrent à trois milles des maisons. Le commodore Dupont commençait, par un succès, les opérations contre Gharleston qui, par la suite, amenèrent la fin prématurée de sa carrière.
A Tescadre du Sud-Atlantique incombait la surveillance des côtes de la Caroline du Sud, de la Géorgie, de la Floride. Au commencement de 1863, elle avait terminé de nouvelles installations sur les navires à tourelles ; on voulut en essayer l'effet sur les fortifications; les engins perfectionnés s'escrimèrent, à plusieurs reprises, contre le fort Mac-Allister, qui défend les approches de Savannah. Le seal résultat fut l'incendie du corsaire confédéré Nashville^ que leMontauk réussit à atteindre ; mais les énormes projectiles, lancés de part et d'autre, restèrent impuissants contre les côtes de fer des cuirassés et les épaisses murailles des forts ; en somme, plutôt des exercices de tir que des combats.
Cette expérience, laissant croire à l'invulnérabilité des bâtiments, décida l'amiral à préparer une grande entreprise contre Charleston; il devenait indispensable d'y frapper un coup retentissant, en raison d'événements récents, de nature à égarer l'opinion des nations étrangères.
Dans la nuit du 29 janvier 1863, le vapeur de grande marche Princesse'Royale, parti des Bermudes quatre jours auparavant, tenta de pénétrer à Charleston en forçant le blocus. Outre deux machines pour cuirassés, le « blockhade-runner » apportait un chargement con-
sidérable de canons et de petites armes « Les avisos signalèrent le bâtiment suspect ; la canonnière. Unadilla fUa. sa thaine, vint en travers de la passe et ouvrit le feu. Le capitaine de la Princesse^Royale miC le cap à terre, échoua son navire et l'abandonna sans même tenter de rincendier ; il avait mal pris ses dispositions ; peutêtre aussi avait-il eu peur ; car les Yankees étaient brutaux en matière de contrebande de guerre; la /^nnce^se- Royale fut renflouée le lendemain et gardée en dehors de la passe en attendant son envoi à Philadelphie.
Les Confédérés tentèrent de mettre la main sur cette riche proie ; ce n'était, au demeurant, que rentrer dans leur bien. Le 31 jan>der, à quatre heures du matin, par une brume épaisse, deux béliers cuirassés descendirent la rivière, sortirent par la passe principale, tombèrent au milieu des quinze navires formant l'escadre de blocus, coulèrent le Mercedita^ désemparèrent le Keystone-State et, après un court engagement, mirent les autres en fuite à l'exception du bâtiment fédéral Housatonic, devant lequel ils se retirèrent, dans les eaux du fort Moultrie, sans avoir pu reprendre la Princésse-Royale. Le précieux navire, objet du litige, appareilla dans la journée pour Port-Royal.
Le coup était manqué ; car, à part la mise hors de combat de deux bâtiments, les Confédérés n'obtenaient aucun résultat pratique. Beauregard essaya, quand même, d'utiliser son échec. En communication télégraphique avec Richmond, il pouvait raconter Tévénement à sa guise et créer un mouvement d'opinion favorable à son parti avant que les dépèches de l'escadre ne vinsjsônt rétablir la réalité des faits. Ce n*est pas d'une délicatesse irréprochable ; mais la Confédération avait un intérêt vital à jeter des doutes sur l'efficacité du locus. Le 2 février 1863, les journaux de Richmond
annonçaient urbi et orbi, comme résultats du combat naval de rayant-veille, deux navires fédéraux coulés, quatre incendiés, le reste dispersé. Us publiaient, en même temps, la proclamation officielle suivante :
Quartier général et escadre de Gharleston, 31 janyier 1863.
« Ce matin, à cinq heures, les forces navales confé' dérées ont attaqué Tescadre de blocus hors du port de Gharleston, coulé, dispersé et chassé momenta> nément hors de vue toute la flotte ennemie. En conséquence, nous, soussignés, commandants de l'armée et de la marine, déclarons que le blocus du- ( dit port de Gharleston est levé à partir du 31 janvier 1863, la flotte des Etats-Unis ayant été repoussée par des forces supérieures confédérées.
« 6.-T. Beauregârd, général commandant.
« D.-N. Ingrahah, officier commandant. »
« Hier au soir, 31 janvier, disait une autre dépêche, « Beauregârd mit un vapeur à la disposition des « consuls étrangers pour les convaincre, par euxmêmes, que le blocus n'existe plus. Les consuls de France et d'Espagne, accompagnés du général Ripley, acceptèrent Tinvitation. Le consul d'Angleterre, avec le commandant du navire de guerre anglais Pétrel^ s'étaient rendus auparavant à cinq milles au delà du mouillage ordinaire de l'escadre de blocus et n'avaient aperçu aucun navire à la longue- vue. Plus tard, dans la soirée, quatre bâtiments reparurent, mais très au large. »
On annonçait, en outre, que les consuls, réunis chez leur doyen, avaient à l'unanimité constaté la levée légale du blocus.
Dans ces récits fantaisistes tout n'était pas faux ; mais on avait richement habillé la vérité au sortir de son puits. La tentative avorta, du reste, complètement ; aucun gouvernement ne donna dans le piège et, quelques jours après, un démenti formel de Tamiral Dupont calma l'émotion causée par cette manœuvre ; le Président fit renforcer l'escadre de trois cuiraiisés, dont un à grande puissance, le New-Iromides ; en outre, il invita l'amiral à une démonstration sérieuse contre les forts de Gharleston. Quel fut le but réel de l'attaque du 7 avril i863 ? Gela n'a pas été complètement élucidé ; toujours est-il qu'un petit corps de 7,000. hommes, sous les ordres de Hunter, devait prêter main-forte. Espérait-on réduire une forteresse de trente milles de développement autour de laquelle Beauregai'd avait disséminé quatre cents canons ? On Fa dit ; mais c'est bien improbable ; dans ses conversations, dans ses lettres, Dupont énonça l'intention de concentrer l'action de la flotte contre Sumter et, s'il pouvait éteindre son feu, de bombarder la ville, les troupes de Hunter devant seulement « amariner la prise ». Le projet semble si téméraire, si peu étudié, offre si peu de chances de réussite que l'on se demande si, conmie Tourville à La Hougue, l'amiral Américain n'obéit pas à un ordre formel de son gouvernement.
En tout cas, il ne parait pas avoir songé à reconnaître les défenses de la rade avant d'y engager son escadre, pas plus qu'à utiliser les forces de Hunter par une diversion contre quelque batterie confédérée. Débarquées sur l'îlot Stone, elles furent aux premières loges pour voir combattre les navires fédéraux ; mais ne les aidèrent que de leurs vœux.
L'attaque était projetée pour le 6 ; au jour dit, la
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brume empêchant de distinguer le rivage, la flotte vint mouiller à cinq milles du fort Sumter; une division de réserve, comprenant cinq bâtiments, restait en dehors de la barre. Le lendemain, à midi, la marée permettant de se mettre en marche, les neuf cuirassés »e forment en ligne de file, le Weehawken en tète, avec un appareil pour draguer les torpilles, le bâtiment amiral au centre : ils devaient suivre la passe principale, sans répondre au feu de l'île Morris, pour prendre position, au nord et à Touest de Sumter, de façon à battre sa face nord-ouest, les uns à 700, les autres à 900 mètres.
Tout d'abord l'engin à pêcher les torpilles se détraque ; on perd du temps à le réparer ; vers une heure et demie, la flotte défile devant les ouvrages de l'île Morris, le cap entre Sumter et l'île Sullivan; pas un signal, pas un coup de canon ; on croirait pénétrer dans une rade abandonnée. Tout à coup (2 h. 50), le Weehawken se trouve en présence de si formidables obstacles qu'il désespère de les franchir ; il. vient sur tribord pour prendre une meilleure position ; son matelot d'arrière imite sa manœuvre, que ï'étroitesse du chenal rend délicate ; le désordre se met dans la ligne ; pris en travers par le flot, le New-Iron^ sides n'obéit pas au gouvernail ; le Catskill, le Nantucket, tombent sur lui et, pendant un quart d'heure» les trois bâtiments restent en paquet. La frégate finit par se dégager et mouille pour ne pas aller à la côte. L'ennemi profite de l'incident; le fortMoultrie ouvre le feu sur le monitor de tète; c'est le signal; trois cents pièces de gros calibre, tonnant à la fois, augmentent la confusion des Fédéraux. L'amiral signale à ses capitaines « liberté de manœuvre pour exécuter les ordres antérieurs » ; à quatre heures les huit bâtiments
cuirassés se rangent sur le front de Stunter, à des distances variant entre 500 et 700 mètres. La canonnière blindée Keokuk s'est audacieusement placée en flèche ; immédiatement elle devient une cible sur laquelle convergent les trois étages de batteries du fort Sumter; les boulets pleuvent sur la petite escadre fédérale ; à un moment donné, on en compte jusqu'à ceût soixante en une minute. Le tir des Confédérés, habilement réglé d'avance, est d*une précision mathématique ; les ofBjciers croient entendre les battements d'un gigantesque pendule ; c'est le bruit des obus frappant les murailles de fer des monitors avec une régularité d'horloge *.
En une heure et demie, les fortifications Sudistes vomirent 3,500 projectiles; les navires tirèrent seulement 139 coups de canon; le peu d'espace, la difficulté de manœuvrer, le soin d'éviter les collisions, avaient considérablement réduit leur puissance ofTensive ; le NeW'Ironsides excepté, ils ne comptaient, à eux tous, que 16 pièces, de la plus grande puissance, il est vrai, mais insufQsantes pour tenir tête à des fortifications permanentes armées d'engins analogues.
L'amiral Dupont donna Tordre de cesser le combat ; ses monitors sortirent, plus ou moins éclopés, du cercle de feu où ils venaient de passer quarante-cinq minutes. Sur les huit navires exposés au tir à petite distance, cinq étaient momentanément ou définitivement hors de combat ; quatre : le Nakant, le Passaïe^ le Patapsco, le Nantucket, sans parler des avaries de la coque, avaient eu leurs tourelles faussées ou leurs canons désemparés; quant au Keokuk^ que le commander Rbind avait conduit à 250 mètres de Sumter, il était à jour comme un crible; 90 projectiles
-* Lettre d'un témoin oculaire*
avaient percé le pont blindé, les tourelles ou la flDttaison; au bout d'une demi-heure, son vaillant capitaine, craignant de voir le navire couler sous ses pieds, parvint à le mouiller hors de portée des forts. Il avait tiré trois coups de canon seulement, une de ses pièces ayant été démontée presque aussitôt par le feu de l'ennemi et la seconde étant restée muette, faute de servants. Tenu à flot pendant la nuit par le jeu continuel des pompes, le Keokuk sombra, le 8 avril au matin ; son faible échantillon, le peu d'épaisseur de sa cuirasse (5 pouces et demi) le rendaient incapable de lutter contre des forts.
lies pertes en hommes furent insignifiantes : 10 d'un côté, 30 de l'autre ; mais Téchec de la flotte avait de l'importance; à la suite d'espérances exagérées, la déception fut cruelle.
L'amiral entendait recommencer le lendemain ; ses capitaines déclarèrent unanimement « l'impossibilité « absolue de prendre Charleston avec les forces place cées sous son commandement ». De l'avis général, une demi-heure de combat de plus entraînait la perte complète de la flotte ; d'ailleurs, le fort Sumter réduit au silence, des obstacles infranchissables eussent arrêté les vainqueurs.
Eclairé par l'avis du conseil de guerre, Dupont n*hésila pas ; trouvant le mouillage en dehors de la barre peu sûr pour ses monitors, il résolut de les envoyer se réparer à Port-Royal, tandis que le New-Ironsides et la division de réserve continueraient le blocus. Il écrivit dans ce sens à Washington, où son avis fut peu goûté ; on ne s'y rendait pas un compte exact de la situation.: on voulait, à tout prix, éviter ce qui pouvait ressembler à une reculade; le 13, le Président télégraphiait à l'amiral :
« Restez en dedans de la barre ; si vous avez aban- « donné ce poste, reprenez-le et gardez-le jusqu'à « nouvel ordre. Ne laissez pas l'ennemi élever d'autres (( batteries sur File Morris. S'il a commencé, détruisez « son ouvrage; je n'entends cependant pas vous invi- (< ter à recommencer une attaque générale ; ce dernier « point est remis à votre décision ou fera l'objet d'un V ordre formel. »
Le lendemain^ il revenait à la charge, disant que, « dût- on ne pas réussir à prendre les batteries de Mor- « ris ou de Sullivan, il fallait continuer les opérations (c et les faire sérieuses, si elles offraient des chances de « succès, tout en évitant, cependant^ de s'engager dans c( une action désespérée. »
L'amiral ne voulut pas comprendre ces insinuations ; il eut le courage de son opinion, répondit qu'il ferait tous ses efforts pour presser les réparations des cuirassés et les ramener en dedans de la barre. « Je crois « devoir aviser le Département, » ajoutait-il, « que ce « ne sera pas sans danger pour les monitors, en raison et des coups de vent* fréquents sur ces côtes et du feu « continuel des batteries confédérées. » Il protestait néanmoins de sa subordination, offrant, si on l'exigeait, d'attaquer de nouveau les forts, bien qu'il jugeât l'entreprise désastreuse.
On n'osa pas forcer la main à Dupont; mais, voyant qu'il n'entrait pas de lui-même dans la voie agréable, on lui chercha un successeur. Un malencontreux incident avait, d'ailleurs, vivement ému l'opinion. Quelques jours après le bombardement, Hunter, qui n'avait
' L'événement lui donna raison, le Wheekaivken sombra, au mouillage, le 6 décembre 1863 ; 40 hommes périrent dans le naufrage.
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rien fait que regarder, félicita Dupont, qui s'était fait battre. L'amiral répondit courtoisement à cette marque de bonne camaraderie ; mais on eut la maladresse de laisser publier les lettres et il en rejaillit quelque ridicule sur leurs auteurs.
Le Président, dont la mauvaise humeur était au comble, fit table rase : à Dupont, jugé trop hésitant, à Hunter*, manifestant en faveur de l'amiral vaincu, il substitua Foote, le héros du Mississipi, et le brigadier général Quincy, A. Gillmore. Le premier était dans un état de santé déplorable et mourut avant d'avoir pris possession de son commandement. Dahlgren lui succéda; ces mutations furent motivées poliment : le département de la marine offrait de préparer une seconde attaque sur Charleston, si l'armée occupait préalablement Tîle Morris, en vue d'y établir des batteries devant aider à la réduction du fort Sumter. Pour atteindre ce but, il fallait s'emparer des ouvrages
< Major général David Hunter, né dans le district de Golumbia (1802), élève de West-Point (1822); capitaine au 1*' dragons (1833) ; démissionnaire (1836) ; réadmis au service comme officier payeur auxiliaire (1841), titularisé Tannée suivante ; fait colonel au début de la guerre ; peu après brigadier général ; prend part à la première bataille de Bull-Run; nommé major général, il est envoyé dans TOuest, oii il remplace provisoirement Fremont ; il commande ensuite dans le Kansas, où il fait de la politique violente. Nommé dans les Garolines, Hunter s'empare du fort Pulaski, déclare libres tous les noirs (9 mai i862) et proclame Tétat de siège. Lincoln casse ces décisions (19 mai 1862); Hunter organise des régiments noirs ; le Gouvernement confédéré le déclare hors la loi ; on fut forcé de le déplacer; il commanda de nouveau dans la vallée de la Shenandoah, en 1864, se fit battre et fu remplacé par Sheridan.
206 CHAPITBE X.
confédérés connus sous le nom de fort Wagner; par suite, procéder à des travaux d'approche nécessitant des connaissances techniques. Hunter qyi, d'ailleurs, s'était rendu impossible par ses proclamations abolitionnistes à outrance, se trouva posséder des aptitudes toutes particulières pour l'inspection, et il devint indispensable de savoir, sur l'heure, comment fonctionnait le service dans le département du Mississipi (12 juin 1863). Gillmore, qui passait pour un officier du génie très distingué, le remplaça dans la Caroline du Sud ; il ne lui restait plus qu'à prendre possession de la ville et du port soumis à son commandement; les Confédérés y apportèrent peu de complaisance. Gillmore dut se contenter d'admirer de loin les maisons de Charleston et de les faire servir de cible à ses canons, sans pouvoir pénétrer dans la terre promise.
Dupont dura un peu plus longtemps que son ami Hunter; grâce à la mort de l'amiral Foote, nommé d'abord pour lui succéder, il ne remit à Dahlgren que la 6 juillet le commandement des soixante et un bâtiments de tout rang, comptant 396 canons, qui formaient l'escadre du Sud-Atlantique.
Dans son commandement militaire des côtes. Beauregard déploya des talents auxquels on n'a pas suffisamment rendu justice. Comme entrée au jeu, il repoussa une expédition des généraux Mitchell, Brannam et Terry contre le chemin de fer de Charleston- Savannah (22 octobre 1862); ensuite, il se consacra aux fortifications des points stratégiques du littoral 4 Grâce à lui, Charleston devint une place de premier ordre.
Les ouvrages construits par Beaiiregard n'ont qu'un défaut : leur vaste développement, qui nécessite de nombreuses troupes pour la défense. Les lignes de Co-
rinth couvraient une armée; les fortiScatioiis de Charleston, se développant sur une étendue de près de trente milles, étaient construites pour une garnison de vingt mille hommes. Gomme le fils de la reine Hortense, le célèbre ingénieur aimait à « faire grand ». Au moins réussit41 à protéger sa ville mieux que Tinfortuné souverain à défendre sa couronne.
Gillmore avait une vingtaine de mille hommes, répartis sur divers points, et pouvait aisément en mobiliser les deux tiers. De Port-Royal à Gharleston, la côte est bordée d'un chapelet d*ilots marécageux séparés du continent par un bras de mer de peu de largeur. A rinsu des Confédérés, le général unioniste chemina de l'un à l'autre et transporta la quotité disponible de ses troupes à la pointe nord de File FoUy, où il construisit de puissantes batteries. En face, Morris-Island, défendue, au sud par onze pièces, à l'extrémité opposée par le fort Wagner et la batterie Gregg, croisant leurs feux avec Sumter.
Le 10 juillet 1863, les Fédéraux commencent l'attaque ; la flotte balaie la plage de l'île Morris ; 8,000 hommes traversent le canal, s'emparent des ouvrages au sud de Tile, rejettent l'ennemi à la pointe septentrionale et viennent se retrancher à cinq cents mètres de Wagner. Le résultat était encourageant ; pourquoi ne pas le poursuivre ? Wagner et la batterie Gregg ne comptaient en tout que quinze pièces ; dans le premier moment de surprise, peut-être pouvait-on les emporter de haute lutte.
Les deux lieutenants de Gillmore étaient des hommes d'action : Terry, qui,, plus tard, s'illustra devant le fort Fisher, et Seymour, aussi énergique, mais moin$ heureux à Olustee.
Le conseil de guerre tenu par ces trois hommes con-
dut à l'attaque de front... Mais ils laissèrent écouler trente-six heures* entre le projet et Texécution, et firent tuer du monde inutilement; le coup manqué, on établit une douzaine de pièces de siège en commençant régulièrement les approches. Les habitants de Charleston devaient faire de mauvais rêves; car un incessant duel d'artillerie mettait aux prises les forts confédérés avec les cuirassés de Dahlgren et les canons de Gillmore; le tout, sans préjudice de la fusillade et des menues attaques journalières. Le 18, à quatre heures du soir, sous le feu des monitors et du New^ Ironsides le fort Wagner semblait réduit au silence ; on résolut un nouvel assaut.
A la nuit, les troupes, massées le long de la rive, commencent le mouvement; deux régiments noirs marchent en tête; ils arrivent, sans bruit, jusqu'à 150 mètres du fort et se précipitent sur les glacis. L'ennemi les accueille par une volée de mitraille; sous un feu d'enfer, les noirs franchissent le fossé, gagnent le parapet; efforts inutiles; en quelques minutes ils sont ramenés; leur colonel, Robert Shaw *, et la moitié
' Gillmore, dans son rapport, dit que Tassaut fut tenté le 11 au matin; les séparatistes en fixent la date au 12.
' Colonel Robert Gould Shaw, né en 1836; fils unique de Francis Gould Shaw, de Staten-Island. Au début de la guerre, il s'engagea comme soldat dans le ?• régiment de New- York et, au bout de trois mois, fut nommé officier dans le 2* Massachussets. A Gedar-MountaiD, sa vie fut sauvée par sa montre sur laquelle s'aplatit une balle qui Tatteignit en plein corps. Promu colonel^ il commanda le 1*' régiment des troupes de couleur ; Jefferson Davis avait menacé de faire pendre immé* diatement tout officier des régiments noirs pris les armes à la main. La crainte de cette mort infamante n'arrêta pas le chevaleresque Robert Shaw, qui fut frappé à mort, sur le parapet
GHARLESTON. 209
de son monde restent sur le champ de bataille; la retraite précipitée des survivants désorganise la colonne ; le général Strong pousse néanmoins en avant le reste de sa brigade ; trois compagnies se logent au delà du fossé; faute de soutien, elles sont écrasées. Strong *, grièvement blessé, fait retirer ses troupes.
La seconde brigade rachète son retard par sa bravoure; elle pénètre dans l'intérieur du fort et, pendant pins d'une heure, reste maîtresse d'une des lunettes, après un violent combat corps à corps; devant une dernière attaque des Confédérés, il fallut battre en retraite; à minuit le combat cessa.
L'échec coûtait 1200 hommes à l'assiégeant; Strong mourut de ses blessures ; Putnam ', qui conduisait la
du fort Wagner, encourageant ses hommes pendant Tassaut du 18 juillet 1863.
* Brigadier général George C, Strong, né à Stockbridge Vermont). en 1833 ; orphelin à huit ans, il fut adopté par son oncle A. -S. Strong, d*East-Hampton (Massachussetts). Entré à West-Point, il fut, pendant trois ans, premier de sa promotion ; il servit, à sa sortie, à Fort-Monroê et h. Mount-Vernon (Alabama). Attaché k Tétat-major de Mac-Dowell^ puis à celui de Mac-Glellan, enfin à celui de Butler. Officier habile et brave; très aimé des soldats. Mort le 30 juillet i863, de blessures reçues à Tassant du fort Wagner, douze jours auparavant.
' Faisant fonctions de brigadier général Ealdimand Sumner Putnam, né à Cornish (New-Hampshire) le 15 octobre 1835 ; sorti de West-Point. en 1857; servit, jusqu^à la guerre, sur la frontière de T Ouest. Appelé à Washington et chargé d'instructions de la plus haute gravité pour Fort-Pickens. Au retour arrêté à Montgommery (Alabama) par les autorités séparatistes; emprisonné, puis relâché au bout de quelques jours. Attaché à rétat-major de Mac-Dowell, Putnam se distingue à Bull- Run, refuse un régiment, se trouvant trop jeune, accepte ce«
secondé brigade, fut tué sur place ; dans l'obscurité, certains régiments fédéraux s*étaient fusillés entre eux. Malgré toute l'impatience de la population loyale, qui suivait, avec le plus vif intérêt, les opérations devant Charleston, il eût été de la dernière imprudence dô persister dans le système des coups de force.' Décidément Beauregard, trop vanté comme* chef d'armée, n'était point surfait en tant qu'officier du génie. Renonçant à brusquer la situation, Gillmore se mit en dévoir de recourir à un siège régulier; mais, par une ingénieuse combinaison, tout en poussant ses parallèles sous le fort Wagner, il établit ses batteries de façon à pouvoir, par -dessus l'ouvrage assiégé, bombarder Sumter, et même couvrir d'obus la ville de Charleaton.
Le 17 août 1863, il ouvrit le feu sur Sumter, à la distancée de quatre kilomètres. Beauregard, dans Tintervalle, avait puissamment renforcé les points menacés ; pendant le jour, la flotte, balayant les plages, empêchait l'envoi de tout renfort ; mais les Confédérés, opérant de nuit, firent de la batterie Gregg et du fort Wagner.de véritables forteresses. Le brigadier général. Harrison, qui les commandait, montra une solidité à toute épreuve. Cependant, malgré les épais revêtements de sable, et les blindages métalliques formant les parois du fort Wagner, il devait succomber sous l'action combinée de la flotte et des monstrueux canons employés contre lui. Au bout de huit jours, « la partie « du fort Sumter tournée vers le Sud -et vers l'Est
pendant le 14 janTier 1862 ; sert en Floride^ puis aux environs de Charleston; depuis quatre ou cinq mois, il remplissait les fonctions d'officier général. Il tomba, à la tête de sa brigade, à rintérieur du fort Wagner, le 18 juillet 1863.
« n'était plus qu'un amas de ruines, tandis que le fort « Wagner ressemblait à une dune de sable fouillée « dans tous les sens. »
Gillmore somma Beauregard de lui rendre les deux ouvrages, menaçant de bombarder la ville en cas de refus ; on se rit de lui ; à neuf kilomètres de distance, la menace parut vaine ; le lendemain, les obus éclataient dans Gharleston. On a vu, depuis, de plus étonnants effets de l'artillerie à longue portée ; les résultats atteints par les belligérants en août 1863 sont, néanmoins, des plus remarquables comme première démonstration de la puissance destructive des boucbes à feu modernes. Par une délicate attention, Gillmore cboisit le milieu de la nuit pour commencer le tir sur les maisons et c'est entre une heure et deux du matin que les premiers projectiles réveillèrent les habitants terrifiés. Quel talent de mise en scène ! quelle théorie savante de Tinlimidation ! En vérité, le « moment psychologique » fut inventé sept ans plus tôt qu'on ne le croit généralement.
L'effet moral fut cependant à peu près nul ; les Confédérés rendaient coup pour coup ; de ces monceaux de ruines sortait encore la gueule des canons ; on reprit les parallèles, sur l'arrière du fort Wagner, pour Tisoler complètement; parvenus, le 6 septembre, à moins de 200 mètres, les Fédéraux prenaient leurs dernières dispositions pour l'assaut ; au jour, ils constatèrent que Beauregard avait fait évacuer les ouvrages pendant la nuit.
Les couleurs de l'Union flottaient sur Morris-Island; par la possession de l'extrémité sud de la rade, le blocus de Gharleston devenait absolu, et rayait du monde commercial ce port, jadis si florissant. G'était assurément un résultat important ; on espérait mieux, sans
se rendre compte que, pour aller plus avant^ il fallait 100,000 hommes, la ville étant au moins aussi forte du côté de la terre que vers le large. En l'état, on voulut faire quelque chose; quel triomphe si, après avoir k peu près démoli Sumter, on pouvait s'y établir! Gillmore désirait tenter l'aventure ; Dahlgren réclama, pour la flotte, l'honneur de l'entreprise, jugée exclusivement maritime; il s'entendait médiocrement avec le général, qui le laissa paisiblement chercher une rude leçon. Dans la nuit du 7 au 8 septembre 1863, une trentaine d'embarcations, montées par des matelots et des soldats de marine, se dirigèrent silencieusement vers le fort Sumter. La garnison faisait bonne garde ; à un signal donné, le fort s'éclaire, les batteries de la rade ouvrent le feu ; tout ce qui a été débarqué, le chef de l'expédition et son état-major, restent aux mains de l'ennemi. Ce fut la dernière tentative sur Charleston.
Gillmore perfectionna les ouvrages enlevés à l'ennemi, continua le bombardement de la ville ou des forts, trouvant, entre temps, le loisir d'envoyer son lieutenant Seymour se faire écraser en Floride; il vécut de plus en plus mal avec Dahlgren et la campagne finit en quôue de poisson.
La malheureuse ville, si bien fortifiée par Beauregard, tomba, le 17 février 1865, aux mains des Fédéraux ; ceux qui l'avaient en partie détruite (1863-1864) n'étaient pour rien dans sa chute ; la ville sainte de la rébellion fut évacuée, par ses défenseurs, à l'approche de Sherman, remontant de Savannah vers Richmond.
« Ce port qui fut, dans sa prospérité, le foyer d'une « grande activité commerciale, n'offre plus aujour- « d'hui (mars 1865) qu'un tableau de misère. Le canon <( y a accumulé les ruines; il est peu de maisons
GHARLESTON. 2i3
et d'édifices publics qui ne portent quelque trace des boulets fédéraux ; beaucoup sont complètement détryits.La population, précédemment de 50,000 âmes est réduite à moins de moitié ; il ne reste plus que la classe la plus pauvre et le dénûment de cette po^ pulation privée de toute industrie est vraiment affreux. Dans la masse, se trouvent un grand nombre d'hommes de couleur. Les rues sont couvertes de décombres, provenant des maisons incendiées par le bombardement; ce sont des monceaux de briques brisées, de poutres à demi consumées, de débris de toutes sortes, qui jonchent les voies publiques. Ceux qui se font un jeu de la guerre devraient venir méditer sur cet amas de ruines. La vue de tant de maux est la meilleure leçon qu'ils puissent recevoir, s'ils ont encore quelque chose d'humain dans la poitrine.
« Le fort Sumter présente le coup d'œil le plus bizarre ; on a peine à concevoir quïl pût encore offrir quelque résistance. Rien ne ressemble moins à un ouvrage fortifié que cette masse informe de décombres. Il ne reste plus une seule portion du mur primitif sur les faces battues par les canons des assiégeants. Du côté du port et du fort Wagner, on croit voir un amas de ruines anciennes. Les casemates, les arceaux, les piliers, les parapets sont entièrement démolis, pulvérisés. Du côté de Gharleston et du fort Moultrie, on voit encore quelques pans de
% mur debout. Dans Tétat où se trouve la forteresse, il eût été impossible d'y placer des canons, si Ton n'avait eu recours à des sacs de terre. Les assiégés réparaient incessamment leurs brèches et employaient à cet usage le sable du fond du port. »
(Lettre d'un témoin oculaire.)
Cette destruction progressive, scientifique, d'une ville que Ton sait pertinemment ne pouvoir réduire* de la sorte est unique dans les annales de la guerre. Charleston n'étant pas investie, le bombardement ne pouvait mener à rien ; les abolitionnistes, malgré leurs déclarations humanitaires, ne se laissaient pas attendrir par des considérations philanthropiques.
GHANGBLLORSVILLB, DEUXIÈME INVAStON DU BIARYLAND, 6ETTYSBURG ET VXGKSBURG
A la fin d'avril 1863, les deux armées de Virginie campaient encore autour de Fredericksburg, séparées parleRappahannock. Un vaste plan, élaboré par Halleck — les plans de Halleck étaient toujours fort compliqués — devait s'exécuter aux premiers beaux jours. Grant, Banks, le long du Mississipi, avaient pour objectif, concurremment avec les flottes de Porter et de Farragut, la libération du grand fleuve, barré à Vicksburg et Port-Hudson. Dans le Tennessee, Rosecrans s'opposerait à toute diversion tendant à entraver Tentreprise principale et marcherait en ayant, suivant les circonstances; Dupont et Hunter feraient tomber Charléston par un coup de force ; enfin Foster et Peck, avec Tancien corps expéditionnaire de Burnside considéra^ blement augmenté, menaceraient Richmond parle Sud, tandis que la grande armée refoulerait les troupes de Lee sur la capitale confédérée.
La mission de résister à ces attaques multiples était confiée, dans l'Ouest, à Bragg et Pemberton, dans l'Est à Lee et Beauregard. Ce dernier ayant réclamé du renfort, le général en chef confédéré détacha Longstreet dans les Carolines, toujours prêt à se sacrifier pout là
216 GHAPÏTRE XI.
cause commune, ne gardant, sur le Rappahannock, que Jackson, Hill et la cavalerie de Stuart, en tout 50,000 hommes. Il se fiait à la force de ses positions en arrière de Fredericksburg, à la solidité de ses troupes et, peut-être, bien qu'il fût le plus modeste des hommes, à son éclatante supériorité militaire.
Dans ces graves circonstances, il se montre également admirable par son caJme devant les démonstrations de Tennemi tant qu'il n'en a pas complètement deviné les intentions, et sa foudroyante rapidité d'exécution lorsque son parti est pris.
Le 27 avril 1863, Hooker entre en action, désirant livrer bataille avant le congédiement d'un grand nombre de vétérans des anciennes campagnes, dont l'engagement touchait à son terme. Avec juste raison, il tenait à profiter de l'intégralité des 130,000 hommes dont il avait fait, sinon « la plus belle armée du « monde », du moins des troupes fort présentables et animées d'un excellent esprit. Pendant qu'une diversion opérée par Sedgwick retiendrait les Confédérés dans leurs lignes des Maryes-Heights , Hooker avait résolu de tourner leurs positions pour jeter, sur leur flanc gauche et sur leurs derrières, la grande masse de ses troupes, 80,000 hommes au moins. En quarante-huit heures, le mouvement s'accomplit avec succès; le 30 avril, Hooker établit son quartier général à Chancellorsville, au delà du Rappahannock et du Rapidan, à seize kilomètres dans l'ouest de Fredericksburg, au milieu d'un pays montueux, sauvage, admirablement caractérisé par son nom de Wilderness ; devant Fredericksburg, trois corps d'armée avaient effectué convenablement les démonstrations prescrites; le général en chef rappela le 3® corps, mis à la disposition de Sedgwick et, dans un ordre du jour resté célèbre, ven-
GHANCELLORSVILLE. 217
dit à ses soldats la peau de Tours vivant : « Il ne reste « plus à l'ennemi, » écrivait-il, « qu'à fuir honteuse- « ment ou à sortir de ses défenses, pour venir livrer « bataille sur noire terrain, où l'attend une destruction « certaine. »
Lee fut-il abusé par le bruit fait devant Fredericksburg? — C'est au moins douteux ; sous la date des 28 et 29, les rapports de Stuart à son général en chef mentionnent le passage de forces imposantes aux gués du Rappahannock qui, malgré leur voisinage des positions confédérées, ne furent pas défendus. En outre, dès le 29, Lee renforce sa gauche, sous le général Anderson, lui donnant l'ordre de « tenir ferme, quoi qu'il arrive à Salem », à mi-distance entre Fredericksburg et Chancellorsville. Cela ressemble fort aux précautions d'un chef prudent, parfaitement en éveil de ce côté, mais ne voulant agir que sur des certitudes.
Le 30, la conviction de Lee était faite ; l'attaque par leDeep-Run, au sud de Fredericksburg, était une feinte, l'incursion sur ses derrières de Stoneman avec toute la cavalerie fédérale, une promenade militaire ; la pointe sur sa gauche présentait seule de l'importance. Avec la rapide intuition des grands capitaines, il prend son parti sur 1 heure ; deux brigades, sous Early, garderont les collines fortifiées de Maryes-Heights ; Fitz Hugh Lee, avec quelques régiments, observera Stoneman, sans engager d'action sérieuse contre ses 10,000 cavaliers ; le général en chef, avec le gros de l'armée, se portera au-devant de Hooker, dans le Wilderness. Où rencontrera-t-on l'ennemi, qu'il faut battre promptement, sous peine d'être pris entre deux feux si Sedgwick réussit à forcer les lignes de Fredericksburg ? Là est le point capital devant décider de la campagne.
Les colonnes de Hooker, qui déjà débouchaient du
Wilderness dans un pays moins accidenté, où elles pouvaient se déployer librement, ont reçu l'ordre dereprendre leurs premières positions et s'entassent dans une sorte de camp retranché. En apprenant cet incroyable arrêt d'un çiouvement stratégique bien entamé, tee et Jackson se réjouissent. Puisque Hooker s'enferme dans une forteresse au milieu des bois, on pourra manœuvrer, à son gré, sur ses flancs et peut-être sur ses derrières. Jackson se met en route, le soir même, avec trois divisions ; Lee, qui reste avec deux seulement devant les 100,000 hommes de Hooker, n'hésite pas à occuper le terrain si bénévolement abandonné parles Fédéraux. Son faible effectif, déployé en rideau, abuse complètement son adversaire, qui emploie toute la journée du 1«' mai à perfectionner ses défenses. Sa cavalerie, qu'il a envoyée tout entière au loin, ne réclaire plus, et ses corps, perdus dans les bois, se gardent avec la plus coupable négligence. Pendant ce temps, Jackson défile à petite distance. Tout le jour, on entend le bruit des caissons, des canons à l'extrême droite de l'armée ; on en rend compte au général en chef. « Ce sont les Confédérés qui reculent sur Gordonsville » ; et il ne donne aucun ordre pour les attaquer. Le onzième corps capture un bataillon Géorgien tout entier ; pas un prisonnier ne laisse échapper un renseignement, une indication, une parole imprudente permettant de soupçonner que Jackson vient de dépasser l'extrême droite des positions fédérales. « Ce sont des traînards démoralisés », dit-on dans les ran^s de l'Union, et Hooker télégraphie à Sedgwick : « Poursuivez vigoureusement l'ennemi ; nous savons qu'il est en pleine fuite, essayant de sauver ses trains. »
H fallut «n rabattre; le H® corps, composé -en grande partie d'Allemands commandés par des officiers
GHANCELLORSVILLE. 219
ayant fait la guerre sur le Rhin, (1848-49),occupait, en raison de sa réputation de solidité, le poste le plus dangereux : l'aile droite. Son chef, le général Howard, se voyant, pour ainsi dire, noyé dans un océan de verdure, signale au général en chef sa position périlleuse, lui faisant part des bruits entendus sous bois depuis quarante-huit heures. Imperturbable dans sa confiance, « Fighting Joë » retire des troupes de sa droite pour renforcer le centre devant lequel Lee menait grand tapage avec ses deux divisions; puis, agréablement goguenard, il raille les in(}uiétudes de son lieutenant; tant et si bien que Howard partage sa présomptueuse assurance.
On touchait pourtant au moment de la crise ; le 2 mai 1863, à six heures du soir, les colonnes de Jackson débouchent, comme un ouragan, sur les derrières mêmes du 11* corps; des régiments entiers abandonnent leurs armes encore en faisceaux ; pris d'une panique sans nom, d'autres lâchent pied, aux premières volées de mitraille sortant de fourrés où nul ne soupçonnait la présence de l'ennemi ; celui-ci attaque en masses profondes et s'avance app.uyé par son artillerie; tout fuit, le drapeau confédéré se déploie sur les retranchements élevés pour défendre le 11« corps. L'artillerie fédérale est abandonnée par ses défenseurs ; Pleasanton démonte deux régiments de cavalerie et met en batterie les pièces veuves de leurs servants ;*Sickles, le pistolet au poing, essaie vainement d'arrêter les fuyards ; enfin la division Berry ^ lient ferme ; la nuit est tombée, les obus ont mis le feu
* Major général Hiram George Berry y né à Rockland (Maine) le 27 août i824, tué à Ghancellorsyille, le 3 mai 1863. Ouvrier charpentier dans sa jeunesse, puis matelot, ensuite représen*
aux arbres; en arrière de la division Berry, un flot confus de fuyards, de caissons, de pièces attelées, roule tumultueusement vers Ghancellorsville. Accouru à neuf heures sur les lieux, Hooker fait des prodiges pour reformer sa ligne ; Howard qui, dans cette soirée, fut au-dessus de tout éloge, parvient à rallier une partie du !!• corps; à minuit les coups de feu cessèrent peu à peu; cependant nul ne se coucha dans Tarmée fédérale, plus ébranlée par Teffet moral de la surprise que par les résultats matériels du combat.
Les Confédérés avaient pris 1000 hommes, sept canons et s'étaient établis sur Jes positions du il« corps ; ils gardaient le bénéfice de l'offensive, d'une première attaque couronnée de succès; mais ils venaient de perdre leur meilleur général, Jackson, frappé par ses propres soldats, au moment où il préparait un nouvel assaut pour s'emparer du gué de Banks, sur les derrières de Hooker, et pousser à ses dernières conséquences la manœuvre si heureusement commencée. La fortune faisait, pour le commandant fédéral, plus qu'il ne méritait ; elle privait Lee de son meilleur auxiliaire quand une exécution parfaite de ses combinaisons était indispensable à leur s.uccès.
Au moment où la blessure de Jackson désorganisait
tant de sa ville natale à la Législature d'£tat, puis maire de Rockland ; organisateur de milices fort bien disciplinées. Au début de la guerre, élu colonel du 4^ régiment du Maine. Campagne de Virginie. Brigadier général, le 4 avril 4862 ; campagne de la Péninsule, du Rappahannock , du Maryland. Major général (29 nov. 4862) et confirmé par le Sénat, le 9 mars 1863. Se distingua le premier jour de Chancellorsville. Tué raide, le lendemain, en menant une de ses brigades à l'ennemi. Homme aimable, d'une grande pureté de moeurs^ très aimé ; d'une bravoure exceptionnelle.
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Tattaque, la défense avait, ou allait avoir, dix-sept divisions, soit plus de 100,000 hommes. 11 est vrai que Hooker les parqua si maladroitement dans un espace restreint que la moitié seulement d'entre eux prit part à Faction. A Taube, la lutte s'engagea de plus belle. « Alors commença, » dit un témoin oculaire, M. le général de Trobriand, « une bataille enragée, dont le « troisième corps eut encore à soutenir le principal « effort. L'ennemi avançait en trois lignes, soutenues « par de fortes réserves, entre la grande route et le « terrain où ses canons remplaçaient ceux que Plea- « santon avait si bien défendus. Le mouvement était « donc simplement la continuation de ceJui qui, la « veille, avait balayé le 11« corps. La résistance fut (( terrible, acharnée comme l'attaque ; les feux de l'ar- « tillerie et de l'infanterie fauchaient les rangs des « Confédérés; mais, plus il en tombait, plus il en arri- « vait, et ils continuaient à avancer en criant : Jackson, « remember Jackson I Ils étaient furieux de la mort de « leur général et avides de la venger. »
En attendant l'arrivée de Stuart, envoyé par le grand quartier général pour succéder à Jackson, Hill dirige Taile gauche séparatiste ; il est blessé, aux premiers coups de feu. A peine sur le lieu du combat, Stuart s'engage vigoureusement et prolonge son attaque vers les gués de la rivière. Lee, qui a mis quarante pièces en batterie sur son front, couvre de leur feu le centre fédéral, qu'il démolit à coups de canon ; il parvient à le déloger du plateau de Ghancellorsville. Atteint par la chute d'une poutre dans la maison qui lui servait de quartier général, Hooker reste plusieurs heures sans connaissance; l'armée se bat comme elle peut, droit devant elle, au hasard. Stuart et Lee font leur jonction sur le plateau et les Fédéraux se replient
dans une position encore plus resserrée où leur général veut, cette fois, tenir à. outrance. La bataille se termine, de ce côté, à deux heures de Taprès-midi ; il était temps pour les Confédérés. Lee avait reçu de Fredericksburg de mauvaises* nouvelles; Sedgwick venait d'enlever les Maryes-Heights ; il marchait au canon, vers Ghancellorsville, refoulant une partie des troupes laissées à la garde des communications; à quatre heures de Taprèsmidi (dimanche, 3 mai), il atteignait Salem, à michemin de Fredericksburg et de Ghancellorsville ; l'armée Sudiste allait être prise entre deux feux.
Laissant devant Hooker, enfermé dans ses lignes comme un sanglier dans sa bauge, assez de monde pour l'observer, Lee continue à le faire canonner à outrance; mais il envoie des renforts à Barksdale, qui tient à Salem contre Sedgwick et arrête sa pointe dangereuse. Le lendemain, il prend la direction effective du combat, fait attaquer les Fédéraux de front, en flanc et les rejette sur le Rappahannock ; pendant la nuit, Sedgwick, fort maltraité, met ses divisions en sûreté, de l'autre côté de la rivière, qu'il franchit au gué de Banks. Pendant ce temps, Hooker n'a pas bougé. Qu'a donc fait « Joseph le batailleur » de sa fougue guerrière ? L'infatigable Lee revient sur lui ; il pleut à torrents à partir de midi ; ses troupes sont épuisées ; il remet l'attaque au lendemain; les Fédéraux n'attendent pas le choc; dans la nuit du 5 au 6, ils repassent la rivière, à la faveur de l'orage, sur des ponts recouverts de branchages et de paille.
Cette suite d'opérations . constitue la bataille de Chancellorsville. Grâce au talent de leur général 50,000 Confédérés faisaient reculer 130,000 abolitionnistes. Hooker abandonnait, sur le champ de bataille, ses blessés sans secours, ses morts sans sépulture ; son
GHA.NGELLORSVILLE. 223
armée était diminuée de 17,000 hommes, dont 2,000 tués et 5,000 prisonniers; le Sud perdait environ 5,000 hommes, dont 1000 morts, plus 2,000 prisonniers; mais sa victoire portait un voile de deuil. Jackson ne devait pas survivre à ses blessures ; après avoir langui quelques jours, il succomba, à peine âgé de trente-sept ans ; il ne fut pas remplacé.
« Pendant les journées de Chancellorsville, Hooker « avait montré, en même temps que son incapacité à « mouvoir, de grandes masses, beaucoup d'aplomb per- « sonnel devant le danger; il ne montra pas moins « d'aplomb devant le pays en publiant, le 8 mai, un « ordre du jour de félicitation à ses troupes,, qui fut le « seul rapport officiel rendu public par Tétat-major << général. » (Colonel Le Comte.)
Lu froidement, à distance des événements et sans parti pris, eet ordre du jour a tous les caractères d'une mystification ; il parle de 5,000 prisonniers faits à Tennemi et de 18,000 hommes mis hors de combat. De plus, il constate que, le dernier jour, l'armée fédérale a refusé la bataille parce qu'elle était sur un mativais terrain. A qui la faute, sinon à celui qui l'avait choisi, ou s'y était laissé acculer ? En outre, il dit que les Confédérés n'osèrent poursuivre leur succès. Alors pourquoi effectuer la retraite de nuit et garnir les ponts de paille en vue d'éviter le bruit ?
Le vrai, c'est que, désorienté par la débandade da 2 mai, Hooker tergiversa, ne sut prendre aucune résolution virile et, soit impéritie, soit blessure, « se laissa « battre par une armée fort inférieure en nombre, « ainsi qu'en organisation, en armement, en équipe- « ment, et tout ce qui constitue une vraie troupe, « mais résolue, active et bien dirigée. »
L'opinion publique ne prit pas le change : Chancel-
lorsville fut considérée comme un désastre ; on se montra d'autant plus sévère qu'on avait plus espéré ; une seconde invasion du Maryland était à craindre et le Président ordonnait à Hooker de couvrir, avant tout, Washington. Qu'allaient faire les Confédérés ? Lee réussit admirablement à garder le secret de ses opérations ; on ignorait tout de l'armée Sudiste lorsque, le 13 juin 1863, le général Milroy, commandant à Winchester, se vit subitement investi par des forces écrasantes ; il résista quarante-huit heures, espérant des secours ; abandonné à ses propres moyens, il essaya de percer à travers l'ennemi, perdit 2,000 hommes, 23 canons et vit se débander à peu près toute sa division ; le même jour Rode s'emparait de Martinsburg et des immenses approvisionnements réunis sur ce point. On était fixé désormais ; Lee recommençait la campagne interrompue à l'Antietam. Après Chancellorsville, il était allé conférer avec JeflFerson Davis sur la suite de la guerre. A son avis, il importait, avant tout, de débloquer Vicksburg, fortement menacé. Le Président se rejeta sur la disette, qui sévissait dans le Sud, et la nécessité d'aller faire des razzias dans les riches plaines du Nord ; on manquait d'armes, de matériel de guerre, d'approvisionnements. Il fallait porter de nouveau la guerre en territoire ennemi. Le général confédéré obéit. Croyait-il, plus que la première fois, au succès définitif avec les moyens dont il disposait? — Officiellement, on n'a pas de preuves ; mais on peut se prononcer nettement pour la négative, si l'on s'en rapporte à ses papiers de famille. L'armée de Virginie, même avec le corps de Longstreet, ne suffisait pas pour lutter, en pays ennemi, contre celle de Hooker, la garnison de Washington et les corps dont la formation était à prévoir.
Lee pria Jefferson Davis de le faire appuyer, tout au moins, par une démonstration des 40,000 hommes de Beauregard contre Washington. Le Président refusa et, rejetant toutes les objections stratégiques, ordonna péremptoirement la marche en avant. Voilà pour la question militaire. Mais si, craignant de laisser Richmond sans défense, il prescrivit à son général victorieux d'agir seul, il lui promit un secours, d'une autre nature, dont l'intervention pouvait changer la face des événements. Le parti « copper-head » s'agitait bruyamment, votait des motions de blâme contre Lincoln, Hooker, Halleck, réclamant la paix à grands cris. Cette effervescence, durement réprimée au début, cachait un vaste mouvement politique tendant à la reconnaissance. du gouvernement de Richmond; on attendait, de jour en jour, l'explosion et il fallait être à portée pour marcher sur la capitale ou sur Baltimore livrées à l'émeute. Dans cet espoir, Jefferson Davis, sentant la Confédération épuisée déjà d'hommes et de ressources, avait bridé le pays pour un dernier effort, comptant sur la révolution pour désorganiser la résistance.
Aussi voyons-nous Lee, qui vient de montrer l'activité, la décision des premiers hommes de guerre, hésiter tout à coup, faire des razzias, envoyer ses prises en Virginie, marcher à petites journées, s'allonger en colonnes interminables, comme pour battre simplement le pays. Pendant qu'il remonte au Nord, poussant Ewell, bien au delà de Chambersburg, Stuart court les aventures ; la seconde quinzaine de juin est occupée par ses pointes, plus ou moins heureuses, au cours desquelles il ramasse quelque butin, mais ne fait pas son métier d'éclaireur de l'armée, le fédéral Kilpatrick ayant réussi à le séparer de son général en chef.
Contre l'espérance des Séparatistes, l'invasion, loin
tm
de surexciter les rancunes politiques, fit taire momentanément toute récrimination. Le Maryland ne se montra pas plus favorable que la première fois, la Pensylvanie arma ses milices en quinze jours et, les manifestations promises ne se produisant pas, Lee se retrouva, comme Tannée précédente, menacé par une armée au moins égale à la sienne et isolé au milieu d'une population hostile. Il avait, pourtant, pris ses mesures pour que ses troupes observassent la plus sévère discipline; son ordre du jour du 27 juin 1863, daté de son quartier général de Chambersburg, s'inspire des plus nobles sentiments; il est presque surprenant, sous la plume d'un Virginien auquel la guerre avait pris son avenir militaire et sa fortune.
Les soldats furent dignes de leur chef; ni pillage, ni incendie, ni déprédation, quelque minime qu'elle fût. Accueillis plus que froidement par les populations, ils gardèrent une modération parfaite : « Voilà Tannée « de Pharaon qui traverse la mer Rouge ! » s'écriaient les femmes sur leur passage ; — ils souriaient sans mot dire. Quelques-unes, plus provocantes, leur montraient, avec affectation, des rubans ou des bouquets aux couleurs de l'Union, (f Prenez garde, madame, les soldats « de Lee montent à Tassant des positions où flottent c( les drapeaux ennemis ! » La dame, qui avait sur la poitrine une cocarde reproduisant Tétendard national, rougit et se retira.
Et c'étaient des Texiens qui parlaient ainsi, des hommes à demi sauvages, à Tapparence la plus misérable, portant pour vêtements des lambeaux de vieux tapis, la plupart chaussés de bottes éculées, quelquesuns nu-pieds ; malgré lout, pleins de bonne humeur, ^'entrain, de confiance en leur général, le chevale-
=jque Hood.
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Lee avait même défendu les visites domiciliaires pour rechercher les vivres ; en dépit de tant de ménagements, il ne vit pas le pays se rallier à la cause esclavagiste. Les difficultés de sa position ne le découragèrent point ; il résolut de faire le jeu jusqu'au bout, attendant une veine heureuse qui, seule, pouvait amener le triomphe de la Confédération. Son espoir fut déçu à Gettysburg*; mais, dans le camp fédéral, ce n'était plus Hooker qui tenait les cartes ; il venait de donner sa démission. Le Président qui, le 14, écrivait au vaincu de Ghancellorsville pour le fortifier par un témoignage public de sa confiance, l'abandonne complètement, quinze jours après, sur une question de détail; 10,000 hommes de troupes excellentes gardaient, à Harpers-Ferry une position d'importance nulle. Hooker réclama leur incorporation dans Tarmée du Potomac ; naturellement, Halleck rejeta sa demande ; le premier en référa au Président, qui le rappela aux règles de la hiérarchie ; en réponse, il proposa de résigner son commandement ; on le prit au mot et « Tarmée changea de chef comme un convoi de che- « min de fer change de mécanicien, en continuant sa « route ». (R. de Trobriand.)
* L'erreur de calcul de Jeflferson Davis ne fut pas grande : dix jours seulement après Gettysburg, une horrible émeute éclata à New-York ; la conscription fut le prétexte de manifestations déplorables.- La populace, maltresse de la yille, se livra, pendant quatre jours, à d*épouvantables excès ; pillage, incendie, démolition de maison, cadavres brûlés, nègres pendus. Les émeutiers déchirèrent partout le drapeau de l'Union et le traînèrent dans la boue.
La force armée rétablit Tordre après la mort de plus de 300 personnes et des dégâts évalués à plusieurs millions. Des mouvements semblables se produisirent à Boston, Baltimore et
Dans sa disgrâce, Hooker eût pu se consoler en pensant que sa chute avait servi son successeur ; la garnison de Harpers-Ferry, qu'on lui refusait obstinément, fut gracieusement offerte à Meade ; Halleck est là tout entier : le Garnot Américain ressemble beaucoup plus au duc d'Otrante qu'à l'organisateur de la victoire.
Le nouveau général en chef remplaçait Hooker comme celui-ci avait relevé Burnside : au pied levé ; mais, plus réservé, plus discipliné, de meilleure éducation, il n'avait brigué aucune faveur, restant, jusqu'au dernier jour, le plus subordonné des lieutenants.
Il fallait une âme bien trempée pour ne pas reculer devant une semblable responsabilité ; sans forfanterie ni faiblesse, Meade entra de plain-pied dans son rôle, prenant, sur l'heure, la direction effective des opérations. « Les destinées de la nation étaient remises « entre ses mains; vainqueur, il pouvait sauver la « République ; vaincu, il donnait peut-être le signal « d'une débâcle générale et Lee entrait en triompha- « teur au Gapitole. » (Elisée Reclus.) Le 29, il transfère son quartier général sur la frontière de Pensylvanie et pousse des reconnaissances vers Geltysburg, position importante où aboutissent dix routes et un chemin de fer. Les Gonfédérés, de leur côté, mal éclairés depuis les courses aventureuses de Stuart, marchaient aussi sur Gettysburg sans y soupçonner la présence des Fédéraux. Le V juillet 1863, les deux avant-gardes se trouvent en présence au N.-O, de la ville : Hill d'un côté, Reynolds et Hov^ard de l'autre.
dansquelques autres grandes yiHes; suivant toutes probabilités, le mot d'ordre Tenait de Richmond. La bombe éclata quinze jours trop tard ; Lee avait repassé le Potomac et Vicksburg était au pouvoir de Grant.
Les Fédéraux attaquent et ont d'abord l'avantage ; après avoir cédé un moment, Hill reprend Toffensive ; Reynolds* est tué; Howard commande les deux corps; à deux heures, Ewell, qui rallie du Nord, débouche sur le flanc des Fédéraux ; ils se forment en croissant, couvrant Gettysburg ; l'action devient très vive ; à quatre heures, Howard, rejeté au delà de la ville, s'établit sur les hauteurs du cimetière, après avoir perdu 6,000 hommes et 10 canons ; le premier corps était à peu près anéanti. 11 restait assez de temps pour essayer avant la nuit une attaque sur les formidables positions du cimetière que les Fédéraux devaient rendre inexpugnables. Hancock venait de leur amener un nouveau corps d'armée ; cependant, l'assaut présentait de grandes chances de succès, les troupes qui avaient combattu pendant la journée étant cruellement éprouvées; ce qui le prouve surabondamment, c'est qu'il faillit réussir le lende-
1 Major général John Fulton Reynolds^ né à Lancaster (Pensylvanie) en 1820 ; tué à Gettysburg le 1« juillet 1863. Sorti de West-Point, enl84i, dans rartillerie. Campagne du Mexique; breveté capitaine et major. Sert ensuite dans TGuest et aux territoires Indiens. 1852, attaché au général Wool; 3 mars 1855, capitaine au 3' régiment d*artillerie ; 14 mai 1861, lieutenant-colonel au 14' régiment d'infanterie régulière ; 20 août 1861, brigadier général de volontaires ; commande la première brigade de volontaires Pensylvaniens sous Mac-Gall. Fait prisonnier à Gharles-City-Cross-Roads; nommé successivement colonel et brigadier général de réguliers; échangé et mis à la tête du !•' corps de l'armée du Potomac; bataille de Fredericksburg. En réserve à Ghancellorsville ; commandait les deux corps formant l'aile droite à GettysTsurg ; tué par un sharpshooter en reconnaissance ; le général avait mis pied à terre pour se rendre mieux compte de la position de l'ennemi ; il reçut, au cou, une balle qui lésa la carotide et mourut presque foudroyé.
main, malgré la venue d'importants renforts. Avec sa vive intelligence, Ewell voulait tenter l'aventure et lancer les vieilles bandes de Jackson ; il demandait à son collègue de le soutenir. Toujours disposé au refus, plus susceptible encore que d'habitude les jours de bataille, HÛl se cabra devant la proposition d'Ewell, croyant y voir un empiétement sur ses droits de chef de corps; il jugea ses troupes hors d'état de fournir un nouvel efiTort ; il est vrai qu'elles marchaient ou combattaient depuis le matin. De son côté, Ewell fut toujours un médiocre diplomate; on ne put s'entendre et la nuit vint sans qu'on eût rien fait.
Robert Lee, qui pressait la marche de Longstreet, n'était pas sur le champ de bataille ; il eût certainement tranché le différend en faveur d'Ewell et, comme Hill s'inclinait toujours de bonne grâce devant son illustre chef, les deux irascibles généraux eussent rivalisé d'efforts contre l'ennemi.
Qui peut affirmer que le sort de la bataille fût resté le même si, le l®*" juillet, les colUnes du cimetière étaient tombées au pouvoir des Confédérés? Le général Meade avait, il est vrai, songé à prendre une position défensive sur le Pipe-Greek, affluent du Monocacy, environ, douze milles en arrière de Gettysburg; mais, outre qu'elle n'offrait pas les mêmes avantages naturels, le mouvement de recul nécessité par la concentration sur ce point pouvait amener de graves complications en présence d'une armée victorieuse le premier jour. L'opinion unanime des stratégistes est que Lee fut mal servi par la fortune en ne se trouvant pas, le i^r juillet au soir, sur le champ de bataille, où son intervention personnelle eût probablement changé la face des événements.
Quoi qu'il en soit, la première manche était gagnée
par les Confédérés ; les journaux de Washington le reconnurent sans ambages : « On ne peut résister au « destin. Ewell, avec ses vieilles troupes dont la « renommée est historique, fît pencher la balance en « faveur du Sud. De braves gens durent céder le pas à « d*aussi braves, mais plus nombreux. Le 11» corps, « en battant en retraite, laissait à découvert le flanc « du 1»' corps ; c'était à Howard, à ce héros chrétien « à sauver T armée. La colline du cimetière devint le « centre de ses opérations. Dès que les rebelles se (( trouvèrent engagés dans les rues de la ville, une « volée de mitraille des batteries établies sur la colline st les arrêta net. »
Malgré cette affirmation péremptoire, Early ramassa, dans les rues de Gettysburg, des milliers de prisonniers ; le tableau des pertes subies par les deux corps engagés est véritablement effrayant. La « brigade de fer. » (1800 hommes au drapeau) ne comptait plus que 700 combattants ; une autre, sur 1500 hommes d'efl'ectif, perdit 50 officiers, 600 tués ou blessés, et 500 prisonniers.
Le succès des Confédérés était dû à la rapidité avec laquelle, dès le premier contact avec l'ennemi, Lee avait concentré ses. corps en marche. Encouragé par ce début, il prit ses dispositions en vue de poursuivre ses avantages et vint se déployer sur le demi-cercle de collines entourant le massif de Gettysburg; Longstreetà droite, Hill au centre, Ewell à gauche. « Toute « la nuit, les canons roulèrent, de part et d'autre, vers « ce point, inconnu la veille, où allait se décider le « sort de la Confédération. » Au premier abord, Lee ne semble pas avoir eu Tintention de Uvrer une grande bataille; la brusque attaque d'Ewell et de Hill, le le' juillet, avait eu pour but, en retardant les Fédé-
raux, de permettre d'évacuer sur ]a Virginie rimmense convoi de l'armée Sudiste ; on manquait de tout à Richmond et le général confédéré tenait à gagner du temps pour sauver son précieux butin ; une fois débarrassé de ses impedimenta^ il saurait bien manœuvrer pour déloger son adversaire; voyant Tenthousiasme de ses troupes, les brillants résultats obtenus le premier jour, il se décida, le 2, à risquer la grosse partie, bien qu'il lui manquât encore une division du corps de Longstreet ; malgré la position avantageuse de l'ennemi, il espérait, en menaçant le centre, rencontrer l'occasion d'enfoncer une des ailes.
Une partie de la journée fut employée à organiser l'attaque et la défense. Meade hérissa de retranchements et de batteries la colline du cimetière, clé de sa position, sur laquelle son ad versaire braqua lamajeure partie de son artillerie. A deux heures, commencement de l'action ; à trois heures, violente attaque de Longstreet et de Hill contre le 3® corps, imprudemment placé en avant et à la gauche de la ligne fédérale ; les Confédérés gagnent du terrain ; Meade tire de son aile droite des renforts qui rétablissent le combat, puis re • poussent les assaillants. Lee, qui a suivi le mouvement, lance par les rues de Gettysburg ses soldats à Tassant du centre ; tentative infructueuse et sanglante; seul Ewell, à la gauche, obtient quelques avantages ; il a failli déborder la position du cimetière ; les Texiens de Hood sont arrivés jusque sur les canons, mais ne peuvent s'y maintenir ; le général parvient cependant à se loger dans quelques retranchements élevés à Textrême droite fédérale.
La journée se terminait plutôt à l'avantage des Confédérés, mais au prix de grandes pertes ; Lee résolut renouveler l'assaut le lendemain; il voulait jouer
sa dernière carte en essayant d'emporter, de haute lutte, la colline du cimetière ; Pickett venait de lui amener sa division, la meilleure de Tarmée; il résolut d'essayer ce que pourrait, contre l'ennemi ébranlé par deux jours de lutte, l'impétuosité de troupes de choix; en cas de réussite, c'était la ruine de l'armée unioniste, coupée en deux ; mais, dès la veille au soir, la position était devenue absolument inexpugnable.
Le 3, aux premières lueurs du jour, les Fédéraux reviennent en force contre Ewell et lui enlèvent le terrain conquis la veille. Le général confédéré tente plusieurs retours offensifs, mais ne s'engage pas avec son impétuosité habituelle ; il fait juste le nécessaire pour retenir à la droite fédérale les renforts envoyés pendant la nuit pour le combattre. L'objectif de Lee est ailleurs. A onze heures, le feu s'éteint sur toute la ligne ; la division Pickett, la moitié du corps de Long- Street se massent dans les bois situés à l'est de Gettysburg ; toute l'artillerie Sudiste se concentre sur les collines battant Cimetery-Hill, où Meade ne peut disposer plus de 80 pièces de canon.
A une heure commence la canonnade ; elle dure, sans interruption, jusqu'à trois heures ; plus de 200 bouches à feu se renvoient la mort d'une hauteur à l'autre. Les artilleurs fédéraux faiblissent ; « l'ennemi « supposa qu'il avait réduit au silence une partie de « nos pièces. Le moment était venu ; il sortit du bois, « où il s'était formé pour l'attaque, et déboucha à décou- « vert dans la plaine. C'était vraiment un beau spec- « tacle. Les tirailleurs, espacés régulièrement s'avan- « çaient les premiers, couvrant le front d'attaque; « derrière eux la division Pickett, déployée sur deux (( lignes, ayant à sa gauche la division Heth et à sa « droite la brigade Wilcox en colonne par bataillons.
« Ils étaient bien de quinze à dix-huit mille et les « nôtres les regardaient venir.
« Quand ils furent à belle portée de mitraille, notre « artillerie ouvrit sur eux un feu écrasant qui faucha (( leurs rangs mais ne les arrêta pas. Ils pressèrent au « contraire le pas^ obliquant seulement à gauche sous a la trombe de projectiles déchaînés sur leur droite « par huit batteries que dirigeait le major Mac-Gilvrày. « Et nos hommes les regardaient toujours venir, « comptant les trouées et sentant bien qu'ils tenaient « la revanche de Fredericksburg.
« La première ligne était arrivée à cent cinquante « mètres environ en face du 2« corps lorsque le front « des divisions Hays et Gibson s'enflamma et redoubla « le carnage par un feu roulant qui, pour les Confé- « dérés, fut le signal de la charge. Tout se précipita « en avant; les rangs achevèrent de se confondre et ne « formèrent plus qu'une masse emportée où les homit mes couraient, roulaient et tombaient pêle-mêle et « où le canon ouvrait des rues. Les officiers, Tépée en « l'air, marchaient au premier rang ; des colonels gui- « daient en avant leurs régiments mitraillés. Leurs « hourras s'entendaient au milieu du fracas de rartil-? ce lerie et de la mousqueterie et ils montaient comme « les flots sur les brisants. C'était leur va-tout. » (R. de Trobriand.)
Ils arrivèrent sur les pièces défendant la première ligne, s'y battirent corps à corps dans une effroyable mêlée, sans pouvoir s'y établir solidement. Assaillie en tête et en flanc, la colonne perdit pied, dut redescendre, sous la mitraille, les pentes jalonnée^ de xîadavres. L'armée Sudiste avait perdue la partie.
La charge de Gettysburg est célèbre, aux Etats-Unis, comme celle des cuirassiers à Waterloo et àReischshof-
fen. Quatre généraux confédérés i furent tués ; un cinquième grièvement blessé; dans Vautre camp, six ofBciers généraux furent atteints, dont quatre * mor-
* Major général William B. Pender, né dans la Caroline du Nord-, en 1833; élève de West-Point de 1850 à 1854; sert d'abord dans Far tillerie, puis au.i" dragons; se distingue dans les escarmouches contre les Indiens (sept. 1858) ; démissionnaire en 1861 ; nommé colonel et, par promotions rapides, deyenu major général commandant une des divisions du corps de Hill. Très brillant officier tué à Gettysburgle 3 juillet 1863.
Brigadier général Lewis A. Armistead, né en Virginie; cadet à West-Point en 1834; 10 juillet 1839^ lieutenant en second au 6" infanterie ; campagne du Mexique ; breveté capitaine et major. A Ghapultepec, il conduisit une des colonnes d*assaut contre la citadelle. Capitaine en mars 1854; en 1859, combat très brillant contre les Indiens en Californie ; démissionnaire au début de la guerre ; brigadier général en 1862. Très brave.
Brigadier général William Barksdale, né dans le comté de Rutherford (Tennessee) le 31 août 1821, élevé à Tuniversité de Nashville ; étudiant en droit à Columbus ; rédacteur dii journal le Démocrate dans lequel il défendait les State*9 Rights ; fait la campagne du Mexique, comme volontaire à l'état-major du 2* Mississipi. Envoyé à la Convention d'Etat en 1851, au Congrès en 1853. Il prit la tête du parti démocrate. D'un caractère très ar- 'dent, il aida M. Brooks, de la Caroline du Sud, à frapper Charles Sumner dans une séance fameuse. En 1861 > il abandonna son siège pour rejoindre Tarmée confédérée ; campagne de Virginie à la tète du 13' Mississipi ; brigadier général, commandant la troisième brigade de la division Early. Tué le 2 juillet 1863.
Brigadier général Richard B, Gamett, né en Virginie; entré au service, en 1841, comme lieutenant en second ; capitaine au 5' infanterie le 9 mai 1855 ; démissionnaire en 1861 ; colonel sous Pegram et Floyd en Virginie occidentale ; promu, peu après, brigadier général ; brave et habile officier tué, le 3 juillet 1863, à Gettysburg, à la tête de sa brigade.
* Brigadier général Stephen H, Weed^ né à New- York en
tellement ; 27 drapeaux restaient entre les mains des vainqueurs.
Terrible échec pour le Sud ; le commencement d'un désastre ; car, si Tennemi prenait immédiatement l'offensive, une large brèche s'ouvrait devant lui pour pénétrer dans les positions Sudistes. Le danger fut conjuré par l'admirable conduite de Lee et de Longstreet. Ce dernier, qu'on avait vu la veille mener un régiment Géorgien à Tassant, marchant, à pied, en tête des colonnes d'attaqué, ne perdit rien de son magnifique sang-froid, grandissant avec le danger. Le «buU-dog », comme l'appelaient ses soldats, se raidissait eu face du danger. Ce taciturne, généralement triste et morose,
1832, sorti de West-Point en 1854, lieutenant au 4' régiment d'artillerie ; fait capitaine à la formation du 5* régiment ; très habile officier, nommé brigadier général pour ses brillants services pendant la campagne de ChancellorsYiile. Tué le 2 juillet 1863 à Gettysburg.
Brigadier général Samuel Kosciusko Zooky né en Pensylvanie (1823), tué à Gettysburg le 2 juillet 1863. Il s'occupa, dans sa jeunesse, de télégraphie, faisant des découvertes qui lui valurent une grande réputation; à vingt-cinq ans, il vint à New-York, entra en rapport avec l'état-major général pour la télégraphie militaire ; en 1857, il fut nommé lieutenant-colonel. Promu colonel en 1861 ; brigadier général, le 29 novembre
Brigadier général Elon J, Farnsworth, né en 1835, dans le comté de Livingstone (Michigan), tué à Gettysburg, le 3 juillet 1863 ; il avait servie dans le Nouveau-Mexique et TUtah, comme attaché à l'administration du Département. £n 1861, il rejoignit le 8* régiment de cavalerie de TlUinois qu*organisait son oncle, le général John F. Farnsworth ; il fut successivement officier payeur et capitaine; en mars 1863, aide de camp de Pleasanton, commandant la cavalerie fédérale ; nommé brigadier général quelques jours avant sa mort.
plaisante sur le champ de bataille pour remonter le moral de son entourage. A Pettigrew qui désespère de rallier ses hommes débandés, il dit en riant : « Rassurez- « vous, général, vos soldats seront bientôt rassemblés ; <t Tenneminous en épargnera la peine à coups de fusil ; « tout à l'heure ils vont marcher trop vite ; » à ses aides de camp, le suppliant d'être moins téméraire ; « On n'est jamais tué que par un balle perdue, » et il renvoie au feu tout ce qui peut tenir un fusil.
« Le général Lee fut admirable, » écrit un officiel* Anglais, attaché à son état-major. A cheval, en avant du bois d'où avait débouché l'attaque malheureuse, il montrait un visage calme et serein à ses troupes ébranlées : « Tout finira bien, » leur disait-il, « nous verrons « plus tard ce qu'il y aura à faire ; mais que mainte- « nant les braves se rallient ; nous avons besoin de « tous les bons soldats ; » à Wilcox qui déplorait la déroute de la brigade : « Allons, courage, général; « tout ceci a été de ma faute. C'est moi qui ai perdu la « bataille et c'est à vous à m'aidera m'en tirer le mieux « possible. )) Le temps n'est plus aux héros d'Homère discourant au milieu de la mêlée ; cependant l'action personnelle de Lee, en cette circonstance, fut indiscutable; malgré Ja défaite, les soldats, les blessés acclamaient leur général trahi par la fortune. « Uncle « Robert nous fera arriver une autre fois à Washing- « ton, »
Les lignes des Confédérés se reformèrent promptement ; contre leur attente, Meade ne chercha pas à compléter son succès ; la nuit et la journée du lendemain se passèrent dans les mêmes positions. Lee attendit vainement que son adversaire vint l'attaquer à son. tour et lui offrir l'occasion d'une revanche. N'ayant plus qu'un jour de munitions, il n'osa reprendre l'of-
fensive. L'armée de Couch menaçait ses communications, French était à Frederic-City, à portée de ses ponts sur le Potomac.
Le 4* juillet 1863, dans l'après-midi, par une pluie* battante, le général Sudiste commença la retraite ; dans ]a nuit, il évacua ses positions emmenant tous ses blessés et 4,000 prisonniers. Il n'entendait pas être serré de trop près. Sedgwick, qui se présenta le 8, au défilé de Fairfîeld, fut reçu de manière à décourager la poursuite. Meade marcha parallèlement à Tennemi, séparé de lui par le Blue-Ridge ; le 12, il trouva son adversaire adossé au Potomac grossi par les pluies ; il voulait attaquer le lendemain; son conseil de* guerre ne partagea point son avis ; il différa de vingt-quatre heures pour recevoir les renforts annoncés par le bureau de la guerre, qui se fondirent avant d'arriver à destination. Dans la nuit du 13 au 14, les Confédérés repassèrent le fleuve, Hill et Longstreet sur un pont de bateaux, Ewell à gué, à Williamsport. Meade captura quelques traînards. L*armée ennemie était en sûreté sur le sol de la Virginie.
Le passage avait duré douze heures. Lee franchit des derniers ; il s'évanouit de fatigue et de besoin après avoir vu ses troupes sur la rive méridionale de la rivière ; il y avait deux jours qu'il ne dormait pas, dixhuit heures qu'il n'était descendu de cheval. Stuart lui procura une tasse de café : il déclara plus tard n'avoir jamais bu rien d'aussi délicieux.
Le général confédéré fut admirable d'énergie à la fin de cette campagne ; tout l'accablait au dernier moment: son fils, grièvement blessé, prisonnier des Fédéraux, £on armée compromise, acculée à un fleuve débordé, après une bataille .perdue. « Ferme sous ce .pesant (c fardeau, il ne se départit jamais du calme jugement
« dont dépendait le salut de son armée, ni de cette mal- « térable douceur qui le rendait Tidole de tous ceux tt qui renlouraient. » (Ghesney-Carapaign in Virginia.)
On reprit les anciennes positions sur le Rappahannock; les deux armées épuisées, diminuées, Tune des troupes de Longstreet envoyées dans l'Ouest, l'autre des 11« et 12» corps expédiés à Chattanooga, n'engagèrent pas d'action décisive; une série de manœuvres du général Lee pour couper les communications de son adversaire avec Washington ne réussit pas et la mauvaise saison mit fin aux hostilités sur ce point.
Quelles furent les forces des deux partis à Gettysburg ? Meade avait huit corps d'armée, comptant chacun 10,000 hommes; en outre, 7,000, sous French, à Frederick-City, et 40,000, sous Heintzelman, à Washington ; quant à ces ahiffres, il n'y a pas de doutes à avoir; ils émanent des documents publiés par les bureaux de la guerre, toujours portés à diminuer l'effectif des armées victorieuses ; il est donc absolument certain que Meade eut cent pièces de canon et 80,000 combattants, qui furent presque tous engagés.
Les forces de son adversaire sont moins faciles à déterminer. Certains historiens les ont évaluées au total, véritablement fantastique, de 105,000 hommes sans se demander par quels moyens l'armée de Lee, inférieure à 52,000 hommes à Ghancellorsville, aurait été doublée par l'adjonction du corps de Longstreet. Gomment la Gonfédération, si pauvre en hommes dès cette époque, eût-elle recruté des soldats pour Beauregard dans les Garolines, Bragg sur le Tennessee, Pemberton et Johnston à Vicksburg, Kirby Smith au Texas, si elle eût réuni sur le Potomac plus de cent mille hornmes ? Les rapports confédérés ne contiennent aucune indication précise sur les effectifs présents à
Geitysburg. Il semble en résulter, cependant, que Lee devait avoir de 70 à 75,000^ combattants ; ce qui concorderait avec les données de certains témoins oculaires évaluant les pertes Sudistes à 30,000 hommes, dont 13,000 prisonniers, soit aux trois septièmes de leur armée. S'il en était autrement, on ne s'expliquerait pas la conduite de Robert Lee, le troisième jour. Aucune raison sérieuse ne motiverait Teffectif relativement restreint de la colonne d'assaut ni les conséquences décisives de son échec. Lee, ayant encore 60,000 hommes, en jette le tiers sur une position déterminée ; c'est un effort considérable, qu'évidemment il ne pourra renouveler; si, au contraire, le général commande à 100,000 hommes il doit en réunir plus de 20,000 au moment opportun pour jouer son va-tout. Lee avait trop de talent pour ne pas agir de la sorte ; s'il charge avec peu de monde, c'est qu'il n'en a pas davantage.
Les probabilités stratégiques viennent donc corroborer les indications d'après lesquelles l'armée Sudiste n'aurait pas dépassé 7*5,000 combattants.
Le Nord achetait chèrement la victoire : 3,000 tués, 14,000 blessés, 7,000 prisonniers ou disparus. Gettysburg fut la journée aux généraux : vingt tombèrent sur le champ de bataille ; le Sud comptait pour quatorze dans cette sanglante hécatombe.
En repoussant l'invasion avant qu'un soulèvement politique vînt doubler les chances des Séparatistes, Georges Meade avait bien réellement sauvé la patrie ; en faisant tomber les fortifications de Vicksburg, Grant porta un coup mortel à la Confédération. Trois jours suffirent pour décider le sort de la révolte. Le 1®' juillet 1863, elle semblait triomphante ; le 4, son écrasement n'était plus qu'une question de temps.
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Vicksburg, dont les défenses prirent, par la suite, une importance considérable, n'avait, au commencement de 1862, d'autre avantage que sa position sur le Mississipi, au saillant d'un coude permettant de battre le fleuve dans le sens du courant et perpendiculairement à lui. Quand Lowell, avec un remarquable coup d'œil militaire, évacua la Nouvelle-Orléans, il comprit qu'il fallait, avant tout, prévenir la jonction de Parragut, remontant du bas Mississipi, avec les canonnières du Commodore Davis et les « rams » du colonel Ëllett, descendant de Memphis. 11 fortifia rapidement quelques points bien choisis et, par des travaux improvisés, grâce à la surprise d'une résistance inattendue, arrêta Farragut à Vicksburg.
En quinze jours, avec des renforts et du matériel venus des régions voisines, Lowell rendit la position assez forte pour repousser des attaques plus sérieuses. Vainement les Fédéraux, désespérant de briser l'obstacle, essayèrent de se creuser un canal coupant le fleuve, en amont et en aval de Vicksburg; on ne remue pas impunément de la terre pendant les grandes chaleurs, sur les rives marécageuses du Mississipi ; des maladies épidémiques forcèrent les assaillants à renoncer à leur entreprise et à regagner la Nouvelle-Orléans, leur base d'opérations. Le Sud profita du répit pour protéger l'embouchure du Red-River, sa seule communication avec les riches territoires de l'Arkansas et du Texas. Port-Hudson au Sud, Vicksburg au Nord fermèrent le passage aux bâtiments fédéraux. Des points intermédiaires bien choisis, Grand-Gulf notamment, furent aussi mis en état de défense et lorsque, à la fin de décembre 1862, Sherman se présenta sur le front nord de ce vaste ensemble fortifié, il en reconnut l'imprenabilité après la perte inutile de 2,000 hommes à Chi-
casaw-Bayou. Un favori de Jefferson Davis, le lieutenant général Pemberton, commandait la région pour le Sud. Ancien officier d'artillerie, très expert en matière de fortifications, il avait judicieusement choisi les positions à fortifier et habilement dirigé la construction des ouvrages. On eut le tort de le faire sortir de sa spécialité pensant que, mieux que personne, il connaîtrait le fort et le faible de son œuvre ; il justifia ce raisonnement quand il repoussa le coup de main de Sherman, mais fut inférieur à sa tâche quand il s'agit de manœuvrer 40,000 hommes. En nommant Pemberton, uniquement sur sa réputation d'homme de main, Jefierson Davis ne poussait pas son opinion jusqu'à sa dernière conséquence logique. Voulant, à tout prix, défendre Vicksburg et, prévoyant les suites désastreuses de sa chute, il devait en confier la garde au plus capable ou au plus audacieux. Puisque StonewallJackson, qui réunissait toutes les qualités de Thomme de guerre, était indispensable à l'armée de Virginie, puisqu'on ne pouvait se passer de Lee pour couvrir Bichmond, le plus capable, c'était le prudent et méthodique Johnston, dont la réserve et la circonspection formaient une antithèse des plus tranchées avec la fougue parfois irréfléchie du Président Davis.
Si Ton avait plus de confiance dans les coups de main, les entreprises hasardeuses, il fallait prendre Van Dorn, le seul des réguliers qui eût vraiment Tinstinct de la guerre de partisans* Voulait-on lui tenir rigueur de son échec immérité devant Gorinth , il fallait choisir Price dont Taudace croissait avec ses cheveux blancs. Si, enfin, on était décidé à tenter tout à fait la fortune, c'était à l'aventureux Morgan qu'il fallait confier la garde de Vicksburg. Aucun de ces trois hommes n'eût laissé Grant accomplir, sans combat, sa
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longue promenade militaire, de Millikens-Bend à Grand- Gulf, que Pemberton regarda, sans même penser à y mettre obstacle; ni V/in Dorn qui, en décembre, avait déterminé la retraite de Grant en se jetant, avec 10,000 hommes, sur les derrières d'une armée cinq fois plus forte ; ni Sterling Price, qui joua toujours ses adversaires; ni Morgan, dont la témérité souvent heureuse est encore légendaire en Kentucky. En essayant de concilier les deux systèmes, on eut tous les inconvénients sans les avantages. Défendu par Joë Johnston, Van Dorn, Price ou Morgan, Vicksburg n'eût pas été investi. Peut-être dira-t-on qu'après un combat heureux Grant se fût introduit dans la place, sur les talons de ses défenseurs. Mais, la nature du terrain s^opposant à une poursuite rapide, la science ou Ténergie des trois généraux cités rendent bien improbable une pareille éventualité. En tout cas, on peut être certain que la garnison n'eût pas capitulé sans avoir essayé de percer les lignes ennemies.
Les Confédérés avaient le plus grand besoin de conserver Vicksburg et Port-Hudson. Deux ordres de motifs, militaires et politiques, leur faisaient une loi de garder, coûte que coûte, le débouché de la rivière Rouge. Bloquée de jour en jour plus étroitement, la Confédération ne pouvait se passer de communiquer avec le Texas dont les produits, descendant la rivière, venaient, par le Mississipi, prendre les voies ferrées se dirigeant vers Richmond. C'est dans ce but qu'ils avaient construit, en amont et en aval, deux solides barrières et couvert de redoutes la partie intermédiaire du grand fleuve.
A un point de vue exclusivement économique ou militaire, la chute de l'une des forteresses enlevait toute importance à la seconde, en permettant le blocus
du Red-River; politiquement, il n'en était pas de même.
En effet, l'Ouest écoule ses produits par les voies fluviales convergeant vers le Mississipi. Si Ton barre ce débouQ^é, on ruine, ou du moins on appauvrit grandement le Missouri, TArkansas, TOhio et les Etats voisins. Quelques-uns d'entre eux, dont la fidélité à rUnion fut au moins douteuse dans les débuts, se lassaient des privations résultant de la guerre civile et de ses conséquences commerciales. La majorité de la population réclamait un accommodement avec les rebelles, faisant bon marché des clauses du traité, pourvu qu'il rouvrît le Mississipi au négoce des Border-States. Lincoln comprit la gravité de la situation ; il fallait briser l'obstacle à tout prix, et le plus tôt possible ; pour faire tomber Vicksburg il donna son meilleur général, sans lui marchander ni les moyens ni la liberté d'action; pour prendre Port- Hudson, Banks eut carte blanche et autant d'hommes qu'il voulut; mais, pour prix de ces concessions, le Président exigea d'autant plus impérieusement le succès que, par une modestie des plus rares, il laissait à ses généraux toute latitude pour exécuter des plans qu'il jugeait mauvais.
La lutte qui s'engagea, dans les premiers mois de 1863, sur le Mississipi, était donc de la plus haute importance. Grant et Pemberton allaient jouer le sort de la Confédération. Jefferson Davis ne s'y trompait pas; dans un message public, il déclara que, si Vicksburg restait à la cause esclavagiste, la Confédération vivrait, mais qu'elle était condamnée, si cette place tombait aux mains de l'ennemi.
Impatient de venger l'échec du 29 décembre 1862, Grant rappela d'Àrkansas-Post, où ils venaient de
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prendre le fort Hindman avec une garnison de 5,000 hommes, les deux corps de Sherman et de Mac- Clernand. 11 s'établit à Youngs-Point, un peu plus bas que l'ancien camp de Millikens-Bend, et y concentra de nombreuses troupes, appuyées par une assez forte division de canonnières et de « rams ». Les reconnaissances poussées contre la place montrèrent qu'elle était difficilement abordable au Nord et par le fleuve. On se résolut à la tourner ; mais il était bien difficile de placer une armée sur un terrain coupé d'innombrables « arroyos », communiquant entre eux et avec le Mississipi. En outre, les trois étages de batteries, établis sur les berges du fleuve, interdisaient le passage aux navires qui auraient pu transporter les troupes dans le sud de Vicksburg. Tant pour occuper les soldats que pour améliorer les communications, on entreprit des travaux gigantesques, dont l'utilité n'était pas absolument démontrée, mais qui pourraient servir ultérieurement, tout en flattant, sur le moment, la propension des Américains à faire grand quand il s'agit de remuer de la terre.
Lors de la première tentative infructueuse, au printemps précédent, les troupes fédérales avaient essayé de creuser un canal qui, devenant la base d'un triangle dont la place occupait le sommet, permettrait de passer du nord au sud de la ville à l'abri de ses redoutables batteries. Le général Grant fît reprendre ce projet; une crue subite bouleversa les travaux et les camps furent préservés à grand'peine de l'inondation. Cela avait occupé tout le mois de février et la première quinzaine de mars. On renonça au canal, mais on essaya d'utiliser les nombreuses nappes d'eau, à courant plus ou moins régulier, qui coulent parallèlement au Mississipi, pour amener les canonnières à New-
Garthage, en dessous de Vicksburg. On essaya même de passer, de rivière en rivière, du lac Providence au Red River, par le Tensas, le Maçon et la Washita. Une autrç fois, on voulut se servir des bayous de la rive gauche en partant du Yazoo. Quand on déboucha dans le fleuve, il fallut rebrousser chemin au plus vite ; une batterie, récemment construite par l'ennemi, commandait la nouvelle voie de communication . Du haut de son observatoire de Vicksburg, Pemberton regardait tranquillement Tarmée fédérale patauger dans les boues et les marécages. Les tentatives hardies, faites par le colonel Ellett et le commodore Porter pour franchir le coude du fleuve sous le feu des batteries, n'avaient eu d'autre résultat que d'augmenter la flottille confédérée de deux bâtiments The Queen of the West et Vlndianola, et d'amener la destruction de plusieurs autres navires.
Endormi dans une apathique indolence, le général confédéré ne semble pas avoir cherché à inquiéter l'ennemi. Cependant, la plus mince prévoyance commandait de ne pas se fier uniquement à la force de la position ; car la fortune allait donner à l'assaillant deux avantages inappréciables. Porter, renouvelant ses tentatives de descente, réussit, dans la nuit du 25 mars 1863, à jeter, au delà de Vicksburg, une canonnière. Elle fut recueillie par le Hartford, battant pavillon de l'amiral Farragut qui, avec un autre bâtiment de son escadre, avait doublé Port-Hudson. Ces trois navires interceptèrent les communications entre les deux grandes places confédérées dont chacune perdit, dès lors, la majeure partie de sa force de résistance. Le blocus devint encore plus étroit quand, à la fin d'avril, Porter rallia l'amiral avec le gros de sa flotte.
Chaque jour apportait aux Fédéraux un nouvel avan-
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tage. Les eaux, en se retirant, découvrirent des routes mauvaises, mais praticables; Fatigué de ses tentatives inutiles au nord de la place, le général Grant résolut de transférer son armée au Sud par la voie de terre ; il maâqua le mouvement par des diversions de la flotte et du corps de Sherman, opérations accessoires qui furent très habilement conduites. Il réunit, aux environs deNew-Garthage, la majeure partie de ses troupes, gardant Millikens-Bend comme base secondaire et camp d'instruction des nombreux renforts qu'on lui envo^^ait incessamment.
Du jour où il toucha la rive gauche, après s'être emparé des batteries de Grand-Gulf, impossibles à défendre du côté de la terre, la chute de Vicksburg devint certaine. Johnston, qui commandait à Jackson, avait fort peu de monde pour organiser une armée de secours; on lui avait pris, pour les enfermer dans la place, une partie de ses troupes, et, par une fatalité singulière, il né put jamais combiner avec Pemberton aucune action d'ensemble. Gelui-ci, qui avait fait bon ménage avec Stuart, de beaucoup son cadet à West- Point, ne put s'entendre avec le prudent Johnston, son aîné de dix ans et son supérieur dans l'armée régulière *. Non content de ne se prêter à aucune de ses combinaisons stratégiques, il lui désobéit formellement, en deux circonstances graves, et son indiscipline l'eût probablement conduit devant un conseil de guerre, s'il n'avait été tué, peu de temps après la capitulation.
Le 1®' mai 1863, Grant passa le fleuve, au-dessous du Grand-Gulf; six divisions fédérales rencontrèrent
* J. Johnston était, en 4860, brigadier général, chargé de rintendance.
à Poii-Gibson, point de jonction de routes importantes, le Confédéré Bowen, avec 8,000 hommes. Celui-ci, après une honorable résistance, évacua Port- Gibson et Grand-Gulf (2 mai). Jusqu'alors Sherman, laissé au nord de la place, avait amusé Pemberton pendant la marche des deux autres corps. Il reçut l'ordre de rejoindre sur la rive gauche du Mississipi et recommença tout seul, sans être sérieusement inquiété, la longue marche de flanc heureusement accomplie par le gros de Tarmée.
A Jackson, malgré la faiblesse de ses ressources, Johnston paraissait encore à craindre ; Sherman marcha contre lui. Le 14, le général confédéré fut écrasé par la supériorité numérique de son adversaire, sans que Pemberton, auquel il avait ordonné de le joindre avec une vingtaine de mille hommes, parfaitement inutiles à Vicksburg, crût devoir obéir à cet ordre. On se demande par quelle aberration il osa répondre à un chef chargé de gloire et d'années que, le gouvernement lui ayant confié le commandement de la place, la quitter serait forfaire à son devoir. Pemberton donnant des leçons d'honneur militaire au vainqueur de Fair-Oaks !
Le résultat était facile à prévoir; après une lutte honorable, Johnston se retira sur Canton sans avoir été entamé; par contre, deux jours après, son lieutenant eut la satisfaction de livrer bataille tout seul, derrière le Bakers-Creek. Sa résistance énergique parut un moment lui donner la victoire; mais il la prolongea trop longtemps, faillit être cerné à Champion-Hill, et, coupé d'une de ses divisions, dut se mettre en retraite, après avoir perdu 4,000 hommes avec 30 canons. Le lendemain, il essaya de tenir sur le Black-River; mais fut définitivement rejeté sur Vicksburg, après de nou-
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velles pertes d'hommes et d'artillerie. Le 19, au matin, Sherman rejoignait, au Nord, le Yazoo, des bords duquel il était parti au commencement du mois, et Tinvestissement de la place, dont il avait fait le tour, était complet.
Grant essaya, suivant sa coutume, de brusquer le mouvement : deux assauts, livrés le 19 et le 22, lui coûtèrent beaucoup de monde sans résultats; v il atta- « qua toute la ligne uniformément et, comme cette « ligne avait de six à huit milles d'étendue, il s'en- (( gagea partout avec des forces insuffisantes et fit des « pertes énormes • *.
On commença un siège régulier; Tissue en était prévue d'avance ; les renforts, que le gouvernement fédéral n'avait pas marchandés, permirent de donner à Sherman six divisions pour observer Johnston, à qui les troupes arrivaient lentement. Les hommes commençaient à manquer à la Confédération; en outre, les transports de troupes, d'approvisionnements, furent, pendant quelques semaines, très pénibles, en raison des dégâts causés aux voies ferrées par l'expédition du colonel fédéral Grierson. Parti, le 47 avril 1863, de La Grange, au sud du Tennessee, avec trois régiments de cavalerie et une batterie d'artillerie, il arriva, le 2 mai, aux avant-postes de Banks, sous Bâton-Rouge, après avoir causé de sérieux dommages à toutes les voies de communication, à Test de Jack* son, et isolé, pour quelque temps, Johnston de ses points de ravitaillement.
Voyant, six semaines après, qu'il manquait de matériel, d'approvisionnements ; que, malgré ses efforts, il ne pouvait dépasser le chiffre de 30,000 hommes, însuf-
* Colonel américain Lippit.
â50 CHAPITRE XI.
fisant pour forcer les lignés d'investîssemenf, Thabile général jugea la place perdue et ordonna formellement à son subordonné de mobiliser toute la garnison, en vue de faire une trouée. Une fois de plus, Pemberton refusa d'obéir et se cantonna dans une défense passive. 11 n'avait pas bougé quand, le 6 et le 12 juin, Taylor et Mac-Gulloch attaquèrent Millikens-Bend avec 5 ou 6,000 partisans ; il resta immobile quand, du 24 au 27, Johnston manœuvra en vue des assiégés, dont il attendait une sortie pour attaquer de son côté. Désespéré de rinaction inexplicable de Pemberton, il se proposait néanmoins de le délivrer par une action décisive ; mais, le sachant approvisionné pour deux mois, il attendait l'arrivée de renforts, envoyés par Kirby Smith, pour assaillir l'armée de siège pendant que trois des chefs séparatistes, Price, Holmes et Marmaduke se porteraient contre le camp d'Helena, au nord de Vicksburg, sur la rive droite du fleuve. Cette attaque des partisans eut lieu, sans succès, le 4 juillet ; elle était d'ailleurs inutile : Grant entrait, le jour même, dans la place assiégée régulièrement depuis sept semaines.
En se retirant, le 27 juin, Johnston avait envoyé à Pemberton un émissaire pour l'informer de ses projets. La communication fut interceptée par les Fédéraux, qui activèrent leurs travaux. Voyant, du haut des maisons, l'armée confédérée disparaître, n'en recevant pas de nouvelles, inquiet sur les suites d'un assaut imminent, aigri par l'insuccès, peut-être par le sentiment de ses fautes, Pemberton capitula, le 4 juillet, livrant à l'ennemi 30,000 hommes, plus de 200 pièces de canon et d'importants approvisionnements.
Les Fédéraux, pressés de conclure au plus vite, firent aux assiégés des conditions très douces. Le succès était
sez beau pour les. disposer à la bienveillance. Le
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lendemain,. Sherman, avec des forces considérables, marcha contre Johnston, concentré à Jackson, où il était rentré avec environ 30,000 hommes. Après trois sanglantes attaques, le 12, 14 et 15 juillet, le général confédéré dut se retirer plus à l'Est, évacuant la ville, qui fut affreusement dévastée par le vainqueur.
La chute de Vicksburg amena celle de Porl-Hudson, où Gardner avait montré d'autres talents que Pemberton. 11 fit preuve de la plus louable activité, inquiéta Fassiégeant par de vigoureuses sorties, souvent heureuses, repoussa trois assauts, et ne capitula qu'après avoir perdu tout espoir de secours. 11 livra, le 9 juillet, à Tennemi 5,000 hommes et 80 canons.
Le cours du Mississipi était aux mains des Fédéraux, du moins en ce qui concerne les positions stratégiques ; car, jusqu'à la fin de la guerre, la sécurité y fut très relative ; les partisans infestèrent continuellement ses rives et saluèrent de balles tout bâtiment unioniste naviguant sur ses eaux. Toutefois, l'effet moral n'en fut pas moins produit et les conséquences politiques de la prise de Vicksburg dépassèrent encore ses résultats militaires.
Cet important succès coûta aux Fédéraux environ 18,000 hommes et 20 bâtiments.
« Ainsi, » dit M. le colonel Ferdinand Le Comte, « se « terminèrent* le siège ou plutôt les opérations de (( Vicksburg ; on en fit grand bruit en Amérique ; mais, « sans contester la grandeur des efforts qu'elles mirent « au jour, nous ne saurions point partager, sans quel- « ques réserves, l'admiration si large qu'on leur avouée»
« La défense a été appelée héroïque et nous croyons,
* La Guerre de Sécession, Paris, Ch» Tanera, éditeur j 6, rue de SaToie. 1867*
« au contraire, qu'elle l'a été fort peu ; elle s'est bor- « née à repousser un seul véritable assaut, celui du « 22 mai. Quant à la faible attaque de Sherman, du « 29 décembre et à l'essai de coup de main de Grant « du 19 mai, nous ne saurions découvrir le grand ce mérite d'en avoir triomphé. Depuis lors, Pemberton « et Grant ne firent que remuer de la terre et la place « se rendit avec des approvisionnements qui auraient « pu la faire tenir encore pendant deux à trois mois. « Ce qu'on a dit des souffrances de la garnison par « manque de rations n'est que pure fable. En rêvante che, la création soudaine de cette place pendant Tété « de 1862, l'érection, plus improvisée encore, des bat- « teries qui arrêtèrent les premiers efforts de Sherman « et de Grant font autant d'honneur au coup d*œil « militaire du gouvernement confédéré qu'aux offî- « ciers du génie et de Tartillerie chargés des travaux « et de l'armement.
a Quant à l'attaque, nous ne saurions également « nous prosterner devant son succès final au point d'en « vouloir ignorer certaines défectuosités de principe.
« Nous ne sommes point encore persuadé de la « nécessité du grand mouvement tournant de Milli- « kens-Bend contre Vicksburg. qui pouvait présenter « de graves périls en face d'un adversaire d'initiative. « Rien n'a prouvé que ce grand apparat stratégique « fût nécessaire et qu'il n'a pas été, suivant l'exprès - « sion vulgaire, chercher midi à quatorze heures*. « Sherman nous paraît, au contraire, avoir vu les
* A la décharge de Grant nous devons dire que le général Mac-Clernand, dans un pompeux rapport sur les opérations de son corps, s'attribue la gloire d'avoir inspiré le mouvement et de ravoir amené par son initiative, commencé non par ordre
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(( choses à la ibis plus simplement et plus justement, « quand il prit son point d'attaque droit devant lui « sur le bas Yazoo et nous sommes enclin à croire que, « si cette même attaque eût été répétée en force, elle « aurait pu réussir aussi bien que celle par le mouve- « ment tournant. En revanche, elle offrait beaucoup « moins de risques par Tappui d'une base et d'une « ligne de communication en parfaite sécurité.
« Une fois le mouvement tournant admis, on pour- « rait encore reprocher au général Grant de s'être « laissé distraire du but principal. Vicksburg, vers un « objectif secondaire et excentrique, Jackson. Arrivé « au Big-Black, à Hankinson-Ferry, il fit de? diversions « contre la place et son opération contre Jackson, tance dis qu'à notre humble avis, c'est tout le contraire « qui eût dû être fait. 11 aurait investi plus vite la « place, il se serait épargné deux combats, dont l'un « risqua un moment de lui être fatal, et il n'aurait que « mieux réussi à diviser les forces de ses deux adver- « saires. En courant sur Jackson, Grant amenait, au « contraire, ceux-ci à se rejoindre et ce ne fut certes « pas sa faute s'ils y manquèrent. Du reste, l'occupac( tion de Jackson n'avait aucune importance militaire ; « son sort dépendait de celui de la place de Vicks- (( burg ; au bout de deux jours, on dut l'abandonner « et elle tomba facilement à la suite de Vicksburg.
« Après cela, on ne doit que des éloges à la persé- « vérance et à l'énergie avec lesquelles le général c< Grant poussa le siège, ainsi qu'à la promptitude du « gouvernement de Washington à lui fournir tous les « renforts dont il eut besoin. »
mais avec la permission seule du commandant on chef. (Note du col. Le Comte).
Ce jugement, d'un écrivain militaire que son caractère, ses idées entraînent vers la cause abolitionniste, résume parfaitement la question, avec, peut-être, trop de sévérité pour Grant et beaucoup d'indulgence à l'égard* de Pemberton. L'auteur, dans une louable recherche de l'impartialité, s'est évidemment défié de ses sympathies en faveur de l'Union ; mais, s'il n'est pas dans la vérité absolue, il la serre de bien près et les opinions émises dans son histoire, écrite au lendemain de la guerre, ont été confirmées par les événements survenus depuis lors, ainsi que par les documents nouveaux récemment livrés à la publicité.
Pour compléter les éléments nécessaires à Tappréciation de cette importante campagne, il ne reste plus qu'à mettre en regard les ressources dont disposaient les deux partis et à se rappeler que les Confédérés furent toujours dans un état d'infériorité marqué en matériel de pontonnage, de charroi et même d'artillerie.
En décembre 1862.
Commandant en chef : Grant 50,000 hommes.
— en sous-ordre et détachés : Sherman 30,000 —
Banks 20,000 —
Flottilles de Farragut, Porter et Ellett.
100,000 hommes.
Commandant en chef : Johnston, à
Jackson 20,000 hommes.
En extrême ayant-garde : Van Dorn. . 10,000 —
A Vicksburg : Pemberton i... 15,000 —
A Port-Hudson : Gardner 6,000 —
Canonnières entre Vicksburg et Port- Hudson i, i . i ,
51,000 hommes*
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En janvier, février, mars 1863.
Grant 75,000 hommes.
Johnston et Van Dorn . 20,000 ) ^ ^^^ Pemberton 40,000) ^'"^
Combats de Port-Gihson (l«'-2 mai).
Fédéraux 25,000 Confédérés 8,000
Combat de Raymond (12 mai).
Fédéraux 20,000 Confédérés 5,000
Combat de Jackson (14 mai).
Fédéraux 45,000 Confédérés \ 8,000
Combat de Cliampion^Hill (1 6 mai) .
Fédéraux 50,000 Confédérés 25,000 '
Combat du Black-River (17 mai).
Fédéraux , 40,000 Confédérés 20,000
Les chiffres qui figurent ci-dessus donnent, aussi approximativement que possible, le nombre des combattants au drapeau. Ceux qui concernent les Fédéraux sont plutôt au-dessous qu'au-dessus de la réalité, Grant ayant reçu des renforts très considérables pendant le printemps de 1863.