‹ La guerre de sécession, 1861-1865Chapitre 16 sur 23 · INVASION DU KENTUCKY · texte numérisé non relu

INVASION DU KENTUCKY

Perryville et de Corinlh. Il devient donc indispensable, pour s'y reconnaître, d'étudier séparément la campagne de Braxton Bragg et de Buell, en Rentucky, et la lutte de Van Dorn contre Rosecrans, sous Corinth.

Dès le commencement de juillet, les confédérés commencent à s'agiter; des incursions de partisans préludent aux mouvements des troupes régulières ; avec un millier d*bommes, John Morgan remonte presque jusqu'à rOhio, se jouant au travers des régiments fédéraux ; un riche butin, plusieurs engagements heureux sont la récompense de son audace.

Deux mois après, nouvelle promenade, marquée par un plus gros succès. Le général R. W. Johnson est pris, à Gallatin (22 août 1862), avec 400 hommes, la moitié de son monde. Les guérillas se multiplient à vue d'œil ; les faubourgs mêmes des grandes villes n'offrent aucune sécurité ; des officiers fédéraux sont enlevés, pendant leur diner dans une maison de campagne, à toucher Nash ville.

Forrest a été moins heureux dans l'ouest du Kentucky ; mais ses opérations, comme celles de Morgan, ont masqué les préparatifs d'une invasion plus sérieuse. La Confédération mourait littéralement de faim. Depuis le commencement des hostilités, elle nourrissait, non seulement sa propre population, mais les deux armées belligérantes. Après les succès de Lee en Virginie, la rébellion, d'une position à peu près désespérée, passa tout à coup dans une situation prépondérante. Le Congrès résolut de faire « goûter à « l'ennemi les amertumes de la guerre » ; on décida l'envahissement du Maryland et du Kentucky pour conquérir « du pain, de la viande, du matériel de « guerre ». Le Kentucky, disait-on, élait le grenier où il fallait s'approvisionner ; l'occupation de ce riche ter-

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ritoire jusqu'aux rives de l'Ohio aurait, pour la Confédération, des avantages matériels encore plus importants que ses conséquences politiques. Il y existait deux ou trois fois plus de bétail que dans tous les autres Etats du Sud réunis. Le gouvernement devait prescrire aux généraux de diriger ces animaux^ ainsi que les chevaux et mulets, en arrière de leurs lignes, tant pour s'en assurer la propriété que pour en priver les armées fédérales. A ce double point de vue, ajoutait-on, l'invasion du Kentucky présente un aussi grand intérêt que celle du Maryland.

Cette discussion du Congrès donne probablement la clé des manœuvres de Jackson à Mannassas, de Lee à Harpers-Ferry, de Braxton Bragg autour de Frankfort ; seulement, quelle difiFérence dans l'exécution ! Lee marche glorieusement, du Rappahannock àl'Antietam, refoulant Pope et faisant capituler Miles, tandis que Braxton Bragg, après un heureux début, aboutit piteusement à l'échauffourée de Perry ville.

Pendant que Forrest et Morgan battent le pays, le général confédéré divise son armée en deux groupes : les corps de Polk et Hardee à Chattanooga, celui de Rirby Smith à Knoxville. La droite commence le mouvement. Le 22 août, elle atteint Jacksboro et se dirige vers le Nord, en traversant le Big Creek-Gap avec des difficultés Bans nombre ; le pays est pauvre, accidenté ; les vivres manquent ; les troupes se nourrissent de blé vert. AfTamée, mourant de soif, aveuglée de poussière, les pieds en sang, l'infanterie marche courageusement vers le pays de l'abondance. Arrivé dans les plantureuses campagnes de Kentucky, Kirby Smith nettoie méthodiquement le terrain ; un corps fédéral veut lui barrer la route, près de Richmond ; il profite habilement de sa supériorité numérique, l'attaque en tète et

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sur ses flancs ; après une chaude action, qui dure toute la journée du 30 août 1862, il lui prend 4,000 hommes, plus 10 pièces de canon composant toute son artillerie. Ce hrillant succès ne coûtait à Kirby Smith que 400 tués ou blessés; son général en chef n'en remporta jamais de semblables.

Cinq jours après, entrée à Lexington ; la population enthousiaste acclame Morgan, mais ne s'enrôle pas sous la bannière confédérée ; on est de cœur avec lui, on le fête cordialement, mais on craint de se compromettre. Kirby Smith voulait pousser plus avant, jusqu'à Cincinnati, où la panique était complète. Brazton Bragg le rappela vers Frankfort pour se joindre à lui; lourde faute stratégique grâce à laquelle, du 6 septembre au 4 octobre^ jour de sa réunion avec la seconde colonne Sudiste, Kirby Smith resta complètement înactif.

De leur côté, les deux corps de Polk et de Hardee avaient franchi le Tennessee à Harrison (21 août 1862), quelques milles au-dessus de Chattanooga, tourné la gauche des positions fédércdes, escarmouche à Mac- Minnsville avec les avant-postes de Buell, fortement retranché près de NashvUle (30 août). Les confédérés avaient cinq régiments de cavalerie, trentesix d'infanterie et quarante pièces de campagne. Â l'abri d'un rideau de troupes, l'armée séparatiste s'avance résolument vers le Nord ; le 5 septembre, elle paraît à Bowling-Green et, dix jours plus tard, fait capituler à Mumsfordville 4,000 fédéraux. Le Louisville- Nashville Bail-Road, par lequel s'approvisionne l'armée de Buell, se trouvait coupé par l'ennemi. Braxton Bragg semble avoir épuisé, dans cet heureux début, toute l'initiative dont il était doué ; à partir de ce moment, il ne fait plus rien de bon. 11 ne songe même pas à in-

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tercepter sérieusement la voie ferrée dont une opération bien conduite Ta- rendu maître. Buell, au contraire, rachète son erreur par la plus louable activité. Laissant une garnison à Nahsville, il rappelle sur TOhio toutes les troupes disponibles, fait revenir du Cumberland-Gap une division qui reprend Mumsfordville en passant, demande des renforts à son collègue Grant et devance Tenvahisseur à Louisville.

Pendant ce temps, Bragg s'amusait à se créer un camp retranché au sud de Lexington et surtout à faire de la politique. Il se donnait le plaisir d'installer, à Frankfort, un gouverneur pour la Confédération et à parader dans les cérémonies d'inauguration. Sur tous les points avoisinants s'opéraient de vastes razzias de bétail, de provisions, de voitures ; on empruntait à la fois contenant et contenu.

Tout à coup, les lampions fumant encore, on apprend que Buell, avec des forces très supérieures, se dirige sur les derrières de J' armée Sudiste; il faut se mettre en retraite ; on entasse le butin sur les véhicules et l'on repart en deux colonnes : Smith à droite, Bragg à gauche. Pendant les premiers jours d'octobre, série d'escarmouches continuelles. Buell, qui tient le succès, est essoufflé de l'activité déployée depuis un mois ;'il hésite à son tour et, au lieu de continuer un mouvement bien commencé, s'arrête à Bardstown pour y livrer une bataille défensive. Il a, cependant, trois corps à quatre fortes divisions, largement de quoi cerner l'ennemi. Sa lenteur méthodique lui fait manquer l'occasion ; quand il se décide enfin, le 8 octobre 1862, Bragg s'est ébranlé de son côté et a fait filer son convoi. Les deux armées se rencontrent fortuitement à Perryville. Le général séparatiste n'a pas été 'us clairvoyant que son adversaire; il était allé re-

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trouver Smith à Harrodsburg, où il attendait Tattaqae principale, emmenant avec lui une division de Polk. Ramenés au début, les confédérés faillirent un moment écraser le corps de Mac-Cook ; l'arrivée de Granger rétablit le combat. Us restèrent cependant maîtres du terrain. Le lendemain, les fédéraux ne bougèrent qu'à midi, après avoir constaté la retraite de Tennemi.

« Cette curieuse journée de Perryville ou Chaplince Hill, où les deux ailes gauches des deux armées « s'étaient surtout engagées, tandis que les ailes « droites, sur les communications lune de Tautre, ne « virent pas le feu, fut donc, en somme, à l'avantage « de Bragg; mais, c'était, pour celui-ci, plutôt un heu- « reux incident qu'un réel succès. Dans la situation où « il se trouvait, éloigné et presque déjà coupé de sa « base des montagnes, il aurait eu besoin d'une vic- (( toire Napoléonienne. Le courage de ses troupes la « lui aurait procurée sans doute, s'il avait pu faire « soutenir les trois divisions qui combattirent par les « cinq autres qui ne firent rien. » (Colonel Le Comte.)

La bataille de Perryville coûtait, à l'armée de Buell, deux généraux, 4,000 tués, blessés ou prisonniers et 15 pièces de canon ; aux confédérés 2,600 hommes environ. Braxton Bragg rallia tout son monde dans son camp de Dick-Robinson, où il resta trois jours ; mais il fut obligé de l'évacuer sans combat, Buell menaçant de lui couper la route des montagnes. Il prit, avec intelligence, les mesures nécessaires pour sauver l'immense convoi transportant son butin : près de quatre mille voitures pesamment chargées, disent les écrivains abolitionnistes.

Du 12 au 16 octobre 1862, quelques régiments déterminés, commandés par Wheeler, profitèrent de

toutes les positions et réussirent à en imposer à Tavantr garde fédérale, résistant d'abord vigoureusement à Tennemi et décampant, au plus vite, dès que ses dispositions étaient prises pour agir en force. Morgan et ses partisans rendirent aussi d'inappréciables services. Ils continuèrent leurs courses dànsleKentucky longtemps après que Bragg eût ramené, dans TEst-Tennessec^ ses prises^ tout son matériel et ses blessés.

Au point de vue stratégique, l'invasion se terminait par un échec ; elle fut, néanmoins, considérée comme un succès par Jefferson Davis, en raison des ressources de toutes sortes qu'elle valut à la Confédération. Lincoln et Halleck pensèrent de même; ils destituèrent Buell, coupable peut-être d'un peu de mollesse dans la poursuite, mais incapable de pactiser avec lès rebelles comme l'en accusait Andrew Johnson, gouverneur du Kentucky. L'honorabilité de Buell ne fut jamais sérieusement discutée, tandis que les dissentiments du successeur de Lincoln avec la représentation nationale ont permis de douter à la fois du sens politique et de l'impartialité du Président Andrew Johnson.

Les deux partis reprirent leurs positions premières : les fédéraux, de Louis ville à Nashville; leurs adversaires, de Knoxwille à Ghattanooga.

La nécessité de renforcer immédiatement les troupes de Buell avait réduit à deux corps d'armée le commandement de Grant dansTOuest-Tennesee. Dans ces conditions, il resta sur la défensive, tout en essayant quelques pointes au Sud, quand l'occasion lui parut favorable. Ses deux lieutenants ne manquaient pas de valeur; Ord*, méthodique et froid, s'était signalé

* Ord (Edward Otto Cresap), né dans le comté d'Alieghany (Maryland), en 1822, était fils d*un ancien officier de Tarmée

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comme un excellent divisionnaire ; Rosecrans, déjà mis en relief par les combats de Rich-Mountain et de Camifax-Ferry, passait pour un manœuvrier un peu lent, mais intelligent et brave.

Vers le milieu d'août, il devint évident pour Grant que les confédérés prenaient une attitude menaçante au sud de ses positions allant de Gorinth à Tuscumbia (Alabama) ; il resserra sa ligne en évacuant ce der* nier point. Pendant le mouvement, deux régiments gardant luka, station du « Memphis-Charleston », à âl milles de Gorinth, se laissèrent surprendre par la cavalerie Sudiste et s'enfuirent, abandonnant d*importants approvisionnements (4 sept. 1862). Rosecrans, toujours enclin aux mesures de rigueur, commença par mettre aux arrêts le colonel Murphy pour n'avoir pas détruit, avant sa reculade précipitée, 600 barils de farine contenus dans ses magasins; ensuite, il rendit compte à Grant et ils combinèrent, de concert, les moyens d'enlever les troupes de Price aventurées dans luka,

régulière. Entré assez tard à West-Point, il en sortit, à vingtsept ans, comme lieutenant en second d'infanterie. Il était major et serrait en Californie lors des événements de 1861. On le nomma brigadier général de volontaires, avec un commandement dans le contingent Pensylranien. Il passa l'hirer de 1861-62 à Tarmée du Potomac, fut ensuite envoyé dans TOuest, combattit brillamment à Gorinth, luka, sur le Hatchie (4 oct. 1862) et y fut grièvement blessé. 11 prit part à la désastreuse expédition de Banks sur la rivière Rouge, montrant, dans cette malheureuse campagne^ les plus grandes qualités. Grant, devenu lieutenant général, lui donna un corps d'armée sur le James, puis la succession de Butler, après Téchec de celui-ci devant le fort Fisher.

Le major général Ord reçut, après la guerre, le commandement du département de TOhio.

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Le général confédéré, par cette pointe en avant, espérait attirer le gros de l'armée ennemie hors de Gorinth que Van Dorn devait attaquer prochainement. Il se proposait, en outre, de passer le Tennessee et de tomber sur le flanc de Buell déjà fort occupé à défendre les « Border-States » contre Tarmée de Braxton Bragg. Le plan ne manquait pas d'intelligence ; mais ne laissait pas que de présenter de réels dangers; car, cette fois encore, Price était fort inférieur en nombre.

De leur côté, Grant et Ord devaient déboucher, de Bumsville, sur le front des confédérés, tandis que Rosecrans, partant de Jacinto, marcherait sur leurs flancs et leurs derrières. Tout cela était bien compliqué pour les armées Américaines. Des trois détachements opérant de concert, un seul joignit Tennemi. Le i9 septembre 1862, Rosecrans, avec deux divisions, part de Jacinto et, dans la matinée, rencontre les piquets confédérés à Barnett's Corner, les refoule vers luka et se trouve en présence des troupes Sudistes, établies sur une hauteur dominant le pays. Le combat s'engage immédiatement, avec une grande vigueur des deux côtés. En deux heures, le 5« régiment deTIowa perd 160 hommes; la 11® batterie de TOhio, prise et reprise, reste aux mains des séparatistes, qui emmenèrent les six pièces dans leur retraite sur luka. Price avait fait tête résolument jusqu'au soir ; il était trop intelligent pour se laisser prendre dans une souricière. Pendant la nuit il décampa, abandonnant l'artillerie capturée pendant le combat. Il n'avait pas de temps à perdre s'il voulait échapper aux deux autres colonnes convergeant sur ses positions.

Pendant l'évacuation, Rosecrans continuait à canonner la ville ; au matin, on s'aperçut qu'il n'y avait plus

personne ; on talonna l'arrière-garde ennemie. Price ce jour-là, vingt-sept milles; à Bay-Spring, où il

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