‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 132 sur 332 · ERA ER PE PRE · texte numérisé non relu

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A la date fixée, le 15 novembre, Ferdinand quitta son quartier général d'Ovelgünne et se mit à la tête des troupes au delà du Weser, qui se composaient de la brigade de Lückner et des divisions Wangenheim et Kielmansegge, cette dernière revenue de la Westphalie où elle était arrivée trop tard pour participer à la bataille de Clostercamp. Par une lettre interceptée que Frédéric lui avait envoyée et grâce à son service de renseignements, il avait eu connaissance des efforts des Français pour mettre la ville de Gôüttingen en état de soutenir un siège. D'Uslar, il écrivit (1) au roi de Prusse qu’il va essayer de s'emparer de Gôttingen, qu’il combattra le comte de Lusace si celui-ci cherche à secourir la ville, que vers la fin du mois, il repassera le Weser et qu'aussitôt ses magasins constitués, il reprendra ses combinaisons contre Cassel. Comme on lé verra, ces projets furent modifiés à la suite du rappel à la rive gauche de la Werra de la réserve de Lusace et du corps volant de Stainville.

Sur ces entrefaites, on avait reçu au quartier général français la décision de la cour (2) sur le maintien de l’armée en Hesse : « Voici done, monsieur le Maréchal, mandait Belleisle, à quoi se réduit le vœu du Conseil et la volonté de S. M. :

« 1° La conservation de l’armée et des troupes qui la composent est un objet si essentiel qu’il n’est pas nécessaire de vous rappeler l'attention ct la préférence qu’elle exige;

« 2° La conservation de Cassel et de la Hesse : mais sur les impossibilités que vous démontrez, S. M. se restreint à vous demander de conserver Cassel au moins jusques au commencement de janvier ; ce que vous pourrez prolonger par delà sera infiniment agréable à S. M. qui vous en saura gré.

(1) Ferdinand à Frédéric, Uslar, 18 novembre 1760. Westphalen, 577. (2) Belleisle à Broglie, 17 novembre 1760. Archives de la Guerre.

BLOCUS DE GÜTTINGEN. 981

« Vous n'aurez donc plus à pourvoir qu'aux moyens de faire subsister à Cassel les troupes que vous jugerez à propos de laisser dans cette place ou dans les environs jusqu'à ce que vous soyez obligé de l’abandonner. »

A la dépèche, Belleisle avait ajouté quelques mots de sa main, insistant sur la n° :essité de faire croire au prince Ferdinand « que votre projet est de la conserver (la ville de Cassel) à quelque prix que ce soit », et sur l'utilité de constituer des magasins à Gôüttingen, de façon à tromper l'ennemi et de « tenir la Hesse et Cassel au delà de ce terme (courant janvier) le plus longtemps possible ». Broglie répondit (1) qu’il espérait remplir les intentions du Roi; seule l'intervention d’un corps prussien, d’ailleurs peu probable, Frédéric devant être trop occupé en Saxe, rendrait embarrassante la position de l’armée en Hesse. Güttingen était « pour ainsi dire investi », mais le temps affreux empêcherait l'ennemi de transformer le blocus en siège. Du reste, les fortifications qui ceinturaient la ville, la forte garnison qui y était établie, les approvisionnements qu'on y avait réunis, les 40 fours qu'on y avait créés en assureraient la défense.

La mise en état de Güttingen fut achevée juste à temps. Le 18 novembre, les magasins avaient été complétés, le 21 l’investissement commença. Dans une lettre de cette date (2), Ferdinand annonce qu'il se portera jusqu'à Essebeck, à 11 kilomètres de la ville et qu'il poussera une avantgarde de 6.000 hommes à Witzenhausen sur la Werra. Quoiqu'il ait prudemment ajouté : «Tout ce que je pourrai entreprendre dépendra de la possibilité de faire enfin mes dépôts et de pouvoir avancer sans craindre la faim », il se montre plein de confiance dans l'issue de son entreprise : « IL faut que (3) le maréchal de Broglie compte

(1) Broglie à Belleisle, Cassel, 23 novembre 1760. Archives de la Guerre. (2) Ferdinand à Holdernesse, Hardegsen, 24 novembre 1760. Record Office. (3) Ferdinand à Frédéric, Harste, 25 novembre 1760. Westphalen, IV, 590.

beaucoup sur la saison, les chemins rompus et sur la difficulté d'avancer dans un pays mangé et ruiné, car il a fait quitter la toile à toutes ses troupes, il s’est logé luimême au château du landgrave à Cassel et ses troupes sont mises en quartier le long de la Fulde et de la Werra. Il y a une garnison de 5.000 hommes à Gôüttingen; cette garnison sera perdue s’il ne rassemble pas de nouveau ses troupes, pour la dégager. »

À partir de fin novembre, il y eut unesérie de petits engagements où les confédérés eurent presque toujours le dessous; le 28, ils attaquèrent les postes français de Heddemunden et d'Arnstein sur ou à proximité de la rive droite de la Werra. La résistance énergique d'une peignée de volontaires, dans la tête de pont de cette première localité, arrêta net le général Breitenbach qui dut abandonner l'entreprise après une perte de plus de 150 officiers et soldats. Lückner ne fut pas plus heureux le même jour contre le château d’Arnstein, situé en face de Witzenhausen; il fut repoussé par le commandant Verteuil et forcé de rétrograder jusqu’à Draunsfeld. Quelques sorties de la garnison de Güttingen, bien conduites par Belsunce, procurèrent aux Français des prisonniers et des suppléments de vivres. Force fut à Ferdinand de renoncer à l'espoir de réduire la place; 1 leva le blocus les 11 et 12 décembre et rentra dans son ancienne position d'Uslar. Voici en quels termes il donne les raisons de cette reculade (1) : « C’est une im possibilité absolue d'agir, avant qu'une forte gelée n'ait rendu Îles chemins un peu praticables et avant que je ne sois parvenu à former mes dépôts sur la Dymel. Je trouve en cela tant d'obstacles et tant de difficultés, que, sans le désir que j'ai de faire un dernier effort pour retirer la Hesse des mains des ennemis, je renoncerais à toute

(1) Ferdinand à Frédéric, Uslar, 12 décembre 1760. Westphalen, IV, 528.

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