CAPITULATION DE FRITZLAR
canonné hier et aujourd'hui pendant plusieurs heures avec au moins 15 pièces de canon, et nos officiers d’artillerie ont compté qu'ils tiraient 30 coups par minute. Malgré cela, il y a tout lieu de croire qu'il n’est pas rendu, et l'échec que les ennemis ont reçu à Marb *g, quatre jours qu'ils ont perdu à attaquer inutilement Fritzlar, et le dégel complet qui fait déborder toutes les rivières et défonce les chemins, semblent pouvoir faire croire qu'ils ne passeront pas l'Eder, et se retireront peut-être sans avoir pris Fritzlar ; cela serait bien à désirer pour conserver en activité un officier du mérite de M. de Narbonne. »
Jusqu'à ce qu'ilsoit fixé sur le parti du prince Ferdinand, le maréchal a l'intention de rester à Melzungen, mais ne dissimule (1) pas ses craintes : « S. M. peut voir que ma situation dans ce moment-ci est assez difficile, je suis menacé à la droite et à la gauche par des forces considérables et égales chacune en infanterie à la totalité de ce que je puis en rassembler entre la Fulda et la Werra. Si j'abandonne la position qu'occupe l'armée entre ces deux rivières, je donne aux ennemis l'avantage qu'ils font tant d'efforts pour se procurer; si je ne me rassemble pas, il peut arriver que les ennemis me dérobent un mouvement et que je n'y sois plus à temps. »
Le séjour de Broglie à Melzungen ne fut pas de longue durée; le 17 février, il date ses dépêches de Hirschfeld; ce recul, que sa lettre du 15 faisait prévoir, avait pour cause les progrès que faisait l'ennemi sur les deux flancs de la ligne française. La garnison de Fritzlar, forte seulement de 900 hommes, avait capitulé dans l'après-midi du 15; elle obtint sa liberté à la condition de ne pas servir en Allemagne-pendant un an; cette reddition entraina celle du château de Gundersberg sur les mêmes bases. A la suite de ces succès, Ferdinand, après avoir affecté une
(1) Broglie à Choiseul, Melzungen, 15 février 1761. Lettre déjà cite,
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partie de son armée à l'investissement de Cassel, avait franchi l'Eder avec le reste en route pour Homburg. Les nouvelles de l'aile droite française étaient encore plus graves : on n'en avait pas de directes, l'officier expédié par Solms ayant été enlevé par une patrouille ennemie, mais, par une voie indirecte, on venait d'apprendre la défaite des Saxons à Langensaltza.
Voici les incidents qui avaient eu lieu dans la vallée de l'Unstrutt : Après une canonnade échangée à Eisberg, le 13 février, avec les corps de Saint-Pern et de Stainville, le Hanovrien Spôürcken, ne pouvant percer de ce côté, avait pris le parti de descendre le cours de l’Unstrutt et de combiner avec le Prussien Syburg, la traversée de la rivière et la prise de Langensaltza qui était occupé par 3.000 Saxons. Il fut entendu que les Prussiens opéreraient à Merxleben, les confédérés à Thomasbrugge, et Lückner avec sestroupes légères à Bolsted. « Le 15, à 7 heures du matin, raconte Spürcken (1), toutes les troupes bordèrent la rivière pour la passer ; mais le dégel avait tellement augmenté les eaux depuis deux fois 24 heures, qu’il y avait une inondation de mille pas depuis Mulhausen jusque vers Lang'ensaltza. » La cavalerie de Syburg franchit l'Unstrutt à Merxleben, tandis que son canon battait la ville de Langensaltza : « Huit escadrons de la première ligne du corps de M. de Sporcken passèrent à Thomasbrugge, avec une brigade de chasseurs et un escadron de Lückner, dont le corps ne put passer, les eaux ayant continué à s’augmenter pendant toute la journée. » L'apparition de ce détachement fut une surprise (2) pour les Saxons de Solms qui, d’anvès le rapport de leurs éclaireurs, croyaient le pont de Thomas ruiné etinfranchissable. \u même moment survint de la part
(1) Relation de l'expédition du corps de Spôrcken. Westphalen, V, p. 81 et suivantes.
(2) Inventaire sommaire des Fonds de Saxe, rédigé par Vernier, archiviste et par le comm! Veling, vol. 1, p. 179, Troyes, 1903,
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de Stainville l’ordre de « marcher sur Kirchhoffeld sans perdre de temps ». Au lieu de rassembler son monde dans une position où il lui aurait été facile de tenir tête à la cavalerie ennemie, qui seule avait traversé la rivière, le général saxon voulut commencer de suite sa retraite ; il ne put l’effectuer sans une confusion et un désordre dont profitèrent les escadrons confédérés; un bataillon entier, séparé du gros, fut fait prisonnier au ravin de la Salza; dans le combat d’arrière-garde qui suivit, le bataillon Prince Charles et 7 compagnies de grenadiers mirent bas les armes. Le reste de la colonne, encore fort de 3 bataillons, poursuivit sa marche vers le chemin d’Eisenach, à travers un pays complètement plat. Harcelée par la cavalerie de Syburg et de Spürcken, cette infanterie eût été complètement détruite sans l’arrivée fort opportune des dragons de la Ferronnays que Solms avait appelés à son secours. L’ennemi qui venait d’enfoncer un des 3 bataillons saxons fut repoussé et laissa au pouvoir des Français le général hanovrien Hudenberg, 5 officiers et 30 hommes. Près du village de Reichenbach, les débris des Saxons rejoignirent les troupes de Stainville et les deux divisions continuèrent leur route sur Eisenach où la tête parvint vers 7 heures du soir. « Les fatigues supportées par les hommes furent immenses, et les corps laissèrent tant de trainards que les cavaliers ennemis qui avaient suivi les divisions jusqu’à un mille d’Eisenach ramassèrent plus de 600 hommes appartenant au corps saxon. Cette affaire coûta au corps 2 bataillons de grenadiers et 2 bataillons de campagne, plus 7 canons. »
Spôrcken, dans son rapport au prince Ferdinand, ne consacre que quelques lignes à la description du combat : « À peine la cavalerie prussienne avait-elle passé la rivière qu'elle se jeta sur l'ennemi qui sortit de Langensaltza ; tandis que les susdits 8 escadrons du corps de Spürcken tombèrent sur ceux qui descendirent les hauteurs pour
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