BUTE ENTRE DANS LE CABINET
rait de son mieux. En résumé, Bute se chargerait d’un curtefeuille et offrait à Newcastle une alliance défensive contre les exigences de leur impérieux collègue. Mais comment mettre ce dernier au courant de l'affaire. Bute (1) s’acquitta de la commission, mais se garda bien de révéler les intrigues qui avaient précédé sa nomination. Pitt reçut la nouvelle assez froidement, et dit d’un ton sec : « La chose est faite; j'offre au Roi ma soumission respectueuse et à votre seigneurie l'assurance de mon estime. Du moment que telle est la volonté du Roi et que Lord Bute consent maintenant à accepter, en ce qui me concerne, je me déclare très content. » Après cette entrée en matière, les deux hommes d’état causèrent des rapports directs avec le monarque, de la paix, des vues royales à ce sujet, enfin des attaques lancées contre Pitt, qui, dans certains milieux, était traité de ministre allemand. Les deux interlocuteurs se séparèrent en formulant des promesses d'entente et d’amiié.
Le ministère fut définitivement reconstitué par l’entrée de Bute au sous-secrétariat du département nord des affaires étrangères en remplacement de Holdernesse ; Barrington échangea les fonctions de secrétaire du département de la guerre contre celles de chancelier de l’échiquier aux lieu et place de Legge; les anciens titulaires furent investis, à titre de dédommagement, de fonctions honorifiques largement rémunérées.
Aussitôt installé aux affaires, le nouveau cabinet eut à s'occuper des questions étrangères, fort négligées pendant l'intérim. Pas d'embarras à l'intérieur; à la chambre dissoute, le corps électoral était en train de donner comme successeur, grâce sans doute aux manœuvres habiles de Newcastle, « un parlement (2) aussi bon, sinon meilleur
(1) Newcastle à Devonshire. Récit par Bute de la conversation avec Pitt, 13 mars 1761. Newcastle Papers.
(2) Newcastle à Devonshire, 2 avril 1761. Newcastle Papers.