‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 197 sur 332 · DIVISIONS DANS LE CABINET · texte numérisé non relu

DIVISIONS DANS LE CABINET

en L naient une allusion transparente à l'influence occulte de du Bute. Il n’y avait pas de doute sur la faveur spéciale dont o- jouissait le seigneur écossais auprès du souverain; un de N- ses compatriotes, le duc d’Argyle, en avait fourni la preuve ue irréfutable : Dans une visite à Newcastle, il avait répété ne à ce dernier les propres paroles de Georges IIT sur le Les | compte de sonancien précepteur: « Quiconque parle contre le lord Bute, avait dit le Roi, j'estimerai qu'il parle contre as moi. » Il était difficile de porter à un plus haut degré l’affirmation des sentiments d'affection du monarque pour

ne l’un de ses sujets.

on Dans de pareilles conditions, la position deven&it de ne plus en plus intenable pour les ministres qui, à l'occasion tre des affaires les plus importantes, étaient obligés d’avoir rem- cours à -un intermédiaire irresponsable pour accéder au tre trône. Pitt se plaint d'un accès de goutte et parle de fit donner sa démission : « Mon état de santé, écrit-il à xi- Newcastle (1), me fait sentir, comme beaucoup d'autres il, | circonstancess l'ont fait depuis longtemps, combien peu je el, suis apte à remplir les grandes fonctions dont S. M. a ès daigné m'honorer. » Quelques jours après, il dit à Newre castle (2) « que c’est probablement la dernière fois qu'il ou lui tiendra des propos désagréables. Il a parlé à nouveau les »/ de sa démission et m'a prié de lui procurer une retraite honorable. 11 serait reconnaissant au Roi de la lui assurer. é- Si le Roi ne le voulait pas, il se tirerait d’affaires comme ue il pourrait, mais il ne resterait pas au gouvernement, tant ); : qu'il serait impossible d’avoir de rapports avec le Roi e- que par le canal de Milord Bute ». Ces velléités de démission étaient parvenues aux oreilles du favori; dès le is mois de janvier, ce dernier avait confié (3) à son ami

Doddington que Pitt songeait à se retirer. Une autre fois,

ent , (1) Pitt à Newcastle, 8 février 1761. Newcastle Papers. (2) Conférence de Newcastle avec Pitt, 12 février 1761. Newcastle Papers, (3) Voir Hughex, History of England, vol, I, p. 175 ; Mahon, vol. IV, p. 216.

c'est de la retraite de Newcastle dont il est question : « I] serait facile de lui faire quitter son poste, mais qui prendrait sa place ? » En résumé, Bute avait soif du pouvoir, mais en redoutait le poids.

Entre temps, les intrigues suivaient leur cours et les conversations politiques se succédaient de jour en jour; Viry (1), qui était de tous les conciliabules, proposait d'offrir le portefeuille de Holdernesse à Bute. Il n’y avait aucune difficulté à propos du renvoi du titulaire actuel, dont la médiocrité était notoire et qui n'était aimé d’aucui de ses collègues, mais l'introduction de Bute dans le ministère était une besogne autrement délicate. Celui-ci se contenterait-il du poste de simple ministre, alors que son crédit auprès du Roi l’autorisait à aspirer à la place de président du conseil ? Comment la nomination serait-elle accueillie par Pitt, dont la collaboration était indispensable pour les débats de la Chambre des Communes ? Comment enfin résister aux prétentions de Bute d’avoir sa part dans les choix des fonctionnaires et dans les élections? Ces questions donnèrent lieu à de longues discussions. Au dire de Viry (2), l'Écossais était tout disposé à marcher d'accord avec Newcastle et souhaitait aussi le maintien de Pitt. Au commencement de février, deux nouveaux entretiens ontlieu avec Viry (3) qui désireraitque l'initiative vint des amis de Newcastle; s'ils tardent trop, elle sera prise par les fidèles de Pitt. Quelques jours après (4), entrevue de Lord Temple, beau-frère de Pitt, avec Bute; échanges de politesses et assurances de concours dont Viry s’empresse de faire le rapport à Newcastle. Enfin, Bute, toujours par l'entremise du ministre de Sardaigne, fait

(1) Lettres ou notes de Newcastle, 9 novembre 1760, 21, 27 janvier, 15, 26, 27 février 1761, etc... Newcastle Papers.

(2) Conversation avec C. V., 21 janvier 1761. Newcastle Papers. . (3) Newcastle à Hardwicke, 7 février 1761.

(4) Conversation avec C. V., 26 février 1761.

CONYERSATION DE NEWCASTLE AVEC LE ROI. itl

savoir (1) à Devonshire que « S. M. avait eu la bonté de lui en parler (de son entrée au cabinet) fort souvent, et que comme il avait toujours éludé d'accepter, il ne saurait l'en entretenir, mais que si le duc de Newcastle de concert avec vous, milord, et milord Hardwicke, voulait à présent parler de cette affaire au Roi, lui lord Bute le verrait comme une marque de retour de la cordialité avec laquelle il agit, et veut toujours agir avec vous, milord, le duc de Newcastle et milord Hardwicke ». Après des hésitations inspirées par l'obligation de ménager les susceptibilités de Pitt et de ses partisans, Newcastle cède à la crainte de voir ceux-ci prendre les devants et se décide à parler au Roi. L’audience eut lieu le 6 mars. D’après le résumé que Newcastle rédigea (2) pour ses amis, le Roi était évidemment au courant des ouvertures qui lui seraient faites; il donna son assentiment, sans chaleur d’ailleurs, à l'éloge de Pitt et à la nécessité de le conserver, et sourit quand il fut question de Holdernesse. Puis l'exposé fini, il interrogea son interlocuteur : « Qu'est-ce que vous proposez? » et attendit. Newcastle répondit qu'en entrant chez le Roi, il n'avait pas eu l'intention d'aller plus loin. « Mais, £ire, vous avez le droit de connaitre toute ma pensée, si V. M. croyait bon (je ne fais que le suggérer) de nommer mi-

lord Bute secrétaire d’État, cela produirait le meilleur

effet. En l'introduisant dans le cabinet, V. M. aurait un ministre qui possède sa confiance, un homme à la fois capable, ferme et actif. Voilà mon sentiment, et il est celui du duc de Devonshire et de lord Hardwicke avec lesquels j'agis en tout dans un accord absolu. » Le Roi me remercia avec beaucoup d'amabilité et dit: « C’est bien ma propre pensée, je l'ai proposé moi-même à milord Bute le jour

(1) Note du comte Viry au duc de Devonshire recue 3 mars 1761. Newcastle Papers.

(2) Conversation de Newcastle avec le Roi, 6 mars 1761. Newcastle Papers.

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de la mort du feu roi... maïs tout ce que j'ai pu dire n’a eu aucun succès. Milord Bute dit qu'il n'avait pas le désir d'assumer un tel fardeau et qu'il ne savait pas quel accueil les ministres de S. M. pourraient faire à sa nomination. Mais aujourd'hui, milord, après ce que vous avez dit, je me mettrai à l’œuvre de nouveau, cela pourra changer l'affaire. » Newcastle, avant de se retirer, insista sur les ménagements à garder vis-à-vis de Pitt dont, il le répétait au roi actuel comme il l'avait fait souvent à son grand-père, on ne pouvait se passer pour la conduite de l'administration.

Ce grand pas accompli, il fallait s'entendre avec le principal intéressé. Dans ce but, Newcastle et Bute eurent une longue conférence (1). Bute s’inquiétait du tempérament et des agissements autoritaires du grand ministre. « En conséquence, avant de s'engager, il voulait savoir de ma bouche si dans le cas d’un différend entre lui et Pitt causé par l'attitude de ce dernier, il (Lord Bute) pouvait compter sur l’appui du duc de Newcastle et de ses amis. » Comme bien on pense, Newcastle répondit affirmativement. Au cours de l'entretien, le favori, tout en affirmant son désir d'entente et de bonnes relations, laissa voir ses sentiments intimes à l'égard de Pitt. Il ne le considérait pas comme indispensable; « sa popularité, son crédit avaient beaucoup baissé » ; son départ n’aurait pas les conséquences qu’on redoutait, jamais il ne voudrait jouer un rôle dans l'opposition ; s'”’. se retirait, il se contenterait « d’un dédommagement honorable ». Il serait très difficile, sinon impossible pour Pitt, de s'assurer les bonnes grâces du Roi; du reste, il ne s’entendait pas à gagner l'affection d’un prince; pour une tentative de ce genre auprès du souverain actuel, il aurait à rattraper beaucoup de temps perdu ; au surplus, lui (Lord Bute) s’y emploie-

(1) Résumé de la conversation avec Bute, 10 mars 1761. Newcastle Papers.

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