‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 200 sur 332 · FRÉDÉRIC CONSEILLE DES OUVERTURES A LA FRANCE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC CONSEILLE DES OUVERTURES A LA FRANCE

traitée seule entre l'Angleterre et la France, ce qui en rendrait le succès d'autant plus prompt et presque immanquable ; que quant à l’article de la suspension d'armes et que tout reste en attendant en s{atu quo, je crois qu'il conviendra à toutes les parties intéressées de l’accepter. » Ainsi -que la suite Le démontrera, le monarque se serait entendu avec Choiseul, qu'il n'aurait pas tenu un autre langage. A partir de ce moment, les dépêches pour Londres se succèdent à courts intervalles; Frédéric craint (1) les menées de la cour de Vienne qu’il sait hostile à la paix et l'effet des succès de Broglie en Hesse ; il conseille aux ministres anglais de sonder les intentions du cabinet de Versailles et d’insinuer que des ouvertures pacifiques seraient bien accueillies. Comme on le voit, du côté du principalallié dela Grande-Bretagne, le terrain était on ne peut mieux préparé pour la négociation qui allait se nouer. Mais avant d'entamer le récit des pourparlers importants qui occupèrent le printemps et l'été de 1761, il convient de préciser la situation respective des cours de Madrid et de Londres. Dans un volume précédent, nous avons esquissé l’attitude du roi Carlos, son rapprochement de la France, ses revendications énergiques au sujet des empiètements du commerce britannique sur les côtes du Honduras et de la capture irrégulière de bâtiments espagnols. Le nouvel ambassadeur à la cour de Saint- James, le comte de Fuentes, à la date du 20 juin 1760, peu de jours après la présentation de ses lettres de créance, avett soumis à Pitt une longue liste des griefs de sa couronne. Au mémoire qui accompagnait ces plaintes, Pitt ne répondit officiellement que le 1°" septembre (2); très conciliante en paroles, cette réponse dut paraître, aux yeux de l'Espagnol, une véritable fin de non-recevoir; elle invo-

(1) Frédéric à Knyphausen, Meissen, 4 avril 1761. Correspondance Politique, XX, p. 306.

(2) Pitt à Fuentes, 1°" septembre 1760. Record Offc :.

quait la constitution anglaise pour démontrer qu’en matière de prises, les tribunaux chargés de décider leur validité étaient omnipotents. Le pouvoir exécutif, désarmé devant eux, n'avait d'autorité que sur les commandants de vaisseaux de guerre, auxquels il avait enjoint la plusgrande modération. D'ailleurs, ces tribunaux qu’on accusait de partialité, avaient en maintes circonstances jugé en faveur des parties espagnoles et fait relâcher leurs navires. Fuentes, huit jours après la réception de la pièce anglaise, répliqua (1) par l'envoi de deux mémoires qui lui avaient été expédiés de Madrid; le premier s’étendait longuement sur les droits de l’Espagne à la pêche de la morue sur les côtes de Terre- Neuve et justifiait la demande de restitution des bâtiments saisis et de réparations pour le préjudice causé; le second exposait les réclamations de la cour de Madrid à propos du commerce illicite des bois de campêche. L'ambassadeur prévenait le cabinet britannique qu’une copie de ces documents avait été adressée au gouvernement français. Cette fois, la réplique ne se fit pas attendre : Pitt dans sa « réponse verbale » (2) se montra très offensé de la communication faite à la cour de Versailles; « ce qui est certain, c’est que la façon de penser de cette puissance ennemie... ne saurait jamais ajouter plus de poids auprès de S. M. que ses sentiments d'amitié lui en donnent aux représentations de S. M. Catholique ».

La dépêche (3) adressée à lord Bristol, ambassadeur à Madrid, avec ordre de la lire à Wall autant de fois qu’il plairait à celui-ci de l'entendre, sans toutefois en laisser copie, était aussi intransigeante dans le fond qu'aigre dans la forme : « Jamais on ne laisserait diminuer, tailler ou diviser dans une mesure quelconque un intérêt aussi es-

(1) Fuentes à Pitt, 9 septembre 1760. Record Office. (2) Pitt à Fuentes, 16 septembre 1760. Réponse verbale. Record Office. (3) Pitt à Bristol, 26 septembre 1760. Record Office.

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