‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 210 sur 332 · CHOISEUL LAISSE TRAINER LA NÉGOCIATION · texte numérisé non relu

CHOISEUL LAISSE TRAINER LA NÉGOCIATION

la pacification. Exagérant les moyens d'action de l'Espagne, sur lesquels Pitt était beaucoup mieux renseigné que lui, Choiseul s'imaginait avoir entre les mains une carte maitresse et voulait en jouer pour arracher au cabinet de Saint-James des conditions plus favorables et pour satisfaire au désir de son futur allié. D'ailleurs, peu au courant des objets du litige, méconnaissant l’Apreté que déploient les Anglais quand les intérêts de leur commerce ou de leur navigation sont en jeu, il ne croyait pas qu'un compromis entre les deux coùronnes fût difficile à eflectuer. Cependant, les symptômes n'étaient pas rassurants : Pitt, peut-être en vue de bien poser le principe de la séparation entre les griefs espagnols et les affaires qui seraient discutées au congrès, avait repris (1) la correspondance interrompue et réclamait une solution à Madrid; Fuentes n’espérait pas un arrangement amiable : « Je suis absolument convaincu, écrivait-il (2), que seules la force et la peur les amèneront à nous rendre justice. » L'empressement de Grimaldi à faire intervenir la France était également significatif.

IL faut en convenir, la situation de Choiseul était embarrassante; les difficultés, les obstacles l’entouraient de tous les côtés et constituaient autant d’écueils contre lesquels la barque de sa politique risquait de se briser. A la fin de mai, au moment où nous l'avons vu substituer ses projets à ceux que Grimaldi avait préparés, alors que les deux négociateurs venaient de partir pour Londres et ’aris, le ministre de Louis XV avait à cœur la conclusion de la paix particulière de la France et de l'Angleterre, mais il se savait lié par ses engagements avec l’Autriche. IL pouvait se faire illusion sur l'étendue des prétentions britanniques, mais il devait se demander avec inquiétude

(1) Pitt à Bristol, 24 avril 1761. Record Office, (2) Fuentes à Geimaldi, 10 mars 1761. Newcastle Papers.

si l'accord avec l'Angleterre à propos des territoires d'outre-mer lui ouvrirait l'issue du labyrinthe des questions allemandes et du congrès général où elles seraient débattues. Devant la perspective d’un horizon aussi chargé n'était-il pas prudent, en cas de rupture, de se réserver l'alliance espagnole? Ajoutons en:in à ces préoccupations si naturelles l'effet que produisirent, sur un esprit mobile et soupçonneux , les rapports plus ou moins fondés de ses propres envoyés et des ambassadeurs étrangers sur l'intransigeance de Pitt, sur le désir de l'Angleterre de semer la méfiance entre les alliés, sur le danger d’éveiller la susceptibilité du roi d’Espagne par des ajournemerts successifs, et nous pourrons imaginer l’état d'esprit du directeur de la politique française pendant l'été de 1761. Les négociations entre les cours de Saint-James et de Versailles, quoiqu'’elles n'aient pas abouti, sont intéressantes parce qu’elles mettent en scène deux hommes d'état de premier ordre, Pitt et Ghoiseul, qui tinrent eux-mêmes les fils conducteuts. L'un et l’autre étaient doués, mais de qualités très différentes; tenaces et résolus tous les deux, mais celui-ci aussi souple que celui-là l’était peu; chez le premier, plus de persévérance et de précision; chez le second, plus d'imagination et de facilité, chacun incarnant l'esprit desa race et la méthode de son milieu social, mais au point de vue de l’acquis et des moyens, dignes de se mesurer l’un avec l’autre. Cela dit, avouons que la lutte n'était pas égale. Pitt représentait la partie victorieuse; soutenu par l'opinion, fière de succès dont elle lui attribuait l'initiative, il n’eut à compter qu'avec ses collègues du cabinet, qui avaient trop peur de lui pour ne pas s’ineliner devant sa volonté. Sans doute, il ne pouvait négliger les exigences du roi de Prusse, mais l'attitude de ce prince, la carte blanche qu'il la’ .« au ministre anglais contrastent avec la surveillance tracassière, méfiante, de tous les instants, qu’exercèrent Kaunitz et Starhemberg sur

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