PROJET DU PACTE DE FAMILLE
guerre, la remise en dépôt à l'Espagne de l'ile de Minorque,
Au texte de Grimaldi, le ministre francais substitua un document (1) qui portait le titre de pacte de famille, Comme contractants, n'y seraient compris que les princes de la famille de Bourbon, les rois de France, d'Espagne et des Deux-Siciles; l'alliance serait absolue sur la base de « qui attaque une couronne attaque l’autre ». Chaque monarque jouirait de la garantie des possessions lui appartenant « suivant l’état actuel où elles seront au premier moment où l’une ou l'autre couronne se trouverait en paix avec toutes les autres puissances ». Enfin, chacun des alliés devrait fournir, trois mois après réquisition, douze vaisseaux de ligne, six frégates et 24.000 hommes de troupes de terre; le traité général serait complété par un arrangement applicable aux circonstances présentes. Comme point de départ de cette seconde convention, Louis XV demandait (2) au roi son cousin « de se déterminer, en cas que la paix ne soit pas faite, Le 1° mai1762, entre la France et l'Angleterre, à déclarer ouvertement la guerre à cette dernière couronne ». Moyennant cet engagement de S. M. Catholique, le roi Très Chrétien s'offrait de « comprendre dans les négociations de la paix qui va se traiter à Londres, les intérêts du roi d'Espagne, relativement à la pêche, aux prises et aux établissements dans la baie d’Honduras, de sorte que les intérêts de la France ne pourront pas être terminés, que ceux de lEspagne relativement à ces trois objets 1e Le soient aussi, à la satisfaction de S. M. Catholique ». De Minorque, il n'était plus question, « cette conquête étant une vraie et unique compensation à celle des ennemis sur la France ». Il était bien entendu que la nouvelle proposition ne
(1) Mémoire particulier de Choiseul, 2 juin 1761. Affaires Étrangères. (2) Mémoire particulier de Choiseul, 2 juin 1761. Affaires Etrangères. GUERRE DE SEPT ANS, — T, IV. 28
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retarderait pas la conclusion du traité « qui est indépendant de cette situation particulière, mais elle demande une réponse prompte, afin que l’on puisse diriger la conduite du ministre du Roi à Londres relativement aux intentions connues de $S. M. Catholique ». Si l’on compare les deux rédactions, on voit que Choiseui, tout en accordant l’appui sollicité pour le litige anglo-espagnol, subordonnait ce concours à la promesse que prendrait l'Espagne de déclarer éventuellement la guerre à l’Angleterre.
. Malgré la hâte de Grimaldi qui était prêt à signer sans en référer à Madrid, la négociation traina pendant tout le mois de juin et la première quinzaine de juillet. D'accord sur les clauses essentielles, on différait sur deux points qui tenaient fort à cœur au roi Charles : la préséance des ambassadeurs, et une indemnité pour l’infant Philippe en échange du Plaisantin qui faisait retour au roi de Sardaigne. A partir de cette époque, les pourparlers avec Madrid s’enchevêtrent à un tel degré avec ceux qui se poursuivaient avec l’Angleterr. qu’il est impossible de rendre compte des uns sans suivre les autres. La correspondance échangée, les entretiens à Londres et à Paris avaient une répercussion si directe sur les dépèches expédiées à Madrid ou sur les conversations avec Grimaldi qu'il nous faut confondre le récit afin de maintenir la connexité,.
En réalité, Choiseul ne fut pas fâché des divergences de détail qui lui permirent de gagner du temps et de se faire une opinion sur les chances de succès des négociations entamées à Londres. Bien qu'averti par Affry, lors des tentatives de rapprochement de La Haye, de la jalousie que le cabinet anglais éprouvait contre toute immixtion de la cour de Versailles dans le conflit espagmol, Choiseul ne se rendit pas compte que l’ingérence de la France dans le débat, loin de faciliter l'entente, indisposerait le gouvernement britannique au point de faire échoser
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