TRAITÉ ENTRE LES DFUX IMPÉRATRICES
lait conclure une paix dont la nécessité s’imposait tous les jours davantage.
E’\ attendant, il était essentiel de ne pas effaroucher la cour de Vienne qui avait suivi d'un œil jaloux les conversations de La Haye et la velléité de rapprochement que Frédéric avait esquissée par le canal du bailli de Froulay. Aussi le comte de Choiseul crut-il prudent de ne pas donner suite à une suggestion de son ministre qui aurait voulu sonder l’Impératrice sur le maintien de ses prétentions sur la Silésie : « Je craignais, écrit-il (1), de réveiller les soupcons par une proposition inutile qui serait sûrement rejetée et qui ne servirait qu’à confirmer le désir que nous avons de la paix. Vous savez, Monsieur, combien le mot est terrible à prononcer ici, quoique je ne sois occupé qu'à y accoutumer les oreilles. » La victoire de Laudon à Landshut avait contribué à rendre plus belliqueuse l'attitude de la cour de Vienne; pour la ramener à des vues plus conciliantes, il fallut un incident diplomatique dont elle eut à supporter les conséquences fâcheuses.
Depuis quelquetempsdéjà, les deux Impératrices avaient mis sur le tapis le renouvellement du traité d'alliance de 1746 et une convention relitive aux dédommagements que la Russie désirait se voir attribuer à la paix. Esterhazy, représentant : utrichien à Pétersbourg, venait de signer ces deux pièce au nom de son gouvernement et s'était porté garant de assentiment de la France. Cette initiative était d'autant plus insolite que son collègue français, le marquis de Lhopital, avait été laissé dans l'ignorance de l'arrangement qui se préparait. Reconnaissons d'ailleurs que l'anarchie la plus absolue présidait aux relations de la cour de Versailles avec la puissance du Nord. Louis XV était représenté par deux personnages; le premier, le marquis de Lhopital, ambassadeur en titre, agissait à sa
(1) Comte de Choiseul au duc, 16 mai 1760, Affaires Etrangères.
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guise et restait quelquefois six semaines sans écrire à son ministre; le second, le baron de Breteuil, envoyé pour suppléer à l'insuffisance de Lhopital, était fort embarrassé entre les instructions secrètes de Choiseul et celles qu'il recevait directement (1) du Roi. Un extrait d'une dépêche du duc de Choiseul (2) permettra d'apprécier les inconvénients \ de cette dualité : « Il est nécessaire, écrivait le ministre à Breteuil, que nous sachions sur ces objets importants plus que n’a dit jusqu'à présent M. de Lhopital. Vous aurez la bonté de vous entretenir sérieusement sur ces objets avec les ministres de l’Impératrice de Russie, de vouloir bien en faire sentir à M. de Lhopital la conséquence, et d'engager cet ambassadeur d'y conformer son langage. Si par hasa:d, il se refusait aux insinuations que vous lui ferez à cesujet, vous aurez la bonté de dire à M. de Woronzow que vous avez seul les instructions de votre cour à cet égard et que S. u. vous a chargé directement de lui rendre compte de cette affaire. » La question était en effet très compliquée. La cour de Vienne, tout en communiquant à Versailles les deux conventions signées par Esterhazy, avait désavoué ce diplomate comme ayant agi contrairement à ses injonctions. Kaunitz était allé jusqu'à dire au comte de Choiseul, «qu’il ne pouvait répondre d'un ministre aussi inepte et aussi étourdi ». De cette explication, ni le duc, nile comte ne croyaient un traitre mot; tous les deux, quoique d'accord sur la nécessité de clore l'incident, étaient convaincus que Kaunitz était le vrai coupable. « L'ambassadeur impérial (Starhemberg), ecrit le duc (3), rendra à M. de Kaunitz ce que je lui ai dit depuis sur cet objet, que nous pouvons
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(1) Louis XV élait en correspondance directe et secrète avec la Tzarine par l'entremise de Woronzow. Breteuil était initié à la politique personnelle du roi. Lhopital ne l'était pas. Voir Boutarie, Correspondance secrète de Louis XV, Paris, 1866.
(2) Choiseul à Breteuil, 21 juillet 1760. Affaires Étrangères.
(3) Duc de Choiseul au comte, 11 août 1760. Affaires Étrangères.
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