ULTIMATUM ANGLAIS
tenait à cœur, La dépêche dans laquelle il résume les délibérations de son gouvernement est conçue dans ce langage rogue et plein de morgue qui lui était propre. Sans doute, le texte anglais ne passerait pas sous les yeux de Choiseul, mais s'il devait gagner à la traduction, il n'en influencerait pas moins l'interprète de la pensée britannique dans les explications qu'il aurait à fournir : « Le conseil a été unanime, écrit Pitt (1), à juger que les conditions du mémoire (propositions françaises du 13 juillet) ne donnent aucune satisfaction ; de plus, quand il a eu connaissance de la rétractation flagrante de ce qui s'était passé dans votre conférence, par rapport à une clause de compensation aussi indispensable et aussi importante que celle de la restitution et évacuation immédiate des places et territoires conquis par la France aux dépens des alliés de S. M. en Allemagne et notamment ceux du roi de Prusse, il lui a paru que le mémoire entier a été rédigé par le ministère francais dans le but, non d'activer, mais de retarder la conclusion de la paix. En outre, quant à la conception étrange de Ja garantie proposée de l'Espagne, dont vous avez parlé dans votre lettre, aussi b‘en que quant aux engagements pris avec l'Espagne au sujet'de nos litiges avec cette couronne, engagements que le duc de Choiïiseul reconnait aujourd’hui avoir contractés avant les premières ouvertures de la France en vue de la paix particulière avec l'Angleterre et qui par conséquent ont été depuis cette époque dissimulés avec un manque d'honnêteté égal à l'insolence qu'on met à les afficher aujourd’hui. » La fin de la phrase est restée au bout de la plume du bouillant écrivain qui passe, sans liaison grammaticale; à la résolution remise à Bussv,
A la dépèche de Pitt était annexée une note intitulée : Points à communiquer au duc de Choiseul comme contenant l'ultimatum de la cour de la Grande-Bretagne. Ces
(1) Pitt à Stanley, ?5 juillet 1761. Record Office.
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points étaient au nombre de 1%: Rien de nouveau à propos de la cession du Canada tout entier, des limites entre cette province et la Louisiane, du Cap Breton ou du Sénégal et de Gorée, sauf l'emploi répété des expressions : « Jamais l'Angleterre ne reviendra sur cette clause » ..... « 11 faut que la France cède, » Les stipulations en elles-mêmes étaient des plus dures, et il était très inutile d'en augmenter l'amertume en prenant le ton du vainqueur qui impose sa loi au vaincu. Citons, comme spécimen de rédaction, l'art. # forrulant compensation entre le démantellement de Dunkerque et le drcit de pèche, et accordant, par conséquent, une concession importante à la France : « 11 faut que Dunkerque soit replacé dans les termes du traité d'Utrecht; sans cela on n'admettra aucune paix. C'est à cette condition et à cette condition seule que S. M. Britannique pourra jamais consentir à prendre en considération la demande de la France tendant à recouvrer le privilège qui, en vertu de l’art. 13 du même traité, permet dans certaines limites et sous certaines restrictions, aux sujets français de pêcher le poisson et de le sécher à la côte, dans une partie de Terre-Neuve. » Voici encore l’art.7 qui a trait à l'Allemagne : « La France procédera à la restitution immédiate et à l'évacuation des conquêtes qu'elle à ettectuées sur les alliés de S. M. en Allemagne, c’est-à-dire de tous les états et localités appartenant au landgrave de Hesse, au duc de Brunswick et à l'électorat de Hanovre; aussi de Wesel et des territoires du roi de Prusse occupés par les armées françaises; et une évacuation générale de toutes ses conquètes du côté de la Hesse, de Westphalie et dans toutes ces régions. » L'art. 13 est relativement libéral: « Le Roi ayant, dès les premières ouvertures faites par la France, déclaré explicitement et sans variation que, dans le cas de la conclusion d’une paix particulière entre les deux couronnes, S. M. con‘inuerait