‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 301 sur 332 · RAPPEL DE STANLEY ET BUSSY · texte numérisé non relu

RAPPEL DE STANLEY ET BUSSY

rent entrainer par Pitt qui menaça de se retirer si ses collègues ne se rangeaient pas à son avis. Bute, Devonshire et Hardwicke (1) se déclarèrent partisans du rappel de Stanley; ils firent remarquer que ce diplomate avait beaucoup varié dans ses appréciations, qu'il ne paraissait garantir ni la sincérité de Choiseul, ni des chances sérieuses d’une solution pacifique. Newcastle luimême, plutôt favorable à la continuation des pourparlers, mais peu désireux de fournir à Pitt un prétexte pour la démission qu’il méditait, n’osa pas se séparer de lui sur cette question. Bedford, le futur négociateur de la paix de 1762, écrivit (2) qu'il aurait consenti quelques uouvelles concessions, mais qu'il n'assisterait pas à la réunion. « Tant que M. Pitt aurait du crédit, même tant qu'il tiendrait la plume, lui (Bedford) était convaincu qu'il n’y aurait pas de paix. »

A l'unanimité des membres présents, le conseil du 15 septembre se prononca pour le retour immédiat de l’envryé. Le soir même, Pitt expédia à Stanley son ordre de rentrer. Ce dernier était en villégiature chez le prince de Conti quand la lettre lui parvint. IL exprima aussitôt à Choiseul (3) ses regrets de l'échec de sa mission et prit congé de lui en termes auxquels il s’efforca de donner une tournure spirituelle : « C’est à présent que l’ombre errante de feu le négociateur va véritablement passer le Styx; je vous prierai, Monsieur, d'ajouter au passeport de mes mânes deux autres pour des courriers avec des ordres pour mon bagage. »

Bussy eut sa dernière audience de Pitt le 17, et quitta Londres peu de jours après; dans une visite d'adieu à Newcastle, il attribua (#) la rupture à l'expédition de

1) Newcastle à Bedford, 13 septembre 1761. Newcastle Papers. 2) Bedford à Newcastle, 14 septembre 1761. Newcastle Papers. 3) Stanley à Choiseul, 20 septembre 1761. Affaires Etrangères. 4) Newcastle à Hardwicke, 18 septembre 1761. Newcastle Papers.

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Belleisle et à l'introduction des plaintes de l'Espagne. 4 A cette appréciation, opposons celle de Newcastle : « Nous

avions, écrit-il à Yorke (1), ou nous prétendions avoir au

début une telle défiance de la bonne foi de Choiseul que nous lui avons inspiré un sentiment réciproque et qu'il s’est trouvé obligé d'adopter un système qui lui ménageût une retraite. Ce système qui consistait à se rapprocher de l'Espagne, et peut-être à prendre de nouveaux engagements vis-à-vis des deux Impératrices, a gèné M. de Choiseul à un tel point que,quand nous sommes devencs 5!

raisonnables et que nous avons fait les concessions que nous devions, il était lié si étroitement par ses nouvelles dispositions qu’il a été forcé d'envoyer son dernier mémoire conçu en termes équivoques. De notre côté, il nous a été impossible d'accepter cette pièce qui revenait sur des accords déjà consentis. »

Le vieil homme d'État n'était pas loin de la vérité, Au premier abord, Choiseul et Pitt étaient tous les deux franchement partisans de la paix, mais pour la faire aboutir en dépit du mauvais vouloir des alliés de la France, il aurait fallu pousser les pourparlers le plus activement possible, établir un accord sur les points essentiels et mettre la cour de Vienne en présence du fait accompli. Tel fut le concept de Choiseul, mais il lui était impossible de donner la précision indispensable à une correspondance dont tous les détails étaient soumis à l'inspection de Starhemberg. De là, un vague dans les premières propositions de la cour de France qui éveilla la méfiance de Pitt et fit perdre un temps précieux.

Avec le voyage de Stanley, la conversation prit un tour sérieux, mais ce diplomate improvisé ne possédait ni l'expérience ni le prestige nécessaires; lié par les instructions impérieuses de son patron, il crut bien faire en les

(1) Newcastle à Yorke, 18 septembre 1761. Newcastle Papers,

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