‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 306 sur 332 · CONVERSATIONS D'OSSUN ET DE BRISTOL AVEC WALL · texte numérisé non relu

CONVERSATIONS D'OSSUN ET DE BRISTOL AVEC WALL

conclusion de la paix, quand bien même l'Angleterre refuserait de satisfaire S. M. Catholique. Cette inconséquence, Monsieur, et le refus que vous avez fait de signer la convention jusqu'à ce qu'on eût reçu la réponse des Anglais à votre dernier ménoire, sont relevés avec force, et même si j'ose le dire, avec un peu de dureté ». Tout en critiquant le procédé, Wall se plaisait à approuver la prudence dont .Choiseul avait fait preuve; il voyait même quelque avantage à ajourner l'aventure : « L’Espagne n'aurait la guerre avec l'Angleterre qu’autant qu'elle le jugerait à propos, puisque c'était elle qui se trouvait lésée. Il a même ajouté que le roi d’Espagne connaissant le besoin qu'avait la France de quelques années de repos, aurait bien su dissimuler encore pour un temps ses justes griefs, et se serait prêté aux circonstances de la France autant qu'il l'aurait fallu, quand même la convention aurait été signée. »

Des raisonnements de cet ordre n'étaient pas pour plaire à Ossun, chaud partisan de l'action immédiate; aussi fut-ce avec joie qu'il accueillit la lettre de Choiseul qui tranchait la question. Il fit part aussitôt (1) de son contenu au Roi et prit sur lui de dire « que si S. M. Catholique pouvait se déclarer avant l'automne prochain, cela porterait un coup décisif au commerce de l’Angleterre, surtout si l'insinuation à faire au Portugal avait lieu en même temps... S. M. Catholique, Monsieur, me fit observer qu'il n'était pas possible qu'elle se déclarât si promptement à cause du retour de la flotte des Indes qu'on attendait à Cadix, vers les premiers jours d'octobre, et parce qu’il y avait encore bien des mesures à prendre, soit aux Indes, soit en Europe, pour se mettre en état d'agir avec efficacité ». A la sortie de l'audience royale, Ossun se rendit auprès de Wall : « IL m'a paru choqué

(1) Ossun à Choiseul, 10 août 1761. Affaires Étrangères.

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au delà de toute expression de la hauteur de M. Pitt. Il m'a répété à peu près les mêmes choses que S. M. Catholique m'avait fait l'honneur de me dire. Il m'a cependant fait comprendre qu'on attendrait ici le résultat de la conférence que M. de Fuentes a dû avoir avec M. Pitt. »

Entre temps, la conversation diplomatique continuait entre Wall et lord Bristol. Conformément à ses instructions, l'Anglais avait demandé quelles règles l'Espagne était disposée à adopter pour régulariser le commerce des bois de campèche et pour fournir à l'Angleterre les quantités de matières premières dont elle avait besoin. L'Espagnol avait répliqué en réclamant l'évacuation préalable

‘ des factoreries illégalement établies sur la côte de Hon-

duras. IL avait été également question de l'appui donné par la France aux revendications espagnoles : « La réponse au second point, écrit Ossun (1), a été plus entortillée; elle ne dit ni oui ni non... elle porte seulement que S. M. Catholique a été informée par la France des mesures déjà prises pour parvenir à la paix, que ce monarque désire qu’elle se fasse promptement et à des conditions raisonnables et qu'il se flatte en même temps que les Anglais ne lui refuseront pas la juste satisfaction qui lui est due. »

L'incident avait eu plus de gravité que ne lui en attribue l'ambassadeur français. Le cabinet de Madrid s'étant entendu avec celui de Versailles au sujet de la présentation, au nom des deux couronnes, du mémoire relatif aux griefs espagnols, Bristol serait certainement informé de la démarche simultanée de Bussy et de Fuentes à Londres; aussi était-il de bonne politique de prendre les devants auprès de l’envoyé britannique. Cédons donc la parole à ce dernier qui nous rendra compte (2) de l'entretien : « Le général Wall m'apprit que le roi Catholique voyant

(1) Ossun à Choiseul, 17 août 1761. Affaires Étrangères. (2) Bristol à Pitt, Segovie, 6 août 1761. Record Office.

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