EXPLICATIONS DE WALL SUR LE MÉMOIRE
qu'il ne faisait aucun progrès avec la cour de la Grande- Bretagne, en traitant nos litiges directement avec notre gouvernement, s’est résolu à accepter les offres renouvelées de $S. M. Très Chrétienne de faire intervenir ses bons offices pour l’arrangement de tous les différends américains entre l'Angleterre et l'Espagne. Il espérait que la paix aujourd'hui en discussion serait d'autant plus permanente et durable qu'il s'agirait non seulement de mettre fin à nos conflits avec la France et de concilier les prétentions de toutes les autres puissances belligérantes, mais aussi de faire disparaitre tout danger pour l'avenir d’une interruption des bons rapports existant entre Leurs Majestés Britannique et Catholique. »
Très ému de cette communication inattendue, Bristol demanda à son interlocuteur si c'était l'Espagne ou la France qui avait pris l'initiative de cette proposition. Su: la réponse de Wall que c'était la France, Bristol rappela le préambule du traité de 1750, négocié par Carvajal et Keene, d'après lequel les deux cours s'étaient engagées à traiter directement sans intervention ni participation d'aucune tierce partie. «Je lui fis observer combien différait la conduite actuelle de l'Espagne de celle qu’elle avait pratiquée alors. J'étais peiné de voir un monarque espagnol prêter l'oreille aux menées sourdes du ministère français. »
L'incident du mémoire fut la cause immédiate de la crise qui devaitamener la rupture. Aussi l’occasion nous semble propice d'introduire dans notre récit le crayon que Bristol trace (1) des principaux personnages du gouvernement espagnol. Il commence par Don Carlos : « Le Roi est doué de grands talents ; il possède une mémoire heureuse et beaucoup de sang-froid; tout en conservant beaucoup de douceur dans ses manières, il sait inspirer une crainte excessive à
(1) Bristol à Pitt, 31 août 1761. Record Office.
son ministere et à son entourage. Wall qui a très peur de son maitre, pour s'assurer l'indépendance de vues à laquelle il aspire est amené à afficher et à défendre des opinions, qui semblent le mettre en opposition absolue:avec nos intérêts. Squillacci est homme d’affaires, Losada est nul, mais fort honnète. Comme Wall n’écrit pas très correctement l'espagnol, c’est le premier secrétaire M. de Llano qui tient la plume quand il s’agit de dépêches ou de mémoires importants. Wall, Squillacci, Losada et Ariaga ministre de la marine s'entendent assez bien, mais leurs départements sont complètement séparés. Tous les ministres étrangers à l'exception de Sylva, représentant du Portugal, sont du parti français. » Ainsi qu'on le voit, l'ambassadeur britannique ne voulait pas accepter comme sincères les vues nouvelles que professaient la plupart des membres du cabinet de Madrid et plaidait les circonstances atténuantes pour un changement de politique auquel il ne croyait pas. Ces appréciations optimistes lui valurent de la part de son chef le reproche de se montrer trop partial à l’égard de S. M. Catholique et de ses conseillers. Le rapport de Bristol sur les déclarations de Wall se croisa avec la dépêche de Pitt du 28 juillet, écrite peu de jours après la remise et le rejet du mémoire concerté par les cabinets de Madrid et de Versailles. Mais avant d'examiner la mise en demeure qui faisait route de Londres, il convient de suivre l'ordre chronologique et d'analyser les traités avec la France qui avaient été signés à Paris le 15 août et ratifiés à Saint-lldefonse le 25 du même mois. Le premier de ces instruments portait le titre de pacte de famille ; il constituait, ainsi que l’expliquait le préambule, un arrangement intime contracté entre les deux souverains, en vue « de perpétuer dans leur postérité les sentiments de Louis XIV, leur commun bisaïeul, et de faire subsister à jamais un monument solennel de l'intérêt réciproque