LA CAMPAGNE DES RUSSES NE PRODUIT AUCUN RÉSULTAT
«on ne trouve pas un seul habitant, pas un cheval, ni bestiaux ». Peu de jours après, les troupes moscovites reprirent le chemin de la Vistule et s’établirent, au courant de décembre, derrière ce fleuve dans leurs cantonnements habituels. Le général Werner, chargé de surveiller cette retraite, n'eut avec les irréguliers de Tottleben que des escarmouches sans portée. Vers la fin de l’année, Werner et le prince de Wurtemberg qui, à la suite de la bataille de Torgau, avait été envoyé pour l’appuyer, furent rappelés et dirigés tous les deux sur la Peene contre les Suédois.
En résumé, l'effet utile de l’action russe pendant l’année 1760 fut à peu près nul. Deux fois, à l'époque de la bataille de Liegnitz et après la prise de Berlin, la jonction ou la coopération des forces russes et autrichiennes eût pu accomplir de grandes choses, Deux fois le généralissime russe gaspilla dans l’inaction, à Herrnstadt ou à Landsberg, un temps précieux et permit ainsi à Frédéric de réunir tous ses moyens contre les Autrichiens et de considérer comme quantité négligeable les 70 000 excellents soldats dont la vaillance lui avait coûté si cher lors de la campagne précédente. Dans cette faillite, les généraux autrichiens eurent aussi leur responsabilité ; non seulement ils s’acquittèrent assez mal du rôle qui leur avait été assigné dans le programme primitif, mais par les changements continuels apportés aux projets combinés, ils lassèrent la patience de leurs alliés et leur fournirent des prétextes plausibles pour justifier leur inertie. Timidité ou indécision de la part des chefs des deux armées, méfiance réciproque poussée à l'extrème, crainte presque superstitieuse du roi de Prusse, lenteur des mouvements russes, enfin maladie de Soltikoff, telles sont les raisons d’un résultat négatif qui eut sa répercussion sur toute ia guerre.
La campagne des Suédois fut aussi inefficace que celle
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des Russes; elle avait cependant débuté par un petit succès, Le 20 janvier, le général Manteuffel avait franchi la Peene, qui séparait les quartiers d'hiver prussiens de ceux des Suédois, et avait cherché à refouler les avant-postes de ces derniers; cette tentative échoua et se termina par un combat de nuit, le 28, dans les rues d'Anklam, au cours duquel Manteuffel fut fait prisonnier. Depuis cette date jusqu'à la fin de juillet, la tranquillité ne fut troublée par aucun incident. Vers le milieu d'août, Lantingshausen prit l'offensive ; il y eut entre lui et le Prussien Yung Stütterheim qui lui était opposé avec des forces très inférieures, une série d'engagements à la suite desquels les Suédois s'avancèrent jusqu’à l'Ucker et s'établirent à Prenzlow et Passewalk. Dans une des premières rencontres, une patrouille prussienne captura le Français Caulaincourt qui remplissait les fonctions d'attaché militaire auprès de l’armée.
Dans les derniers jours de septembre, le détachement de Stütterheim fut rejoint par le général Werner au retour de sa glorieuse expédition pour la relève de Colberg. Le prince de Wurtemberg vint prendre le commandement de la division ainsi formée; il avait concerté avec le prince de Bevern, gouverneur de Stettin, un projet combiné contre les Suédois, mais l’entreprise des Austro-Russes su. Berlin donna aux événements une autre tournure. Cependant, avant la marche du prince au secours de la capitale, il y avait eu un combat sérieux entre Werner et le général suédois Ehrensward; l'attaque de Passewalk que tenta le premier fut repoussée, mais les perte; de part et d'autre furent lourdes. Impressionné par cette diversion sur ses derrières, Lantingshausen abandonna son camp de Prenzlow et se retira à Breetsch, près de Passewalk ; le 6 octobre, il était à Werbelow où il recut l'invitation de Lasey de s'unir à lui, invitation à laquelle, on le sait, il ne voulut pas se rendre. La situation resta inchangée