‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 49 sur 332 · RETRAITE DE L'ARMÉE RUSSE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE L'ARMÉE RUSSE

ger à poursuivre les Russes, dont il escomptait (1) déjà le retour aux rives de la Vistule. Plunkett était du même avis et faisait part à Kaunitz (2) des sentiments de l'étatmajor à cet égard : « Chacun y a un objet qui l’attire sur cette rivière; l'un y a sa femme, un autre sa maitresse; les uns veulent alles: à Pétersbourg, les autres à Moscou, et chacun, pour me servir de leur langage, veut ôter sa culotte pendant l'hiver. »

De Drossen, l’armée gagna Landsberg où Olitz la retrouva et où elle fit un séjour de près de trois semaines. Tous les mouvements depuis le départ de Berlin avaient été exécutés avec une grande précipitation : « C’est le 11 (octobre), écrit Montalembert (3), que nous avons su à Berlin que le roi de Prusse était parti le 6 au soir. On a compté qu'il pouvait être en sept ou huit jours au plus devant Francfort, ce qui faisait le 13 ou le 1%, Mais le corps de Czernitchew partant le 12, avait 11 milles (78 kilomètres) à faire pour rejoindre l’armée. Il n'y avait donc pas un moment à perdre; aussi les avons-nous faits en deux jours et nous sommes arrivés le 13, écrasant de fatigue les hommes et les chevaux. De là, il à fallu marcher en corps d'armée de Francfort à Landsberg par une pluie continuelle. Vous pouvez juger de l'état où nous nous trouvons, les chevaux d'artillerie surtout ne pouvant pas mettre un pied l’un devant l’autre. Je ne suis point étonné que les généraux russes cherchent dans cette situation à se mettre hors de portée d’avoir une affaire, leur artillerie courrait de grands risques. » Le 30 octobre, Soltikoff, de plus en plus souffrant, partit pour Pétersbourg sans attendre son successeur, le feld-maré-

(1) Frédéric à Lichnowsky, Guben, 15 octobre 1760. Frédéric à Wurtemberg, Lübben, 18 octobre 1760. Corresp. Politique, XX, p. 19 et 21. (2) Plunkett à Kaunitz, Drossen, 15 octobre 1760. Arch. de Vienne.

(3) Montalembert au comte de Choiseul, près Landsberg, 20 octobre 1760. Corresp., Il, p. 316.

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chal Butterlin qui n'assuma le commandement effectif que le 7 novembre. L’attaché Plunkett n’espère pas beaucoup de la capacité (1) du nouveau général en chef. « Il sera difficile de traiter les affaires avec ce seigneur, comme il ne parle d'autre langue que le russe et très peu d'allemand, mais ce qui est le plus disgracieux, est que ce seigneur n'a jamais servi et n'a aucune connaissance militaire. » Cependant il ne regrette pas Soltikoff sur le compte duquel il n'avait pas conservé ses premières illusions. « Ce seigneur ne songeait à rien moins qu’à nous faire plaisir, joint à cela une grossièreté, une ignorance, une opinion très grande de sa propre habileté; enfin le tout ensemble faisait un composé dont on ne pouvait tirer aucun avantage, et s’il n’eût pas été malade, je suis bien assuré que je n'aurais pas pu engager cette armée dans l’entreprise de Berlin. » On était encore incertain sur les mouvements ultérieurs. « Il m'est impossible de pénétrer les intentions des généraux de cette armée pour les quartiers d'hiver; par le peu d’arrangements que je vois prendre, il ne me semble pas qu'ils songent à faire un long séjour de ce côté-ci; je doute mème qu’en Poméranie ils en fassent davantage; cependant, je puis bien remarquer qu'ils sont gènés par des ordres de leur Cour. »

Butterlin avait eu en effet quelques velléités de se conformer au désir de son gouvernement et d'installer ses divisions en Poméranie et dans le Neumarkt, mais la vue d’un pays épuisé et la constatation du manque de ressources le firent renoncer à toute idée de ce genre. Le 7 novembre, il déclara, à Montalemoert (2) qui était allé au-devant de lui, l'impossibilité de faire hiverner l’armée dans une région où, de l’aveu de l’attaché français,

(1) Plunkett à Kaunitz, Landsberg, 30 octobre 1760. Archives de Vienne. (2) Montalembert au comte de Choiseul, Arnswald, 8 novembre 1760. Corresp., II, p. 321.

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