‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 60 sur 332 · AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE LA POSITION · texte numérisé non relu

AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE LA POSITION

gau. Il ne restait à l'assaillant qui déboucherait de la forèt de Dommitsch, qu'un front d'attaque fort étroit. Une pente douce, sorte de glacis naturel, conduisant de l’orée du bois à la crête, fournissait au défenseur un excellent champ de tir et favorisait les retours offensifs. Au sud, l’agresseur aurait à se déployer dans la plaine et se heurterait à l'obstacle du Rohrgraben et de ses bords mal drainés avant d'aborder le plateau intérieur. Ajoutons que les difficultés naturelles provenant des étangs et des cours d'eau avaient été fort accrues par les pluies abondantes de l’arrière-saison. Enfin, la plupart des pentes avoisinant Süptitz et Zinna étaient plantées en vignes (aujourd’hui disparues) et par conséquent peu accessibles aux formations serrées de l'époque.

Par contre, la proximité des bois permettait à l'assaillant de s'approcher sans se découvrir trop tôt. De ce côté la forêt de Dommitsch s'étendait fort loin depuis Elsnig et Neiden au nord-est jusqu’au delà de la grande route de Leipzig à Torgau : elle enveloppait les clairières où étaient situés les hameaux de Wildenhayn, Weydenhaynet Grosswig. Pendant les opérations de 1759, les Prussiens avaient construit quelques redoutes sur la hauteur de Süptitz et avaient édifié dans la forêt un abatis circulaire ; contrairement à ses habitudes, Daun ne fit rien pour améliorer ces fortifications de campagne ; bien plus, soit défaut d'ordres ou simple insouciance, les soldats autrichiens employèrent du bois des barricades pour leur cuisine et y firent des brèches dont profitèrent les Prussiens pour leur marche à travers la forêt. Terminons notre description, en rappelant qu’au sud et à quelque distance de la route de Leipzig, se trouvaient les localités de Probsthayn, Wiläschütz et Langen-Reichenbach, où les Prussiens avaient passé la nuit,

En résumé, la position formidable contre un ennemi arrivant du côté des villages de Süptitz et de Grosswig,

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c'est-à-dire du sud, était beaucoup moins protégée contre une attaque du nord. Le voisinage des bois, le profil moins accentué des pentes constituaient, pour l’assaillant, des avantages compensés, il est vrai dans une certaine mesure, par les difficultés du terrain aux environs de Zinna et par l’étroitesse du front d'attaque. Ces considérations, fondées sur la connaissance des lieux que possédaient plusieurs de ses officiers, inspirèrent le plan de Frédéric. Il divisa son armée en deux fractions inégales; à lui avec le gros des troupes sera dévolue la tâche de tourner les lignes autrichiennes et de les prendre à revers ; au général Zieten avee le reste, il appartiendra de seconder l'effort principal, de menacer le front de l'ennemi, et de lui cou per la retraite. Si la fortune se montrait propice, on pouvaitespérer nonseulement la défaite, mais l’anéantissement de l’armée de Daun et avec ce résultat, la fin de la guerre.

Quels étaient les effectifs des deux armées en présence? Déduction faite des deux bataillons laissés à Leipzig et de quelques autres détachements dont il sera fait mention, l’armée royale se composait de 62 bataillons et de 102 escadrons. Si l’on tient compte des fatigues excessives que ces troupes avaient éprouvées depuis leur entrée en campagne, des pertes considérables subies par les corps de Hülsen et du prince de Würtemberg, il semble exagéré d'évaluer le nombre moyen des combattants à plus de 550 par bataillon et à 110 par escadron (1), ce qui donnerait un total de k5.000 hommes pour la journée du 3 novembre. Ces chiffres sont à quelques cent:-nes près ceux des historiens prussiens. Pour ce qui est des Autrichiens, l'écart entre les estimatious des narrateurs est beaucoup plus sensible, car l'effectif qu'ils lez attribuent varie de 62,000 à 50.000, Daun avait sous ses ordres 72 bataillons, 8 compagnies indépendantes et 116 escadrons. Dès le début, les unités

(1) Avant le commencement des hostilités, Mitchell comptait 700 hommes par bataillon et 150 par escadron.

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autrichiennes avaient été un peu moins fortes que les formations correspondantes de l’armée royale(1). Dans l’armée de Daun, le déchet par le feu, la désertion et la maladie avait été à peu près le même que chez les Prussiens ; dans ces conditions, il est difficile de calculer plus de 500 par bataillon et 100 par escadron comme présents à la bataille de Torgau, soit #7.000 à 48.000. Quoi qu'il ensoit, adoptons les chiffres de Daniels (2) qui reposent sur un document officiel des archives de Vienne et comptons à Daun les 50.000 à 52.000 que lui alloue ce critique distingué. La supériorité numérique (3) des Autrichiens n’était done pas considérable; par contre, ceux-ci avaient une artillerie de #00 bouches à feu à opposer aux 256 de Frédéric. Examinons maintenant les dispositions que prit le roi de Prusse pour l'attaque (4). L'aile gauche qui était destinée à agir sous les ordres directs du monarque était répartie en trois colonnes : la première éclairée par 10: escadrons de hussards était forte de 25 bataillons dont une avant-garde de 10 bataillons de grenadiers, les 15 autres répondant aux deux lignes classiques du corps de bataille ; la seconde colonne se composait des 12 bataillons de !a réserve; en-

(1) Marainville les évaluait au commencement de juin à 600 hommes par bataillon et 120 par escadron.

(2) Zur Schlacht von Torgau, von Emil Daniels, Berlin, 1886.

(3) Le chiffre initial des forces autrichiennes avait été en 1760 de 120.000 combattants. Déduisons 20.000 pour les pertes de la campagne y compris celles de Landshut et de Liegnitz. 11 resterait au commencement de novembre 100.000 hommes dont 40.000 en Silésie avec Laudon et 10.000 à l’armée de l’Empire avec Hadick. Daun ne pouvait donc avoir plus de 50.000 y coimpris la division de Beck affectée à la garde des bagages sur la rive droite de l’Elbe.

(4) Le récit de la bataille est tiré de la Geschichte des siebenjährigen Kriegs, Berlin, 1834, — Freytag Loringhoven, Beiheft zum Mililär Wochenblatt, IV, 1897, — Emil Daniels, Zur Schlacht von Torgau. — Ausfurlicher

Bericht, Schlacht bei Süptiz Leipzig, s. d., — Gestündnisse eines oestreichischen Velerans, — Correspondance de Montazet, — Rapport de Daun, — Schäffer, vol. Il, — Retzow, Mémoires historiques, ete., etc. Voir la

carte à la fin du volume.

fin la troisième fournie presque exclusivement par la cavalerie, comptait 38 escadrons et 4 bataillons. Ces trois colonnes devaient s'ébranler successivement du camp de Langen Reichenbach, faire un long détour en pleine forêt de Dommitsch, par une marche concentrique, mais distincte, afin de ne pas se gèner les unes les autres, puis la position ennemie tournée, se déployer en ligne et se porter contre ce qui était actuellement le dos de l’armée autrichienne. Pendant le temps que prendrait cette manœuvre, Zieten avec l’aile droite forte de 21 bataillons et de 54 escadrons, avancerait directement contre le front de l'ennemi; il réglerait son horaire de manière à faire concorder autant que possible son arrivée sur le champ debataille avec celle du Roi.

Le 3 novembre à 6 h. 1/2 du matin, l’aile gauche commença son mouvement, la première colonne, sous le margrave Charles avec laquelle se tenait Frédéric, laissa sur sa gauche les villages de Mockrehne et Wildenhayn, dépassa Weydenhayn et après un grand circuit à travers les bois et la bruyère de Dommitsch, gagna la plaine aux environs d’Elsnig. En route, elle s'était heurtée aux troupes légères de Reid qui, après une faible canonnade, reculèrent sur Grosswig. Un peu plus tard, vers 11 heures, l'avant-garde prussienne trouva devant elle près d’Elsnig le détachement autrichien du colonel Ferrari. Cet officier faillit être surpris, mais averti par quelques soldats qui étaient allés chercher de l’eau, il put se retirer sans être entamé surie village de Neïden. La seconde colonne, commandée par Hülsen, suivit au milieu de la forêt un chemin parallèle, mais plus éloigné de l'ennemi, elle perdit du temps pour laisser défiler la cavalerie du prince de Holstein, puis continua son parcours et déboucha à la suite de sa devancière.

Dans le principe et avant la marche des Prussiens d’Eilenburg à Schilda, Daun s’était attendu à une attaque ve-

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