POSITION DE DAUN PRÈS DE TORGAU
Le 2 novembre, le roi de Prusse se rendit d'Eilenburg à Schilda où il pensait se heurter aux Autrichiens; décu dans cette attente, il fit obliquer ses colonnes à gauche; pendant la marche, son avant-garde eut un engagement avec la ‘avalerie de Brentano, lui enleva des prisonniers et apprit d'eux le véritable emplacement de Daun. En conséquence, l'armée coucha à Schilda, Probtshayn et Wildschütz,
l'avant-garde devant Langen-Reichenbach, et se prépara
pour la grande lutte du lendemain.
Ainsi posté, grâce à sa dernière manœuvre, Frédéric interposait ses forces non seulement entre les Autrichiens et l'armée de l'Empire, mais aussi ieur interceptait toute communication avec Dresde par la rive gaucne de l’Elbe. Il ne restait à Daun, pour retraite et ravitaillement, que les ponts de Torgau et la rive droite dont il était maitre. Malgré ce désavantage, le choix de la position où le maréchal avait résolu d'attendre l'attaque des Prussiens lui avait été recommandé par les souvenirs de l’automne de 1759 et de l'impuissance dans laquelle il s'était trouvé d’er faire sortir le prince Henri. Essayons de la décrire.
Observons, tout d'abord, que l'appellation de Torgau donnée à la bataille du 3 novembre ne se justifie pas; l'engsgement eut lieu sur le territoire des villages de Grosswig, Süptitz et Zinna, à environ # kilomètres de la ville. Celle-ei, alors forteresse d'ordre secondaire, avait au point de vue stratégique une valeur appréciable à cause de sa situation sur l’Elbe, dont elle commande le passage. À l’ouest de Torgau, entre le fleuve et la forêt qui, de toutes parts, borde l'horizon, s'étend une plaine dont le niveau se relève par une pente des plus douces à mesure qu'on s'éloigne de la ville dans la direction de Zinna et de Süptitz. Un examen attentif des lieux fait discerner quelques accidents de terrain qui, insignifiants en eux-mêmes, acquièrent une importance relative dans la plate uniformité de la contrée. Arrivé à Süp-
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titz, Le visiteur rencontre, au milieu du village, un ruisseau alimenté par un étang ; s’il en remonte le cours, il parviendra à un carrefour où le chemin dit la Butter Strasse, venu de Klitschen, se croise avec celui qu'il a parcouru. À cet endroit se trouvent des petites mares (Schaafteich) dont l'écoulement s'effectue vers Süptitz par un chapelet de pièces d’eau alternant avec les prairies; à la sortie du village, ce déversoir devient le ruisseau du Rohrgraben, coupe la plaine entre Zinna et le bois de la Lange Furth et se jette dans le grand étang de Torgau. À l’époque de la bataille, le terrain r'étai pas drainé et les rives marécageuses du Rohrgraben lorient un obstacle sérieux. Si, à la bifurcation de la Butter Strasse, près de laquelle est située la ferme moderne de Zietenhof, notre voyageur franchit la dépression qui sert de lit au ruisseau et gravit la pente opposée, il arrive au monument commémoratif qui inarque ce qui était à la fois le point culminant et la gauche de la position autrichienne. De cette butte, ou plutôt de ce renflement du sol, car ce n’est pas autre chose, il s'aperçoit que le vallon du ruisseau est le prolongement d’une dépression marécageuse qui contourne le site où le monument a été édifié et le sépare de la forêt de Dommitsch. Aujourd’hui, les bois sont à quelque distance, mais en 1760, ils remontaient presque jusqu’à la crête. Du monument, le visiteur n'aura qu'à se diriger sur les maisons de Zinna, il sera au cœur des lignes où les bataillons de Daun étaient rangés.
La position était bonne; à la vérité, elle ne dominait que de quelques mètres le pays environnant, mais ceinturée par le fossé naturel que constituait le ruisseau, flanquée par le terrain détrempé où celui-ci prend sa source, elle était protégée du côté de Nieden et jusqu’à Zinna par l'étang du Rohrteich, le canal du Zscheits et par les marais qui couvraient le pays jusqu’à l'Elbe, ne laissani qu'une seule approche, la chaussée de Dommitsch à Tor-