PREMIÈRE ATTAQUE DES PRUSSIENS
l'ennemi. Les bagages et les équipages de l’armée autri-
chienne, relégués sur la rive droite de l'Elbe que reliaient
trois ponts à Torgau et à la rive gauche, furent confiés à la garde du général Beck arrivé le jour même de la Lusace. La ville de Torgau était occupée par des piquets prélevés sur les régiments de l'armée.
Ainsi distribués, mais encore incertains sur les mouvements de l'adversaire que masquait le bois, les Autrichiens se préparèrent à l'attaque qui ne fut pas longue à se produire : le Roi, soit que le bruit du canon de Zieten lui fit croire que son lieutenant était sérieusement engagé, soit que l'heure déjà avancée d'une courte journée d’automne l’eût poussé à entamer une affaire qu'il voulait décisive, résolut d'aborder la position autrichienre avec ce qu'il avait sous la main, sans attendre l’arrivée du
reste. Presque tous les narrateurs sont d'accord pour fixer
vers 2 heures le début de l’action. Pour contrebattre les canons et les obusiers autrichiens qui couvraient de leurs projectiles le bois du Neidensche Hüsgen où s’abritaient tant bien que mal les formations prussiennes, Frédéric fit appeler deux batteries; elles furent littéralement pulvérisées avant d’avoir pu être servies; puis il lança son avant-garde contre la ligne autrichienne, au premier rang, la brigade de Stütterheim appuyée par celle de Syburg. Mais les grenadiers dont se composait cette troupe d'élite, accueillis par un feu d’enfer, furent bien vite mis hors de combat et obligés de chercher le couvert des arbres; ils y furent poursuivis par les carabiniers autrichiens et fusillés sur leur gauche par les Croates qui s'étaient glissés dans les taillis et les vignes entre le plateau de Süptitz et la forêt. Dans cet engagement qui fut de courte durée, l'avant-garde perdit ses deux brigadiers, 68 officiers et près des deux tiers de son effectif.
Entre temps, sous le voile de la mêlée qui avait pour théâtre le terrain découvert et la lisière du bois, les troupes
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du gros, sous le commandement du margrave Charles,
avaient pu se déployer avec plus d'ordre que leurs de-'
vancières. DesbrigadesRamin etGablentz ainsi que de quelques fractions de la brigade Butzke et du corps de Hülsen, on constitua une masse de 16 bataillons pour livrer le second assaut que vinrent soutenir deux batteries de gros canons établies à leur gauche. Le mouvement général fut facilité par une manœuvre imprudente des Autrichiens. Encouragés par la défaite de l'avant-garde royale, désireux de seconder la contre-attaque qui se déroulait devant eux, quelques régiments de la première ligne, et notamment ceux de Durlach, Wied et Puebla, quittèrent le plateau, descendirent le glacis et se jetèrent dans le bois pour achever la victoire : mal leur en prit, car ils furent vigoureusement ramenés par la brigade Ramin qui était au centre de la ligne prussienne et qui marchait droit sur la position. Profitant de cet avantage, stimulés par la présence et l'exemple du Roi qui se prodiguait sans souci de sa sûreté personnelle, les Prussiens, par un énergique effort, gravirent les pentes et s'emparèrent d’une partie du plateau large seulement de 500 à 600 mètres qui couronnait la chaine des crêtes. Mais leur succès ne fut pas de longue durée; les généraux autrichiens tirèrent de leur réserve des renforts d'infanterie; Daun qui payait de sa personne et montrait son sang-froid habituel, appela de sa droite ses cuirassiers, et les lança contre les Prussiens; ceux-ci reculèrent à leur tour. Dans cette bagarre, les régiments autrichiens de Savoie et de l'archiduc Léopold se distinguèrent d'une façon spéciale; Daun y reçut une blessure à la cuisse, qui ne l’empêcha pas cependant de rester à la tète de ses troupes.
Il y eut sur les pentes de Süptitz, dans l’espace découvert entre elles et Le bois, enfin dans l’orée de la forêt, une lutte sanglante; on se battit avec un acharnement qui rappela les scènes de Zorndorf et de Cunersdorf; les ca-