PRISE DES BOIS PAR SAINT-GERMAIN ET GUERCHY
avait détachées en avant; quant au gros des confédérés, il était encore trop loin pour être visible du champ de bataille.
Rassuré sur le nombre des ennemis qu’il avait devant lui, Broglie fit entrer en ligne son infanterie et son artillerie au fur et à mesure de leur apparition. Au feu des batteries qui reprit avec plus d'intensité, se mêla celui de la fusillade. Saint-Germain fut renforcé des brigades de Royal Suédois et de Castella; ces troupes joignirent leurs efforts à ceux de leurs camarades de la Tour du Pin et de la Couronne, s'emparèrent définitivement du premier contrefort et se retournèrent contre le reste de la position, « prenant à revers l'endroit du bois par où les ennemis y entraient et qui voyait la plaine ». Le rapport de Broglie, à qui nous empruntons ce détail, continue ainsi : « Je fis avancer alors 24 pièces de canon du parc qui arrivaient, et je les plaçais sur le haut du bois pour attaquer une batterie que les ennemis avaient à la pointe droite, et d'où ils nous incommodaient beaucoup y ayant sept pièces de canon et trois obusiers. En même temps, je fis mercher M. de Guerchy avec les brigades du Roi et de Navarre sur la droite de M. de Saint-Germain pour entrer dans le bois et attaquer cette batterie, et je fis avancer à l'entrée du bois celles d'Auvergne et d'Orléans pour servir de réserve et être portées où on en aurait besoin. La brigade de Navarre se porta à la batterie, et celle du Roï entra dans le bois entre Navarre et M. de Saint-Germain. Le feu fut alors très vif, et les ennemis entièrement chassés du bois. Alors, la brigade de Navarre qui, à la faveur d’un fond, s'était portée jusqu'à cinquante pas de la batterie sans en être aperçue, l’attaqua avec beaucoup de vivacité, s'en empara et chassa les troupes qui la gardaient, dont il y en eut même un assez grand nombre tué à coups de baïonnette par les grenadiers et chasseurs de cette brigade qui en avaient la tête. Les ennemis sortirent du bois
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en très grand désordre, mais ils furent recus par leur cavalerie qui était en bataille derrière, et qui empêcha notre infanterie de ies suivre. »
Consultons maintenant sur cet épisode le récit du prince Ferdinand qui assistait à la bataille depuis le matin : après avoir relaté les attaques répétées des Français, il ajoute : « Il n’était pas nécessaire de soutenir le poste que le prince occupait, dès que l’armée fut arrivée, et il n'était possible de venir avec l’armée à temps de Sachsenhausen audit poste pour le secourir; c’est pourquoi, j'ordonnais au prince de se replier sur l’armée, dont une partie était alors formée. Le prince fit en conséquence sa disposition pour la retraite ; quelques bataillons et quelques escadrons perdirent la contenance et se retirèrent avec quelque confusion. L’ennemi en profita, et pressant nos troupes fort vivement par un grand feu de canon et par beaucoup de cavalerie, nous aurions perdu plusieurs bataillons sans la valeur du prince héréditaire, qui se mettant à la tête d’un escadron de Bland et du régiment de Howard, chargea l’ennemi avec tant de violence que notre infanterie eut le temps de se reconnaitre et de faire sa retraite. » Le commissaire anglais Boyd (1) qui était également présent, rend compte de la reculade désordonnée des défenseurs des bois de Corbach et en particulier de cinq bataillons qui avaient beaucoup souffert. Un gros corps de cavalerie française qui, jusqu'alors, avait été posté près de la ville de Corbach, s’avança au grand galop et fit mine de tomber sur les fuyards. Pour les protéger, le prince héréditaire fit charger deux escadrons anglais; très inférieurs en nombre, ils furent entourés par les Français et subirent de lourdes pertes, mais leur dévouement ne fut pas inutile, car il donna le temps à l'infanterie battue d'éviter un désastre. Voici en quels termes Broglie ra-
(1) Boyd à Holdernesse, Sachsenhausen, 12 juillet 1760. Record Office.