‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 86 sur 332 · MARCHE DE SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

MARCHE DE SAINT-GERMAIN

En dépit du ton insubordonné qu'il avait pris vis-à-vis de son chef, Saint-Germain, il faut le reconnaitre, exécuta de son mieux les ordres recus; le 2 juillet, ilavait dirigé (1) le régiment de la Tour du Pin sur Arensperg; le #, il quitta Dortmund avec le gros de la réserve, laissant au général Dauvet la tâche de couvrir, avec trois brigades, les fours de Hagen et d'éclairer le cours de la Roer. La première étape, de Dortmund à Melden, fut pénible à cause de la chaleur excessive; fort heureusement Spôrcken ne fit rien pour là troubler; « je souhaite bien que la fantaisie ne lui vienne pas d'occuper quelques points sur la Roer; s'il le faisait, je ne sais pas trop ce que nous deviendrions ».

Malgré ses sombres pronostics, Saint-Germain continua sa marche; le 6, il était à Meschede (2) et allait en partir le 7 pour Brillon, quan | il apprit l'arrivée à Werle, le 5 au soir, d'un corps ennemi de 5 à 6.000 hommes; inquiet pour ses communications et pour ses mrgasins, il renvoie une brigade à Arensperg et deux à Frie:ohl (3); il n’a du pain que jusqu’au 10, jour pour lequel Broglie lui avait fixé rendez-vous à Corbach: il y aurait été le 9 sans le mouvement de l’ennemi ; dans les circonstances actuelles il ne pourra guère y être rendu avant le 1# ou le 15. En même temps qu'il communiquait ces détails à Belleisle, Saint-Germain eut soin d'informer le commandant en chef de l'obligation dans laquelle il se trouvait de s'arrêter provisoirement à Meschede. Broglie lui répondit aussitôt (4). Ainsi qu'il le lui avait écrit la veille, toutesses mesures avaient été combinées pour effectuer la jonction le 9 à Corbach, « où vous m’aviez mandé que vous arriveriez ce

(1) Saint-Germain à Broglie, Melden, 4 juillet 1760. Archives de la Guerre.

(2) Saint-Germain à Beileisle, Meschede, 7 juillet 1760, Archives de la Guerre.

(3) Village entre Arensperg et Meschede.

(4) Broglie à Saint-Germain, Franckenberg, 8 juillet 1760, 5 heures soir. Archives de la Guerre.

jour-là » ; par crainte d’être prévenu par l’ennerii, ïl allait se mettre en route le 8, et en conséquence il le priait « de marcher, quoi qu'il en püt arriver, pour vous rendre le 9 ou au plus tard le 10 de bonne heure à Corbach, cela étant de la plus grande importance ». Il poursriit : « Je ne puis que vous répéter la même chose et quoique j'aie évité jusqu'ici de me servir du mot d'ordre, je ne balance point dans cettw occasion, vu son importance pour le service du Roi à quoi toute considération doit céder, à vous en donner un positif d'être le 10 au plus tard avec le plus de troupes qu'il vous sera possible à Corbach, et de vous y faire précéder, dès le 9, par un régiment de troupes légères qui y annonce votre arrivée avec tout votre corps pour le même jour. A l'égard de votre pain, si vous ne pouvez le tirer de vos derrières, M. de Peyre vous en fournira, ctil y est préparé; je vois par le mémoire de M. de Lisle que vous êtes payé en pain jusqu’iu 11 inclus. Quant à la fatigue des troupes, il est des cas où elle est néce;saire, et celui-ci en est un. L'armée entière a fait au;curd'hui sept lieues par le temps le plus mauvais, sans que personne murmure, parce qu'on sait que cette célérité peut seule procurer le succès de notre opération. Je marcherai demain pour déboucher par Sachsenberg dans le bassin de Corbach, et je compte que vous m'y joindrez au plus tard après-demain supposé que sur ma lettre d’hier vous n'ayez pas marché aujourd'hui. »

Les ordres du maréchal furent exécutés; Saint-Germain écrit (1) de Giershagen, localité située entre Brillon et Corbach, qu'il vient d'y entrer avec deux brigades à’infanterie, et qu’il repart pour Coxbach où la cavalerie ne parviendra que dans l'après-midi; quant à l'artillerie et aux deux autres brigades d'infanterie, « elles auront

(1) Saint-Germain à Broglie, Giershagen, 9 juiliet 1760, 8 h. 3/4 soir. Archives de la Guerre.

PLAINTES DE SAINT-GERMAIN. 193 MISE Fr bien de la peine à arriver demain (1) à moins que l’on È | de m'envoie des chevaux ». Il va sans dire que le comman- . à e9 | dant de la réserve est outré de la inarche forcée qu'on M ant lui a imposée et du ton de Broglie à son égard. Auprès n\ | juis du ministre, il se répand en jérémiades (2) : « Je reçus IR daté hier 8, à 11 heures avant snidi, l'ordre de M. le maréchal l4 EL ait | de partir tout de suite... Je partis hier À 1 heure après Un {

A eS À midi, il en est déjà sujourd'hui 9 heures du matin, et NE. 41. en l'artillerie ni les équipages ne sont point arrivés. Tous les fil 1 de chevaux sont rendus, parce qu’il n’a pas été possible de- 1 HORATES ve 2 puis six jours de trouver ün brin d'avoine ; je marcherai PIERRE ces encore cependant cette après-dinée et tâcherai de faire OMIS né ‘ trois lieues a‘in de n'en avoir plus que cinq à faire dans HP

ER À la journée de demain. » Suit ane énumération des diffi- il RUE ira, ; cultés qu'il rencontre : pluies continuelles, insuffisance Ken ile Ë d’attelages, chemins détestas ‘es... «Je ne vous dissimule où à (NW ant k pas, Monseigneur, que je n'y puis plus tenir et j'insiste 15 Ce 3- g- à vous demander mon rappel; je suis si déterminé à An 1 uL- \1 ne point servir sous M. de Broglie, parce que cela m'est { \ il nas \ impossible, que je déserterais plutôt que de continuer. Je CN eut sens, Monseigneur, l’indécence du terme, je vous en de- 15 l' i he- mande pardon, mais je ne puis pas vous exprimer autre- UT NT 1 ment et vous rendre la situation de mon âme et certaine- 0 au ment j'agirais en conséquence coûte que coûte. » NI V ion Pour la compréhension du sujet, il a fallu accompagner Et À 6 Saint-Germain jusqu’à la veille de son arrivée à Corbach; ! VE ain retournons maintenant à Broglic que nous avon: laissé | LA et ; dans son camp de Neustadt. Le repos qu'il y fit prendre CE SNA n- À se prolongea jusqu'au 7 juillet et ne fut interrompu par VELLAN IS | ne aucun incident important. Un raid exécuté par le briga- AT NS brie | dier Nordmann sur Fritzlar où étaient remisés les équi- AM Hi ont | is u | 4] (1) Ces dernières troupes rejoignirent le 10, trop tard pour participer à | | l'action : Vologny (chef d'état-major de ia réserve) à Belleisle, Corbach, 11 | 114 tie 1 juin 1760. Archives de la Guerre. Î MOrIt EL ’ (2) Saint-Lermain à Belleisle, Brillen, 9 ju let 1760. Archives dela Guerre. | 1f

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pages des confédérés n’eut qu’un succès partiel. Les Francuis s’y montrèrent le 30 juin au point du jour, détruisirent un magasin, capturèrent quelques voitures et rendirent la liberté à une centaine de hussards de Berchiny, mais l’entrée en scène de Lückner les força à un retour précipité. Le maréchal, qui avait fait occuper Franckenberg par une avant-garde, y marcua, dans la nuit du 7 au 8, avec le gros de l’armée. Il y parvint le 8, après une étape de sept lieues par la pluie battante. Le 9, l’Eder fut franchi sans opposition et l'avant-garde, sous le brigadier Clausen, allait dresser ses tentes près d’'Imminghausen sur la rive gauche, quand les éclaireurs furent reçus à coups de fusil. Broglie les rejoignit, s'assura que l’ennemi était en force . et n'ayant pas encore assez de monde avec lui, ajourna toute rencontre jusqu’au lendemain.

Pendant les premiers jours de juillet, Ferdinand était resté à deux lieues du quartier général français, au village de Diedershausen, tout près de Ziegenhayn, où les premiers renforts anglais le rallièrent. Au cours de son séjour, il avait appris ie mouvement de Saint-Germain sur Arensperg, etgrâce à une lettre interceptée, il était informé de la jonction projetée dans les environs de Corbach; lc départ de Broglie pour Franckenberg confirma ces avis, aussi n'hésita-t-il pas à diriger son armée sur Corbach pour s'opposer à la réunion des deux fractions des forces françaises : « Je me mis en marche le 8, écrit-il (1), à 3 heures après midi, et arrivai le 9, au matin, sur les hauteurs de Braunau, non loin de Wildungen ; la queue de l'armée n'arriva que tard au camp. Je poussai le corps de Kielmansegge qui avait campé sur les hauteurs de Braunau en avant jusqu'à Sachsenhausen, et je le renforçais par quelques bataïllons :{ escadrons aux ordres du général Griffin, confiant es deux corps réunis aux ordres

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(1) Ferdinand à Holdernesse, Sachsenhausen, 11 juillet 1760. Record Office. I

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COMBAT DE CORBACH. 195

du prince héréditaire de Brunswick. L'armée se remit en

it marche le 10, à 2 heures du matin; je la fis précéder à | par un détachement de six bataillons et de six escadrons I aux ordres du lieutenant-général Oheim, afin de renfor- . cer encore le corps du prince héréditaire, mais ce corps Le n’arriva que vers la fin de l’action. Comme les Français Le pouvaient arriver avec le gros de leur armée au même pt moment à Corbach, que je pouvais arriver à Sachsenhauns sen, je jugeai très nécessaire d’y avoir un corps tout prèt D; pour protéger la formation de l’armée, d'autant plus que ve M. de Saint-Germain était arrivé selon mes nouvelles Le 9 il. à Corbach, et que M. de Broglie avait poussé son avantce ‘ garde de même jusqu'aux environs de cette ville, » Da Le prince héréditaire, dont les troupes se composaient | “ de 1# bataillons et 14 escadrons appartenant aux divisions ait Kielmansegge et Griffin et à la brigade Lückner, soit 16 à 89 17.000 hommes, était parvenu le 9 dans l'après-midi à Per Sachsenhausen ; il s'y heurta à un détachement de cavaon lerie française qu'il “epoussa, posta un bataillon dans les sur bois, au-dessus du village de Strothe, et appuya cette mé avant-garde avec l'intention d'attaquer, le lendemain, les le Français qu'on apercevait aux abords de Sachsenberg. 15 Le 10 juillet, au lever du jour (1), les iroupes du prince ch occupaient en nombre la crête qui sépare le plateau de uen Corbach de la vallée de la Werba. Averti par Clausen, » à qui commandait les avant-postes, Broglie se rendit à les la justice de Corbach, petite hauteur en avant de la de ville; de là il put reconnaitre la position ennemie. Les rps confédérés s'étaient établis sur les contreforts boisés qui ou se détachent de la plaine ouverte en avant de Corbach, il dans la d'-ection de Strothe et du vallon de la Werba ; ge" r'es (1) Le récit du combat de Corbach est tiré du Bulletin des opérations de l'armée, du rapport de Broglie, de celui du prince Ferdinand et des corresdeu pondances des officiers français et anglais Chabo, Boyd et Peirson. (Voir la

carte à la fin du volume).

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on discernait leur infanterie garnissant l’orée du bois et derrière la forêt les reconnaissances signalaient un corps de 7 à 8.000 hommes formant réserve. À ce moment, Broglie n'avait encore à sa disposition, en outre des troupes légères de Clausen, que deux brigades d'infanterie, les carabiniers et huit pièces de gros canon. IL fut rejoint, vers 5 heures du matin, d’après la version de Saint- Germain, par ce général avec les volontaires de Flandre et les deux brigades de la Tour du Pin et de la Couronne. Les nouveaux venus furent aussitôt dirigés vers les dos d'âne boisés où se tenaient les ennemis : « Je ne pus pas, écrit Saint-Germain (1), Les chasser de ce boïs où ils étaient déjà, mais nous les continmes pendant plus de # heures. » D'après le croquis annexé au journal des opérations de l'armée, les soldats de Saint-Germain auraient pris possession d'une partie du promontoire de gauche, mais auraient été impuissants à s'emparer complètement de la forêt. Peu à peu, l'affaire dégénéra en canonnade ; il y eut en tout cas dans l'offensive française, un moment d'arrêt causé par l'apparition de deux colonnes ennemies qui paraissaient considérables : « Je crus, écrit Broglie, que c'était l'armée du prince Ferdinand, et effectivement, il y avait lieu de le penser; cela m’engagea à suspendre J'attaque des bois, et même à faire arrêter au delà de Corbach les brigades de cavalerie, parce qu'il n’y avait encore aucun débouché fait pour la retirer en cas de nécessité, mais ayant vu la queue des colonnes des ennemis et ayant lieu de croire que ce n’était pas l’armée entière, j'envoyai ordre à toutes les troupes qui étaient en marche de me joindre. » Les colonnes aperçues étaient probablement la cavalerie et l'infanterie du général Oheim que le prince Ferdinand, de son camp de Wildungen,

(1) Saint-Germain à Belleisle, Berndorf, 11 juillet 1760. Archives de la Guerre.

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