SURPRISE DES FRANÇAIS A EMSDORF
Marburg, d'expulser les partis ennemis du pays conquis entre l'Eder et la Schwalm et de préparer le siège de Ziegerhayn; Glaubitz, placé sous sa direction, devait prendre position avec sa brigade allemande de cinq bataillons à Jesberg, à moitié route entre Marburg et Fritzlar. Aussitôt qu’il eut connaissance de ces dispositions, le prince Ferdinand résolut de tenter un coup de main contre le corps isolé de Glaubitz, et si possible, contre la garnison de Marbnrg : il chargea de cette expédition son neveu à peine remis de sa blessure de Corbach et brülant du désir de venger sa récente défaite. En conséquence, le jeune général (1) prit à Frit:lar le commandement de 6 bataillons qui y avaient été envoyés la veille, fut rejoint à Zwesten par Lückner avec ses hussards et un régiment de cavalerie venu en droite ligne de l'Angleterre, coucha à Treysa et poursuivit son chemin le lendemain 16 juillet jusqu’à Speckwinkel où il ramassa les chasseurs de Friedrichs et les irréguliers de Freytag; son infanterie ne rallia qu'à i1 heures. Le prince se porta en avant pour reconnaitre le parti français dont on lui avait signalé le voisinagr; « il trouva leur camp placé à une gorge de montagne, appuyant leur gauche à un bois devant Emsdorf et ayant le village d'Erksdorf devant leur droite; il prit cinq bataillons, mit les chasseurs à pied et une brigade à cheval à leur tête pour faire l’avant-garde, faisant un détour de près de deux lieues au travers des bois, des montagnes et du village de Wolffskuler pour gagner la gauche de l'ennemi qui, ne se doutant de rien, fut surpris dans sen camp ». Le rapport de Glaubitz confirme celui de son adversaire. À un ordre de Stainville de se rendre le 16 à Gilseberg ou Gersberg, il avait répondu qu'ilse metirait en route d’Emsdorf, aussitôt son pain et sa
(1) Le récit du combat d'Emsdorf est tiré du rapport du prince héréditaire (Westphalen et Record Office) et de celui de Glaubitz (Archives de la Guerre).
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viande recus. « J’attendais le pain qui n’arriva que sur le midi et je comptais de partir à une heure, lorsque le poste d'infanterie qui était à la gauche du camp dans un bois et qui avait mal fait sa patrouille fut attaqué tout d’un coup, culbuté, l'officier tué, et marchant en colonne sur mon camp. Le régiment de Royal Bavière dont il ne restait plus que deux bataillons, en ayant envoyé un à Marbourg par ordre de M. le maréchal, était à la distribution du pain; mais averti par les coups de fusil du poste, jeta son pain, courut aux armes et se porta dans le bois contre ces gens; il y eut un feu de muusqueterie et de canon qu'ils soutinrent avec valeur; on croyait que ce n’était que ce corps de 800 chasseurs quand, tout d’un coup, nous vimes sortir du bois une colonne d'infanterie de toutes couleurs qui, par un quart de conversion, se trouva vis-à-vis de nous en bataille; il est certain qu’en moins de trois minutes, toute la brigade fut en bataille. » Après une courte lutte, les deux bataillons de Royal Bavière furent chassés du bois avec perte de leurs canons. Au même moment, les trois bataillons d'Anhalt se virent menacés sur leurs deux flancs par le corps de Lückner, les chasseurs de Freytag et les dragons anglais d'Elliot. Enfin, le prince héréditaire fit tirer son artillerie sur le camp français et déboucha du bois avec ses cinq bataillons. Assaïilli de tous côtés, coupé de Marburg dont le chemin était tombé au pouvoir de l'ennemi, Glaubitz n'avait d'autre parti que celui de la retraite; il essaya de l’effectuer en franchissant les taillis dont il ne put se tirer qu’en abandonnant deux des pièces qui lui restaient encore; il gagna ainsi le village de Langestein où il repoussa une charge des dragons anglais. De ce village, il se dirigea sur Nieder Klein dans l'espoir d'atteindre Marburg par un grand détour; mais le vainqueur ne lui en laissa pas le temps. Le rapport allemand décrit la poursuite : « Étant impossible à notre infanterie de suivre, M5 le Prince
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GLAUBITZ KAIT PRISONNIER PAR LES CONFÉDÉRÉS. 211
prit le régiment d’Elliot, dragons légers, ramassa quelques hussards et traversa après eux le bois qu’ils avaient gagné au delà de l’Ohm et les trouvant derechef en marche dans la plaine pour gagner Nieder Klein, il donna plusieurs fois sur eux, les perça quatre ou cinq fois, en sépara enfin 500 hommes, les entoura et leur fit mettre bas les armes. Non content de cela, il marcha de nouveau sur le reste de l'infanterie ennemie qui s'était jeté dans Niedor Klein et qui s'était accollé à un bois, la £: environner et sommer de se rendre, ce qu'elle fit. »
De ce récit, celu' de Glaubitz ne diffère que dans les détails. IL raconte qu’à la sortie des bois, il n’était plus qu’à 2.000 pas de Nieder Klein, « mais M. de Lucker qui connaissait tous les sentiers du pays tourna le bois et je le trouvai en bataille dans la plaine pour me couper le village; j'avais déjà alors perdu beaucoup de monde, tant par les attaques que de la lassitude par la chaleur qu'il faisait; je pris alors le parti de former 728 bataillons en colonnes serrées et chercher À percer ». La tentative ne réussit pas. Les débris de la brigade furent obl'gés de mettre bas les armes. « Le soldat, relate Glaubitz, était rendu et exténué de fatigue, n'ayant pas eu de viande depuis trois jours et point de pain, et presque sans poudre. IL était près de 6 heures du soir, nous avions fait plus de trois lieues de chemin par une grande chaleur, toujours en combattant. L'infanterie ennemie était alors à une demi-lieue de moi derrière le bois que je venais de traverser, les dragons, hussards et chasseurs à cheval et à pied qui n'étaient pas vis-à-vis de moi m'’avaient tourné de droite et de gauche. » Glaubitz se rendit sans avoir consulté ses principaux officiers, ce qui lui fut plus tard reproché. Berchiny, avec une partie de ses hussards, se réfugia à Marburg, d'où il écrivait trois Jours après : « De 900 hommes, il ne m'en reste plus que 262 en état de service, il ne nous reste ni chemise, ni mar-
mite, ni d'autre cheval que celui que chacun montait. »
Le raid d'Emsdorf est à l’honneur du prince héréditaire et de ses soldats qui firent (1) « au moins 20 lieues en deux fois 24 heures, les quatre dernières l'infanterie en veste, sans havresacs ». Dans la journée du 16, les confédérés s'emparèrent du maréchal de camp Glaubitz, du brigadier prince d’Anbalt et de 2.661 officiers et soldats (2) dont 5 ou 600 blessés (3), de 5 canons et,de 9 drapeaux. Du côté des Français, en outre des blessés tombés au pouvoir de l'ennemi, il y eut, au dire de Glaubitz, un peu plus de 300 tués. Les vainqueurs n'accusèrent qu’une perte de 186 (4) mis hors de combat, dont 125 pour le seul régiment des dragons anglais. Ainsi que le démontrent l'aveu de Glaubitz et les lettres d'officiers présents (5), les Français furent complètement surpris et n'eurent connaissance de l'approche de l'ennemi que par les coups de feu qu’ils reçurent d’un bois qui dominait le camp, pendant qu'ils étaient occupés à la distribution du pain; le général hanovrien ne leur laissa pas le temps de se ressaisir. Malheureusement, dans notre histoire récente et notamment pendant la guerre de 1870, nous avons à enregistrer des incidents du mèêr-: genre. Peu important au point de vue général, le fait d'armes du 16 juillet vint consoler le prince héréditaire de l'échec de Corbach et relever le moral des confédérés, un peu déprimé par le fâcheux début de leur campagne.
Par bonheur pour le service de l’approvisionnement de l’armée française, la fatigue des troupes empêcha le prince héréditaire de pousser jusqu’à Marburg, car
(1) Glaubitz à Belleisle, 10 juillet 1760. Archives de la Guerre. (2) Un assez grand nombre put s'échapper après la reddition. (3) Courvoisier, qui assistait au combat, rapporte que le régiment d'Anhalt
eut 20 officiers et 335 soldats blessés.
(4) Westphalen, IV, 347; le journal anglais des opérations du prince Ferdinand (London,1764) donne le chiffre de 320 pour les pertes des confédérés.
(5) Courvoisier à Belleisle, Butzbach, 22 juillet 1760. Archives de la Guerre.
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il n'y avait qu'un faible détacherient dans cette ville et ls renforts ne le rejoignirent qu’au cours de la journée du 17. La capitulation de Dillenburg dont la garnison, après une belle résistance de 15 jours, se rendit le 15 juillet, fut une légère compensation à la surprise d'Emsdorf,
Depuis le combat de Corbach, Ferdinand n'avait pas bougé. Voici en quels termes il décrit (1) la position des belligérants : « J'occupe encore mon camp de Sachsenhausen. Le général de Spoerken en occupe un à Volckmissen, avec la petite armée; elle est éloignée de moi de cinq heures de chemin; mais j'ai établi des corps entre Spoerken et l’armée, pour entretenir la communication, et pour défendre les débouchés par lesquels l’ennemi pourrait percer entre nous. J'ai sur ma gauche un corps de six bataillons et de quatre escadrons, pour observer le prince Xavier de Saxe. Le gros de l’armée française est à Corbach; la réserve de Saint-Germain à Massenhausen (2), à trois heures de chemin de Corbach, sur sa gauche; un corps de 10.000 hommes entre Corbach et Massenhausen; un autre corps, de 8.000 hommes à peu près, est sur sa droite, près de Voehle, à deux heures de chemin de Corbach. M. le Prince Xavier est marché, depuis l’affaire du 16, avec 16 bataillons et 1% escadrons outre les troupes légères à Rosenthal, à neuf heures de chemin de Corbach. Il menace, par sa position, Ziegenhayn, et couvre en même temps les transports qui vont à l’armée française, avec la boulangerie de Marburg. Le pays de Waldeck est un composé de montagnes, de défilés et de ravins; on n’y peut pas choisir les positions à son gré. IL faut s’accommoder de celle qui a le moins de défauts. Nous sommes si près l’un
(1) Ferdinand à Hold ernesse, Sachsenhausen, 21 juillet 1760. Recoru Office. (2) Village voisin de Canstein.
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