DAUN SUIT LE PRINCE HENRI
bla à Spremberg messieurs les Feldjaegermeisters qui décidèrent avec lui qu’il fallait se porter ici. » Le Français s'étend sur les embarras de Daun, et se console de l’abandon de la marche contre le Roi, en tombant sur les alliés : « Les Russes ne veulent rien faire dans le fond, ne cherchent qu’à sauver les apparences, et ils exigent que M. de Laudon avec son corps ne les quittera pas. » Montalembert /1) partageait les impressions de son collègue; il pensait que les Russes n’accompliraient plus rien cette campagne, à moins d'ordres formels de Saint-Pétersbourg. Mesnager (2) donne au contraire la note des militaires moscovites : « Les lenteurs, les mouvements, la politique du maréchal Daun ont excité une méfiance qui augmerte tous les jours, par la crainte que les armées réunies, il n’en ait le commandement en chef. » Scltikoff, qui venait d’étre nommé feld-maréchal, à la suite de la bataille de Kunersdorf, se soucierait peu de jouer un rôle de subalterne.
Au quartier général zasse, on s'était à peu près résigné à se charge: du siège d'une des places de l’Oder, et pendant que durerait cette opération, on comptait être couvert du côté de Frédéric par l’armée de Daun ; aussi l’avis du départ de ce dernier pour Bautzen, créa-t-il dans l'état-major une émotion que Montalembert va nous décrire : « J'ai trouvé ce général (Soltikoff) (3) déterminé à se rapprocher de l'Oder et ne voulant rien entreprendre qui pût l'en éloigner; dans de pareilles dispositions, je n'ai pu lui proposer que la prise de Glogau ». Après quelques objections, le Russe avait accepté cet objectif moyennant certaines conditions aussitôt transmises au camp autrichien : « Mais la nouvelle qu'on a recue ici
(1) Montalembert à Belleisle. Licberose, 9 septembre 1759. Archives de la Guerre, 3522.
(2) Mesnager à Belleisle. Lieberose, 12 septembre 1759. Archives de la Guerre, 3522.
(3) Montalembert à Choiseul, Lieberose, 14 septembre 1759. Archives de la
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hier vers les neuf heures du matin, que le maréchal Daun avait marché sur Budessin, au-devant du prince Henri, après avoir mandé qu'il avait des ordres positifs de marcher sur le roi de Prusse, a fait un si mauvais effet que le comte de Soltikoff voulait absolument partir ce matin pour s’en aller de son côté sur l'Oder, renonçant à tout concert avec le maréchal Daun. 11 m'a paru très piqué de ce que M. le maréchal avait changé la direction de ses marches sans l'en avoir prévenu; enfin, toute la journée d'hier a été employée à remettre le calme et à rétablir les choses à peu près sur le même pied;.... ce que j'ai obtenu de plus essentiel, c'est qu’il n’y aura rien de changé au projet du comte de Soltikoff dont j'ai fait part à Montazet par son ordre... Le comte de Romansof (Rumjanzew) est parti ce matin pour aller au quartier général du maréchal Daun, chargé de convenir avec lui des opérations qui restent à faire. » Montalembert attache beaucoup d'importance à gagner ce personnage « intéressé de vanité et d'ambition, » ainsi que le général Panin. «Il ne faudra pas d'argent à celui-là; ce serait même un très mauvais moyen auprès de lui, mais la promesse du cordon bleu de Pologne ou celle du grade de lieutenant général. »
En exécution du mandat qui lui avait été confié, Rumjanzew se rendit à Bautzen et soumit à Daun les mesures préparatoires que demandait son chef pour le siège de Glogau; renfort de 10 à 12.000 Autrichiens, constitution près de la ville d’un magasin contenant un mois de vivres, fourniture du parc d'artillerie, protection de l'investissement contre les entreprises du Roi et du prince Henri. La première exigence des Russes pouvait recevoir satisfaction immédiate; quant aux autres, il fallut se contenter des promesses un peu vagues du feld-maréchal. Montazet voyait de très mauvais œil (1) l'expédition de Silésie au
(1) Montazelt à Contades. Budessin, 18 septembre 1759. Archives de la Guerre. Carton de 1759.
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