DIVERSION DU PRINCE HENRI EN LUSACE
tions de la part des Russes, Hadick sur cette ville pour prèter assistance au duc de Deux-Ponts; de son côté Frédéric envoya, au secours de la capitale de la Saxe, le général Finck avec un corps d'un peu plus de 10.000 hommes. Enfin, le prince Henr’, convaineu qu'il rendrait plus de service au Roi par une diversion en Lusace qu'en restant à Sagan, décampa de cette ville le 5 septembre, remonta la rive droite du Bober, et gagna Kunzendorf, puis Gürlitz où il parvint le 12 septembre. A la suite du prince, Daun détacha le général Beck avec ordre de rallier De Ville, qui était chargé de la défense de la Lusace et de la protection des magasins de la frontière de Bohème, d'où les Autrichiens tiraient leurs annrovisionnements. Ainsi renforcé, De Ville aurait 20.000 hommes, force suffisante pour tenir tète au prince Henri.
Ces précautions prises pour assurer ses derrières, Daun, avec le gros de son armée, se porta le 9 septembre à Spremberg. Ce mouvement qui, d’après le dire du maréchal, était la première étape d’une opération offensive contre le roi de Prusse, paraissait répondre au désir tant de fois exprimé par Solükoff. On savait depuis trois jours la capitulation de Dresde; on avait donc les mains libres; il fallait profiter de l'heure propice. Messager sur messager fuvent expédiés au quartier général russe, pour arriver à une entente, sans grand résultat, ce semble, à en juger par les rapports adressés (1) à la Tzarine. À Daun, qui lui demande de faire une démoustration vers Luben et d’oc cuper l’attent'on du Roi, campé en avant de cette ville, Soltikoff réplique en parlant d'alier à Guben, c'est-à-dire du côté opposé, et de s'établir entre la Neisse et le Bober, à l'effet d'empêcher la jonction du prince Henri avec son frère. Une action combinée entre deux généraux dont l’accord durait à peine le temps nécessaire pour échanger
(1) Seltikoff à Élisabeth. Lieberose, 13 septembre 1759. Trotha, p. 64, etc.
une correspondance, devenait de plus en plus improba-
ble, Dans l'espèce, il faut en convenir, ce ne fut pas l’op-
position de Soltikoff qui fit échouer le projet des Autri-
chiens. à Quand on apprit à Vienne le départ de la grande ar.
mée pour Spremberg et ses intentions belliqueuses, on fut
au comble de la joie : « Enfin, uprès bien des courriers et
des incertitudes, écrit le comte de Choiseul (1), le maréchal
s'est déterminé à faire aujourd’hui £e qu'on aurait dû faire
le 13 août, c’est-à-dire à marcher au roi de Prusse et à
Berlin, » Il fallut déchanter lorsqu'on sut que Daun, au
lieu d'avancer sur Berlin, avait rétrogradé sur Bautzen et
opéré le 13 septembre sa réunion avec les divisions de De
Ville et de Beck. Un raid du prince Henri sur les maga-
sins impériaux et l'incapacité de De Ville avaient boule- -
versé les combinaisons du généralissime. Citons le compte
rendu (2) de Montazet : « Voilà pourtant un changement
qui vient d'arriver, qui vous déplaira sans doute autant
qu'à moi, puisqu'il dément tout ce que j'ai eu l'honneur
de vous mander : car M. De Ville n'ayant pas fait un mot
de tout ce que M. le maréchal lui avait ordonné, et s'étant
retiré sur Budessir (3) avec une précipitation inconcevable
a : 1° laissé les postes de la Bohême à découvert, ce qui
a donné la facilité à l’ennemi non seulement d'y entrer
et d'y prendre 6 ou 700 Croates à Eidelande (Fricd- 1
| land}, mais même de nous enlever une quantité prodi-
gieuse de chariots de proviande (sic) qui portaient des
subsistances à l’armée. Bref, M. De Ville a mandé à M. le
maréchal qu’il se retirait à Budessin, parce que l'ennemi
était sur ses talons. C’est sur cela que notre général assem-
(1) Comte de Choiseul à Belleisle. Vienne, 12 septembre 1759. Archives de la Guerre, 3522.
(2) Montazet à Choiseul. Budessin, 13 septembre 1759. Archives de la (3) Nom slave de Bautzen.