FRÉDÉRIC SE PORTE AU SECOURS DE GLOGAU
ni où vous êtes, ni dans quelles circonstances vous vous trouvez, mais si vous le pouvez, envoyez-moi du secours. Je ne souffrirai point qu’on assiège Glogau; ïe me battrai plutôt, arrive ce qui en pourra. Voilà la facon de penser des preux chevaliers et la mienne. Je serai demain au delà de Sagan, après-demain près de Glogau. Prompte réponse, mon ami, et que le secours fasse de grands pas. » Un appel similaire avait été adressé au prince Henri. Notons-le en passent : Durant les six semaines qui s’écoulèrent entre la bataille de Kunersdorf et la fin de septembre, un des embarras, peut-être le plus gros, de Frédéric, fut la difficulté de correspondre avec ses lieutenants, notamment avec le prince Henri et avec Fouqué qui était à Landshut en Silésie; beaucoup de courriers avaient été interceptés; ceux qui parvenaient à bon port, mettaient 4 à 5 jours à accomplir le voyage. De là des instructions qui ne s’accordaient plus avec les événements et nécessité pour les subordonnés de faire preuve d'initiative. Ce fut le cas du prince Henri qui effectua sa diversion en Lusace au moment même où le Roi l’engageait (1) à conserver soigneusement son camp de Schmottseifen.
Fouqué et Henri répondirent à l'invite de leur souverain en lui expédiant l’un, 3 bataillons et 2 escadrons, l’autre, 6 bataillons et quelques hussards. Ces petits détachements que le Roi dénomme dans ses lettres « la collecte de l’armée » rallièrent le camp royal à Haunau, le 26 septembre. Mais déjà le danger était écarté : Frédéric, par la rapidité de ses manœuvres, par le choix des positions et par sa fière attitude, avait fait avorter le plan des alliés, malgré la supériorité du nombre et le prestige de la victoire récente. Pendant que les Austro-Russes cheminaient sur Glogau par Freystadt, où ils étaient ren-
(1) Frédéric à Henri. Weldau, 4 septembre 1759. Voir la correspondance échangée entre les deux frères. Schoning, vol. II. Potsdam, 1851.
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dus le 23 septembre, le Roi les gagna de vitesse en s’établissant à la même date à Neustaedtel. Quand Soltikoff voulut continuer sur Glogau, il trouva l'armée royale lui barrant la route. Après reconnaissance du « poste à la Daun » que les Prussiens avaient occupé, les généraux alliés renoncrent à l’attaquer et campèrent avec l'intention évidente de repasser sur la rive droite de l’'Oder. Frédéric est (1) complètement rassuré : « À présent que j'ai quelques bonnes troupes, je ne crains rien du tout. J'avais détaché pour la Saxe tout ce qu'il y avait de mieux dans mes troupes; la campagne allait finir à Guben; les Russes voulaient partir; ne voilà-t-il pas ce malheureux détachement de 10 régiments de Daun qui arrive. Ajoutez-y quelques corruptions, et ces misérables se déterminent au siège de Glogau. Je crois que ce projet en est manqué. Il n’est donc question à présent que de sauver le plat pays de la ruine dont il est menacé; hier ces canailles ont brûlé deux villages à nos yeux sans qu'or le püt empêcher. »
Le 26 septembre, les Austro-Russes commencèrent leurs préparatifs pour la traversée de l’Oder qu'ils achevèrent le 30 sans être inquiétés. « L'armée marche demain, écrit Moutalembert (2), pour aller à Kuttlau à un mille de Glogau, ainsi nous pourrons dire en avoir vu les clochers. » {ne fut plus question d'entreprendre le siège pour lequel on n'avait d’ailleurs pas l'artillerie nécessaire, et la campagne se poursuivit sans entrain. Le 8 octobre, les deux parties étaient en présence : les Russes à Gross-Osten, le Roi, qui venait à son tour de franchir l'Oder, à Lubchen; elles y séjournèrent jusqu’au 22 octobre. Deux jours après l’arrivée à Gross-Osten, le maréchal russe affirma son intention de gagner ses quartiers d'hiver; depuis long-
(1) Frédéric à la Motte Fouqué. Haunau, 26 septembre 1759, Correspondance polilique, XNHI, p. 561.
(2) Montalembert à Belleisle. Carolath, 1°" octobre 1759. Archives de la Guerre, 3524.