MÉMOIRES REMIS PAR BOUGAINVILLE
des invalides, des marchandises à l'usage des sauvages; favoriser le munitionnaire pour que ses vaisseaux aient des équipages et examiner ensuite son marché ; au moins 1.000 hommes de recrues, des miclets (1), des étrangers, 4 vaisseaux commandés par des capitaines marchands dont les carcasses défendront la descente à Québec et les équipages formeront une marine nécessaire sur les lacs. »
IL est à présumer que la lecture de ces documents ne modifia pas beaucoup des résolutions déjà arrêtées, car le résuiné (2) préparé pour le Roi par le département de la Marine porte la date du 28 décembre et n’est postérieur que de huit jours à l'arrivée à Paris de Bougainville. Dans cette pièce on écartait toute idée d’expédier une escadre, soit au Canada, soit en diversion sur les côtes de la Caroline. « L'état présent de la marine, raisonnait-on, ne permet pas de songer à l'exécution d’un semblable projet qui ne pourrait être rempli qu’autant que les escadres et flottes seraient prêtes pour la fin de février ou les premiers jours de mars; et d’un autre côté, quand même il serait possible de réunir les forces navales du Roi pour ce temps-là, on se mettrait dans le cas de risquer la marine entière de sa Majesté sans certitude de succès, en laissant les côtes du royaume exposées à toutes les entreprises de l'ennemi. » Le Canada serait nécessairement abandonné à ses propres forces et ne recevrait que des munitions de guerre, des armes, et les vivres que pourraient transporter, pour le compte du munitionnaire, les armateurs de Bordeaux et de Dunkerque.
D'une capitulation éventuelle, au sujet de laquelle Vaudreuil avait sollicité des instructions, il ne devait pas être question : «IL parait donc qu’il convient de lui marquer seulement que par la confiance que le Roi a en lui, Sa Ma-
(1) Chasseurs recrutés dans les provinces du midi. (2) Rapport sommaire au Roi, 28 décembre 1758. Archives des Colonies. Canada, 1758.
jesté est persuadée qu'il fera en sorte de conserver une partie de la colonie avec toutes les forces qu’il nourra y rassembler, se remettant à lui, suivant ics circonstances, d'étendre ou de réduire le cercle de pays dans lequel il pourra se maintenir jusques au temps où l'on pourra, en 1760, lui faire passer de nouveaux ordres. On peut lui observer sur l’objet de politique générale, que dans le cas où les circonstances des affaires en Europe permettraient en traitant de la paix de demander la conservation du Canada à la France, les conditions de paix seraient bien différentes, si les forces du Roi se maintiennent toujours dans une partie du pays, si petite qu'elle soit. »
Comment trancher la rivalité du gouverneur général et du commandant des troupes? Le ministre de la Marine se prononçait pour la solution préconisée par Vaudreuil, la nomination de Montcalm au grade de lieutenant général, son rappel et son remplacement par Lévis promu maréchal de camp. Cette conclusion fut modifiée probablement en comité, comme l'indique la note suivante portée en marge : « Tout bien réfléchi, cet arrangement ne doit pas avoir lieu, M. de Montcalm étant nécessaire dans la situation présente. » Le vainqueur de Carillon fut confirmé dans sa fonction et en plus avancé au grade de lieutenant général avec augmentation d’appointements et décoré du cordon rouge. Il eut aussi la satisfaction de voir ratifier la plupart des propositions qu'il avait faites en faveur de ses officiers : Lévis fut promu maréchal de camp, Bourlamaque et Sénezergues devinrent brigadiers et Bougainville obtint le grade de colonel et la croix de Saint-Louis. Enfin, point plus essentiel, Montcalm voyait son rôle singulièrement agrandi : « L’intention de Sa Majesté, écrivit Berryer (1), est que M.le marquis de Montcalm soit non seulement consulté sur toutes les opéra-
(1) Berryer à Vaudreuil et Bigot, 3 février 1759, Archives des Colonies.
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