‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 159 sur 303 · BOUGAINVILLE SURVEILLE LE SAINT-LAURENT · texte numérisé non relu

BOUGAINVILLE SURVEILLE LE SAINT-LAURENT

presque en totalité de 1.100 grenadiers et volontaires des bataillons de France devait se porter au secours des postes menacés. Le gros de l’armée de Montcalm, amoindri des détachements de Lévis et Bougainville, campait entre le village de Beauport et la rivière Saint-Charles. 11 avait été considérablement diminué par le départ des Canadiens, surtout de la province de Québec, dont un grand nombre avaient abandonné les lignes pour rentrer leur moisson. « Il n’est pas de nuit, écrit Foligny (1), qu'il ne s’en sauve plus de 200, sans que M. le général y mit ordre, malgré les plaintes de M. le marquis de Montcalm qui craint que les ennemis s'aperçoivent de cette désertion qu’il estime à plus de 2.000 hommes. »

D'autre part, le manque de vivres se faisait sentir ; malgré la réduction de la ration de pain, le munitionnaire ne pouvait assurer que quelques jours d'approvisionnements. Depuis la montée des navires anglais, les communications par eau étaient fort exposées et il fallait se servir de la voie de terre, mais ce mode de ravitaillement laissait fort à désirer. « Toutes les charrettes sont rompues, écrit Bigot (2)... et les chevaux ruinés depuis qu’on a fait des transports de Jacques Cartier à Québec, de sorte qu’il ne nous est plus possible d’en faire faire par terre. » L'incertitude du lendemain avait un® répercussion fâcheuse sur la discipline : « Nous avons (3) grand besoin ici d’un renfort en farine; car la troupe n’a que trois quarterons de pain, ce qui la confirme dans le droit qu'elle s'était attribué de tuer bœufs, vaches, cochons et volailles, et de prendre les pois et autres légumes. Tout le voisinage à présent à deux lieues à la ronde est ravagé. » Pas plus que Montcalm, l’intendant ne se faisait illusion sur le rembarquement prochain de Wolfe dont le bruit commençait à se répandre dans le camp fran-

(1) Journal de Foligny, 24 août 1739. Archives des Colonies. (2) Bigot à Lévis. Beauport, 11 septembre 1759, Collection Lévis. (3) Bigot à Lévis, 8 septembre 1759. Collection Lévis.

çais. « Je pense bien différemment que vous sur le départ des Anglais; je compte qu'ils seront encore ici le 15 octobre. J'aimerais bien à me flatter, mais je ne le peux ».

Bigot ne se trompait pas. Bien que découragé par son échec du 31 juillet, impressionné par les pertes que son armée avait éprouvées, souffrant d’une maladie dont il avait apporté les germes d'Angleterre, Wolfe était bien décidé à tenter un dernier effort; mais se défiant de ses forces physiques qui trahissaient son énergie morale, il consulta ses lieutenants sur la direction à donner à l'attaque. A cet effet il communiqua à ses brigadiers les instructions confidentielles du gouvernement britannique et un mémoire (1) où il exposait ses idées et les soumettait à leur appréciation. D'après lui, c'était à l’armée de Montcalm qu'il fallait s’attacher, parce que la défaite de celle-ci entrainerait la chute de Québec et peut-être de tout le Canada. Trois projets s'offraient au choix, mais ne différaient que par le détail; tous les trois visaient les lignes de Beauport qui seraient abordées soit en les tournant par derrière, soit en les prenant de flanc, soit en renouvelant l'assaut de front qui avait si mal réussi. Le général insistait en outre sur la nécessité de ruiner toutes les campagnes des environs de Québec.

A ce mémoire les trois brigadiers, Monckton, Townshend et Murray réposdirent par un avis motivé, daté du 29 août, Ils étaient adversaires résolus de toute tentative nouvelle du côté de Montmorency, dont les chances de succès leur semblaient plus que problématic:1es. L'opération s'accomplirait-elle, que Montcalm serait encore maitre de se retirer sur la rivière de Saint-Charles et d'en disputer le passage; là il s'appuierait sur la ville et conserverait ses communications avec l’intérieu* du pays dont il tirait ses approvisionnements. « Nous sommes donc d'opinion, déclaraient-

(1) Mante, Late war in America, p. 249.

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