WOLFE CONSULTE SES BRIGADIERS
ils, que la manière la plus avantageuse de frapper un coup décisif serait de transporter les troupes à la rive sud du fleuve et d'opérer en amont de la ville. Si nous prenons pied sur la rive nord, le marquis de Montcalm sera obligé de nous combattre sur le terrain que nous aurons choisi; nous serons entre lui et ses provisions, entre lui et l’armée opposée au général Amherst. S'il nous livre bataille et que nous le battions, Québec et probablement tout le Canada seront à nous, résultat bien supérieur à tout avantage que nous pourrions emporter du côté de Beauport. Par contre, si l'ennemi passe la rivière Saint-Charles et nous oppose des forces suffisantes pour faire échouer notre manœuvre, nous serons en état de nous rabattre sur le troisième projet du général (qui d’après nous présente le plus de chances de succès), ou d'entreprendre quelque chose d’autre contre les lignes de Beauport, nécessairement dégarnies par l'envoi de détachements contre nous en amont de la ville. »
Avec beaucoup de désintéressement, Wolfe se rallia au plan de ses subordonnés et prit aussitôt les mesures pour en assurer l'exécution. Une partie du programme, celle de la dévastation du pays, avait déjà été appliquée sur une vaste échelle. Les lettres des deux armées sont remplies de récits d’incendies, de ravages, de cruautés indignes de gens civilisés. « Les ennemis sont présentement occupés, écrit Bigot(1), au nombre de 1.000 ou 1.100 hommes, suivant le rapport des prisonniers, à bri'er les paroisses qui sont vis-à-vis la Pointe aux Trembles..…. Il n'y a rien de nouveau ici. M. Wolfe fait brüler dans plusieurs paroisses. » Mêmes renseignements dans le journal de Montcalm (2) : « Les Anglais, fidèles imitateurs de la férocité de nos sauvages, ont fait la chevelure à quelques
(1) Bigot à Lévis, 15 et 26 août 1759. Collection Lévis. (2) Journal de Montcalm, 1°° septembre 1759. Coilection Lévis.
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habitants de la côte du sud. Croira-t-on qu'une nation policée s'acharne de sang-froid à mutiler des cadavres? Cette barbarie aurait été abolie parmi les sauvages, s'il était possible de les corriger. On leur paie fort cher les prisonniers, bien peu les chevelures. On s'y est pris de toutes les manières et sans fruit, mois on n’a pas du moins à se reprocher d’avoir suivi leur exemple. »
Aux débuts de la campagne, Wolfe s'était opposé aux procédés inqualifiables en usage dans les guerres d'Amérique. Dans son premier manifeste aux Canadiens, tout en alléguant « que les cruautés innommées » des Français « pourraient servir d’excuses aux représailles les plus sévères », il avait affirmé que « l'Anglais dédaigne cette méthode saavage. La religion lui prèche l'humanité et son cœur en suit avec plaisir les préceptes. » IL avait plus tard, par un ordre en date du 24 juillet, interdit « la pratique barbare de lever la chevelure, excepté quand l'ennemi est un Indien ou un Canadien habillé en sauvage. » Mais en fait, ces instructions philanthropiques ne furent guère observées. Le capitaine Knox enregistre plusieurs exemples d’atrocités qu’il n'hésite pas à blâmer, malgré ses préjugés enracinés contre tout ce qui n’appartenait pas à sa nationalité. Tantôt ce sont des colonnes volantes qui rentrent avec des familles entières de pauvres habitants qu'on a dépouillées de toutes leurs possessions; tantôt c'est un prètre, le curé de Portneuf, qui est massacré avec ses paroissiens. Le malheureux avait écrit à un officier anglais que puisque ce dernier « se battait pour son Roi et pour la gloire, il espérait être excusé s’il se battait pour la défense de ses paroissiers et de sa patrie. » Ce beau langage ne l'empêcha pas d’être tué et scalpé avec 30 de ses concitoyens, sous prétexte qu’ils étaient déguisés en Indiens. L'historien Parkman (1) cite, entre autres incidents, la
(1) Parkman, Montcalm et Wolfe, vol. II, p. 261.
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