TRAITEMENT DE LA MARINE HOLLANDAISE PAR LES ANGLAIS
de bonne prise. Parfois même, les rares bâtiments relâchés à la suite de jugements favorables étaient saisis à rouveau à la sortie des ports anglais : « J'ai le regret de vous informer, écrit Holdernesse (1), que les vaisseaux de Surinam ont été repris pendant leur traversée de Plymouth; j'ai écrit immédiatement au docteur Hay qui, je l'espère, inventera quelque moyen d'empêcher d'infliger au Roi un affront aussi scandaleux... Cet incident mettra avec raison les Hollandais hors des gonds, » Deux mois avant sa mort, la princesse d'Orange avait adressé (2) à son père un ardent appel le suppliant de faire cesser ces mesures arbitraires. Le Roi gratifia sa fille de quelques mots aimables, mais Holdernesse, sans doute sous la pression des armateurs anglais, loin de se montrer concilant, mit à profit (3) l'occasion pour insister sur la nécessité de rendre plus sévère la visite des navires hollandais. Grand désappointement de la princesse qui s'était attendue à mieux : « Vous savez aussi bien que moi (4), mun bon Yorke, combien sont déraisonnables les gens avec qui nous avons à faire ; la semaine prochaine, tous nos ennemis seront prèts à prendre feu, si l'on n'offre pas quelque espoir de réparation. »
Au surplus, la Hollande n'était pas la seule puissance à souffrir des procédés anglais, Une lettre du premier ministre danois Bernstorf (5)indique à quel diapason les esprits étaient montés : « Depuis plus de deux ans, vous le savez, Monsieur, et vous le ‘voyez même de près, le pavillon du Roi se trouve exposé aux insultes et aux vexations les plus dures de la part des Anglais. Ce principe orgueilleux
) Holdernesse à Newcastle, 14 sept. 1758. Newcastle Papers, vol. 32883. } Princesse d'Orange à George, 9 nov. 1758. Newcastle Papers, vol. 32885. ) Holdernesse à Yorke, 28 novembre 1758. Newcastle Papers, 32886. )
(1 (2 (3 (4) Princesse d'Orange à Yorke, 5 décembre 1758. Newcastle Papers, 23886.
(5) Bernstorf à Cheusse, Copenhague, 30 décembre 1758. Newcastle Papers. 32886.
et tyrannique de ne consulter que ses propres intérêts et de ruiner le commerce de tout le reste de l’Europe, soit par des visitations et des enlèvements illégitimes, exercés par ses armateurs, suit par les sentences plus injustes encore prononcées par ses iniques tribunaux, l'a emporté... Aucun navigateur, de quelque pays qu'il soit, et quelque innocent qu’ait pu être son négoce, n’a jamais obtenu une sentence équitable devant ces Docteurs Commons dont le nom va descendre en horreur à la postérité. Pas un seul, Monsieur! La sentence la plus favorable est toujours accompagnée d'une condamnation aux frais et dépens, qui, par un nouveau trait d'injustice, montent si haut qu'ils absorbent presque ordinairement la valeur de la charge du navire... Cette même nation britannique, qui se dit armée pour la liberté de l’Europe et qui n'a que ce mot sacré à la bouche, ne répand ainsi partout que ruiue et destruction, et s’arroge un despotisme plus dur mille fois et moins lolérable que celui auquel elle prétend s’opposer. Douze navires revenant des Indes danoises de l’Amérique sont devenus leur proie dans cet automne. Tous, quoique munis des papiers les plus authentiques faisant foi qu’ils appartiennent à des Danois et qu'ils vnt été chargés à Saint-Thomas et à Sainte-Croix, ont été trainés dans les ports anglais. Tous y éprouvent ies lenteurs et les chicanes les plus odieuses, et lorsque le comte de Bothmer a fait contre un procédé si cruel qui porte un préjudice mortel au commerce national du Danemark, par ordre exprès du Roi et en son nom, des remontrances aussi mesurées que sérieuses, il n’a recu du comte Holdernesse qu'une réponse dont la dureté et la hauteur ajoutent encore à l'injustice et à la vexation. »
Pour mettre fin à ces abus de pouvoir, l'entente des puissances (1) était indiquée ; aussi Bernstorf engage-t-il
(1) Voir à ce sujet Bourguet. Duc de Choiseul et la Hollande. Revue Historique, 1902.
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